Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 14 février 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Textes bibliques:

Deutéronome 26, 4-10

Luc 4, 1-13

Romains 10, 8-13


« Où est le Diable ? »


Reprenons le début du passage de Luc que nous venons de lire : « Jésus, rempli d’Esprit Saint, revint du Jourdain et il était dans le désert, conduit par l’Esprit, pendant quarante jours, et il était tenté par le diable. » .Une partie de cette phrase est parfaitement compréhensible : Jésus, après son baptême par Jean-Baptiste dans la région du Jourdain va dans le désert où il restera quarante jours.


Déjà l’on peut se demander pourquoi quarante jours, ou plutôt pourquoi quarante. Ce nombre se trouve partout dans l’ancien testament : Les Israélites sortant d’Egypte sont restés quarante ans dans le Désert, Moïse est resté 40 jours sur la montagne, la pluie du Déluge a duré quarante jours. Le peuple d’Israël, craignant de ne pas pouvoir vaincre les occupants de la Terre Promise et n’ayant pas confiance en Dieu pour le soutenir a du attendre quarante ans, soit la génération suivante, avant d’y pénétrer et de s’y établir. C’est la durée d’une longue attente, d’une préparation ou aussi d’une punition. C’est peut-être ici la durée d’une réflexion, d’une prise de décision, mais ce n’est pas le plus important.


Cela se complique en effet dès les premiers mots : Luc nous dit que Jésus était « rempli d’Esprit Saint ». Et là, le commun des mortels est autorisé à se demander ce que cela veut dire. Jésus vient d’être baptisé et nous pouvons d’abord voir si l’explication n’est pas là, dans le récit de son baptême qui précède : « Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. Voici que les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venant des cieux disait : « Celui-ci est mon fils bien aimé, celui qu’il m’a plu de choisir » ». C’est à ce moment-là que Jésus a réalisé qu’il était l’élu, choisi pour exécuter la mission que Dieu lui confiait. Et comment lui a-t-il confié cette mission : en transmettant son Esprit, c’est-à-dire sa volonté, ses objectifs, et sa puissance pour les atteindre. Traduit d’une manière très terre à terre, il a reprogrammé une partie de son cerveau pour qu’il sache quelle était la volonté de Dieu et que c’était l’objectif à atteindre. Et c’est ainsi qu’il est « rempli d’Esprit Saint »


Jésus sait donc ce qu’il a à faire. Pourquoi alors l’Esprit l’a-t-il conduit dans le désert ? Une manière de l’expliquer est que Dieu, tout en lui transmettant son Esprit, lui a laissé une certaine liberté. Rien ne lui est imposé, il n’a même pas l’obligation d’accepter la mission pour laquelle Dieu l’a choisi. Et poussé par l’Esprit de Dieu, qui veut une décision, il part dans le Désert, au calme, loin de tout et de tous, pour réfléchir.

Et c’est là que le Diable apparait….Il apparait au bout des quarante jours, pendant lesquels, nous dit Luc, Jésus n’a rien mangé et, bien sûr, a faim.

Dans ces conditions, a-t-on besoin d’un diable pour tenter Jésus ? Ne peut-on pas comprendre que la faim de Jésus le pousse à trouver une solution pour l’assouvir et qu’il se dise de lui-même : « Puisque je suis fils de Dieu, que j’ai reçu l’Esprit de Dieu et sa puissance, je pourrais ordonner à cette pierre de devenir du pain ».Et puis il se reprend, écoute l’Esprit qu’il a reçu, se rappelle de la parole de l’Ecriture : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » et il renonce.


De même, Jésus sait que, recevant l’Esprit Saint, il est dépositaire de la puissance de Dieu et il n’est pas besoin d’un diable pour lui dire qu’il peut régner sur toute les nations de la terre, être le Messie puissant et dominateur que le peuple d’Israël attend pour être libéré de l’occupation romaine et vengé de toutes les vexations qu’’il a subi. Mais, ayant reçu cet Esprit, il sait que la volonté de Dieu n’est pas là, et quelle que soit l’envie qu’il puisse avoir d’exercer un pouvoir temporel sans limites, il répète cette volonté : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c’est à lui seul que tu rendras un culte ».

Enfin, le désert ne s’étend pas jusqu’à Jérusalem, et il me semble bien irréaliste qu’un diable l’ait transporté jusqu’au faîte du Temple pour vérifier qu’il était vraiment Fils de Dieu et serait donc sauvé par les anges s’il se jetait en bas. Par contre, Jésus a pu être tenté de vérifier que cette puissance que Dieu lui a confiée était vraiment sans limite, par une épreuve de ce type ou une autre ; mais, là aussi, il s’est repris car il savait qu’il est écrit : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur, ton Dieu ». Il le fera cependant, plus tard, en guérissant des malades par exemple, quand il jugera que cela est vraiment nécessaire pour donner la preuve de l’amour de Dieu.


Jésus a donc passé ces quarante jours dans le Désert à réfléchir, à être tenté et à lutter contre ces tentations. Et il a résisté et accepté la mission que Dieu lui avait confiée en lui remettant, lors de son baptême, l’Esprit Saint et la charge de le transmettre .Il accomplira cette mission et ce n’est que sur la croix qu’il sera de nouveau tenté de fléchir mais résistera.


Nous avons lu que c’est le Diable qui le tentait et je crois qu’il faut oublier cette image d’un Diable, créature céleste, rival de Dieu, comme il en existe dans certaines religions. C’est le cas chez les Perses, et les Israélites ont été en contact avec eux durant leur exil à Babylone Jusque-là, ils avaient gardé la foi en un seul Dieu, autoritaire, récompensant et punissant, mais sans aucun rival. Puis, avec le développement de la notion de sainteté de Dieu, il devint peu à peu évident qu'il était impossible d'imputer à Dieu l'inspiration mauvaise. Il fallut donc attribuer à une autre divinité, le Dieu du mal, l'action pernicieuse qui s'exerce dans le coeur des hommes. Son apparition dans le Nouveau Testament s’est faite progressivement. Il en est à peine question dans l’Evangile de Marc, beaucoup plus chez Matthieu, Luc et Jean, ainsi que dans les épîtres de Paul. Jésus, d’après eux, a mentionné l’existence d’une force du mal, le Diable, qui agissait sur le cœur des hommes, bien loin en tout cas d’un Dieu qui reste le Seigneur du ciel et de la terre et dont la volonté est souveraine. Il y croyait ou a peut-être simplement partagé les idées de son temps pour se faire comprendre.


Nous pouvons, me semble-t-il, voir les choses autrement : Dieu, par l’intermédiaire du Christ, nous a donné son Esprit et nous savons ainsi ce qu’il veut et, en l’acceptant, nous nous sommes engagés à le satisfaire. Mais il nous a laissés libres, confiants en son amour pour nous, mais libres. Il en résulte que nous pouvons avoir des souhaits, des envies, des exigences qui ne sont pas forcément compatibles avec cet engagement. Et nous pouvons être tentés de les satisfaire malgré tout et de nous retrouver dans la situation de Jésus au désert : choisir entre la volonté de Dieu et la nôtre. Et nous comprenons alors que le diable de l’Evangile est simplement chez nous, dans nos pensées, et que rien ne vient de l’extérieur


Alors nous devons être capables de ne pas nous comporter comme le diable tentateur de notre texte ; capables de ne pas nous tourner vers Dieu dans notre prière pour lui dire « Si tu es vraiment Dieu, alors fais ceci ou fais cela » alors que nous savons qu’il est dit : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur, ton Dieu » Et pourtant il y a bien des pierres que nous voudrions voir devenir pain. Il y a bien des blessures de notre corps ou de notre âme que nous aimerions voir guéries par une parole du Seigneur .Et n’insistons pas en citant le Psaume 91 : « Si tu as fait du Très-Haut ton abri, aucun mal ne t'atteindra, aucun malheur n'approchera de chez toi. Car le Seigneur donnera l'ordre à ses anges de te garder où que tu ailles » et en disant ensuite à Dieu, comme le peuple d’Israël au désert : « si vraiment ce qui est écrit est ta parole, alors tu dois…..( faire ceci ou cela)»


Prions, n’exigeons pas.


Et rappelons-nous que Dieu nous a donné son Esprit pour que nous le suivions mais qu’il nous a laissés libres et qu’il nous faudra toujours savoir choisir entre le mal qui peut être en nous et l’obéissance à Dieu.


Amen !


Jean Jacques Veillet