Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 10 février 2013

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 6, 1-8 (Voir également méditation sous cette référence, le 07/02/2016)

Luc 5, 1-11

1 Corinthiens 15,1-11





N’aies pas peur


Le passage que nous avons lu dans l’évangile de Luc est communément appelé « la pêche miraculeuse ». Ce qui frappe en effet est le récit d’un miracle : Les pêcheurs qui n’ont rien pris de la nuit, temps normal de pêche, jettent de nouveau leurs filets à la demande du Christ et les relèvent pleins à craquer.

Mais ce n’est pas tout le récit ; il se poursuit par l’appel de Jésus à Simon, Jacques et Jean et leur départ à sa suite comme disciples.

Ce même appel est décrit dans l’évangile de Marc, chapitre 1, versets 16 à 18, de la manière suivante :

« Comme il (Jésus) passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : ‘Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ».

Il n’est pas là question de pêche miraculeuse, il n’y a aucun détail sur l’appel de Jésus qui s’adresse à des pêcheurs comme il l’aurait fait pour toute autre profession.

Jésus les appelle et ils suivent.

Nous avons donc, dans l’évangile de Luc, un récit qui se termine de la même manière, Simon, Jacques et Jean partent à la suite du Christ ; mais il est beaucoup plus complet, avec de nombreux détails.

C’est en fait une parabole, une histoire pour nous faire comprendre le déroulement et le sens même de la vocation de disciple : Vocation qui est d’abord l’appel, premier sens du mot, ici du Christ à Simon, puis la réponse à cet appel et ses conséquences.

Pour bien comprendre, regardons avec attention tout ce qui se passe au cours de cette pêche:

On place les barques à l’endroit jugé favorable, on lance les filets, et en les remontant s’opère un effet d’encerclement de tous les poissons présents dans la zone.

Et comme la prise est extraordinaire, comme il est trop difficile d’agir seul, que les filets vont se rompre et que la barque risque de prendre l’eau, il devient nécessaire d’alerter les pêcheurs de l’autre barque –par signes pour ne pas effrayer les poissons - et l’on relève ensemble les filets.

Cet acte de pêche tout à fait habituel a déjà été utilisé par Jésus pour désigner la vocation de disciple en termes très simples et dans une comparaison facile à comprendre par tous lorsqu’il disait, dans l’évangile de Marc que nous avons lu tout à l’heure : comme vous êtes pêcheurs de Galilée, maintenant « je vous ferai pêcheurs d’hommes ».

Mais notre récit de l’évangile de Luc va plus loin et décrit, pour sa part, une pêche vraiment miraculeuse. Simon comprend alors qu’il est en présence du Christ. Il ne l’appelle plus Maître, c'est-à-dire celui qui enseigne, mais Seigneur….et il est effrayé, lui qui est un homme pêcheur, d’être devant lui.

Et l’appel de Jésus est alors formulé dans des termes beaucoup plus suggestifs et bien plus riches de sens : « N’aie pas peur ; désormais ce sont des êtres humains que tu captureras, que tu prendras vivants. », ce qui est le sens littéral de capturer.

La parabole s’avère alors efficace car elle suggère, en utilisant le verbe grec « prendre vivant » et non « pêcher » qu’il s’agit en fait de garder vivant, de rendre à la vie, de ranimer, de faire vivre les êtres humains (et non pas seulement de les « prendre » et finalement ...de les faire mourir).

Cette parabole de la pêche est donc bien centrée sur la vocation de Simon, elle honore celui, appelé aussi Pierre, qui deviendra le premier conducteur de la communauté chrétienne.

Et puis elle légitime l’Eglise comme l’assemblée de tous ceux qui sont appelés pour transmettre la parole qui « rend à la vie », ceux qu’elle touche et qui la reçoivent. Elle résonne comme une promesse : désormais ce sont des êtres humains que tu rendras à la vie !

Certes, la limite de la comparaison de la pêche avec la vocation de disciple est évidente : il ne s’agit là que d’une image pour illustrer la mission de l’Eglise. Mais cette référence est riche sur plusieurs points, et elle peut nous aider à mieux discerner les chemins de notre propre vocation :


1°) Malgré nos erreurs, notre manque de compétence, notre manque de « métier » de pêcheur-disciple, malgré notre manque de persévérance et nos doutes sur les résultats obtenus, la mission confiée est fructueuse : tel est le premier enseignement du récit de cette pêche qui est racontée ici comme une pêche tout à fait surabondante.

Simon avait le sentiment d’avoir peiné en vain toute la nuit, de même que nous voyons chaque jour combien nos Eglises rencontrent de difficultés, d’occasions de baisser les bras ou de cesser le travail, ou comment elles ont à faire face à des critiques qui les affaiblissent : la pêche, cependant, sera bonne, très bonne, quoiqu’on en dise.

C’est-à-dire que la parole de Dieu se fera connaître là et au moment où personne ne s’y attend : même en plein midi, alors qu’on ne pêche pas à midi en Galilée -ni ailleurs !-, l’évangile portera des fruits, à temps et à contre temps, et il y aura des foules pour en être témoin.


2°) Le second enseignement est que nous ne réussirons pas seuls. De même que Simon appelle à l’aide ses camarades pour éviter que le filet ne se rompe et que la pêche ne soit perdue, notre action est celle d’une Eglise dont tous les membres devront, à un moment ou un autre, s’impliquer pour le succès de la mission.


3°) Mais aussi, la vocation de chacun de nous est étroitement liée, dans le récit, à une parole d’encouragement : « Ne crains point, ne sois pas dans la crainte » dit en effet Jésus. Comme si nos indignités et nos peurs de ne pas être à la hauteur étaient de toute façon connues d’avance par lui, et déjà pardonnées. « Ne crains pas » : ce que tu as à réaliser, là où tu te trouves, fais-le.

Qu’il s’agisse d’un geste, d’un signe, d’une parole, d’une visite, d’une attitude, d’un regard, d’une injonction, d’une consolation, fais-le sans crainte.

Tu prendras alors vivant, tu rendras à la vie celui ou celle qui t’est confié.


4°) Enfin, le Christ est embarqué avec nous, sur la barque de Simon Pierre, sur la barque de l’Eglise, la barque de nos vies mêmes. Il est là présent, assis pour enseigner, debout pour exhorter, et nous avec lui pour écouter et recevoir sa parole. Et cette présence nous accompagne. La vocation de disciple est conduite par le Christ.


La pêche miraculeuse est bien en réalité une sorte de parabole riche de sens, donnée pour bien expliquer ce qu’est la vocation de disciple.

C’est que nous sommes, avec Simon Pierre, nous aussi, pris dans les filets de la parole du Christ, rendus à la vie et désignés à notre tour comme des pêcheurs d’êtres humains, appelés à nous rassembler pour nous mettre à son écoute, appelés à faire signe à d’autres chrétiens pour remonter le filet, à collaborer avec d’autres, pour que la vie gagne là où l’on pensait que plus rien n’était possible parce que tout avait déjà été tenté.


Amen


Jean Jacques Veillet