Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 13 Décembre 2009 
 Culte à Gap (05000) 
Lectures du Jour :

Sophonie 3, 14-20

Luc 3, 10-18

Philippiens 4, 4-7


Que devons-nous faire ?


Vous connaissez certainement la série «  Amour, gloire et beauté ! »… oui, oui, je vois qui connaît !!!!

Mais connaissez-vous «  partage, honnêteté, et justice » ? C’est clair que si une série télé s’appelait ainsi, ce serait moins vendeur !!

Et franchement, le discours de Jean, ça fouette ! Il vient tout juste de traiter la foule de serpents, il vient de leur souffler dans les bronches, et maintenant, on est frappé par la différence de ton avec les réponses données à ses interlocuteurs. Les questions sont simples : «  que devons-nous faire ? »…Bah, rien de nouveau sous le soleil : Michée rapportait bien : « On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu ».

Ainsi, pas de gestes spectaculaires, pas de bizarreries infaisables, pas d’adoption d’un mode de vie singulier ; pas d’épreuves insurmontables ; pas de sacrifices particuliers. Ecoutez donc :

 

La première question adressée à Jean vient des foules : «  que devons-nous faire ? » .On peut donc comprendre la réponse comme une règle générale applicable à tout le monde. Et Jean reprend un enseignement déjà bien connu de l’Ancien Testament, le partage avec les plus pauvres. Pour lui il s’agit d’une exigence de base : les pauvres ne disparaîtront point de ce pays; aussi, je te donne ce commandement : tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays.

À travers toute son œuvre, Luc est particulièrement préoccupé de montrer comment le souci des pauvres fait partie de l’existence chrétienne et comment l’avènement du Royaume doit changer concrètement le sort des plus démunis .Le partage, l’appel au partage n’est pas nouveau.

Et puis des publicains viennent se faire baptiser.    

L’intérêt de Luc pour les publicains est clair. La présence de certains d’entre eux auprès de Jean Baptiste révèle que tous n’étaient pas des exploiteurs sans scrupules; quelques-uns au moins désiraient se convertir et se préparer à la venue du Royaume de Dieu : Tout le peuple qui a écouté, et même les publicains.

La suite de l’évangile va montrer que plusieurs d’entre eux étaient proches de Jésus.    

 

Alors, les publicains n’appartenaient pas aux classes sociales les plus défavorisées mais ils étaient quand même marginalisés à cause de leur collaboration avec les Romains et du fait de leurs pratiques souvent douteuses dans la manière d’exercer leurs fonctions. Luc, je crois, s’intéresse à eux parce que, comme les bergers, ils appartiennent à une catégorie d’exclus pour lesquels la Bonne Nouvelle du Royaume est particulièrement importante.

Contrairement aux Pharisiens, qui exigeaient des publicains qu’ils abandonnent leur métier pour pouvoir participer pleinement à la vie de la communauté juive, Jean se contente de demander qu’ils exercent leurs fonctions avec probité, sans profiter de la situation pour s’enrichir. Une manière de montrer qu’on peut être fidèle à Dieu même en exerçant un métier méprisé. Ne faites ni violence ni tort.

Et puis des soldats viennent poser la question : «  et nous, que devons-nous faire ? » 

On ne sait pas si les soldats venus entendre Jean Baptiste sont des Romains ou des Juifs engagés comme mercenaires. Dans la suite de l’œuvre de Luc les militaires romains sont présentés de manière plutôt positive. Dès l’entrée en scène de Jean Baptiste, Luc montre que la carrière militaire n’est pas incompatible avec une vie droite  à la condition qu’on fasse son métier avec justice, en respectant les personnes et les biens. À l’époque il s’agissait presque d’une révolution si on considère les prises de positions résolument hostiles aux Romains et à leurs alliés qu’on trouve, entre autres, dans certains des écrits de Qumran.

 

Le texte nous dit que le peuple était dans l’attente…Mais attente de qui, de quoi ?

Il suffit de lire quelques pages de Flavius Josèphe pour se rendre compte du climat d’agitation qui régnait dans la région au début de l’ère On peut comprendre l’attente du peuple qui souhaite la paix et la tranquillité … avec en prime, si possible, la liberté.    

  Attente de qui, attente de quoi ? Jean n’est pas le messie attendu 

Celui qui vient est plus puissant que Jean à un point tel que celui-ci ne se sent pas digne de s’humilier devant lui pour détacher ses chaussures. Cette comparaison montre la distance qui sépare Jean de ce mystérieux personnage.

Et nous, sommes-nous encore dans l’attente ? Qu’est-ce que nous et nos contemporains attendons ? Un meilleur salaire, des meilleures retraites, une voisine qui arrêtera de passer l’aspirateur à 2heures du matin, notre tour pour être vacciné contre la grippe A, que la neige tombe pour aller au ski, que Noël arrive pour déballer ses cadeaux ?


Quelles sont nos attentes ? Je ne suis plus très sûre que nous soyons dans de réelles attentes. Honnêtement, sommes-nous vraiment dans l’attente, l’attente réelle du Royaume ? Attendons-nous réellement le retour du Christ ? Ouah… Et pourtant, l’attente a du bon ; l’attente crée chez l’être humain la frustration ; la frustration engendre la réaction… Action…réaction !!!

Attente de qui, attente de quoi ? Jean nous offre ce matin de nous remettre en route vers l’attente, l’attente du Royaume, l’attente d’un monde nouveau.

Il nous offre de nous demander à chacun : » que dois-je faire ? ».

Et là, la réponse de Jésus-Christ se fait précise : «  partage, partage ton pain, partage ce qui réchauffe le corps, l’âme. Fais-toi violence dans ce monde où c’est chacun pour soi, et ne partage pas que pour les grands événements très médiatisés faisant appel au don. Partage, partage ton temps, partage la Parole, partage dans le secret d’un chambre d’hôpital, partage la place que tu occupes ; partage les yeux que tu as en offrant un regard vers celui qu’on ne regarde plus ; partage au lieu de mettre à la poubelle ».

Ca, c’est pour tout le monde ; tout le monde dans le même panier, le Christ l’annonce : Oyez, oyez, le Père attend ça de l’humanité depuis la nuit des temps : le partage.


Et puis vient, je crois, de la part du Christ, un message particulier pour chacun, chacun d’entre nous : «  Et moi, pourrait dire la secrétaire, que dois-je faire ? » Tu dois faire ton travail le plus honnêtement possible ». Et moi, pourrait dire le retraité ? Ne fais pas comme si tu n’étais plus bon à rien ; donne de ton temps pour les autres. Et moi, pourrait dire l’artiste ? Mets tes dons à la disposition de l’humanité ; offre-lui de se réjouir de la créativité, de la création et de lui donner envie d’en prendre soin. Et moi ? Pourrait dire l’enseignant. Enseigne avec droiture et passion, en donnant du goût. Et moi ? Pourrait dire l’handicapé. Offre par ta joie de vivre de redonner envie à ceux qui baissent les bras. Et moi ? Pourrait dire l’enfant. Sois honnête et respectueux des autres, et offre ton rire aux personnes âgées.

Et moi ? Pourrait dire le fatigué. Prends le temps de la prière pour tous ceux qui courent sans cesse. Et moi, pourrait dire le conseiller presbytéral ( dont son pasteur !!) ? Prends soin de l’église comme de ta propre maison, et prends soin de ceux qui y viennent comme de ta propre famille. Et moi, pourrait dire l’amoureux de la nature ? Encourage chacun autour de toi à prendre conscience de la valeur précieuse de cette nature.

La liste pourrait être fort longue.


Il y a une grande différence entre l’exhortation de Jean et le message du christ que nous pouvons recevoir :

Nous devons faire, agir, mais pas pour obtenir quelque chose : pas pour recevoir un baptême de pardon, pas pour acquérir. Le baptême de Jean était de l’ordre de la repentance, de l’ordre de l’eau qui vient purifier.

Le baptême de Jésus qui va juste suivre le récit va nous purifier une fois pour toutes ; tous nos péchés, tous nos besoins de purification, Jésus-Christ va les endosser et se laisser plonger, immerger pour nous.

Alors oui, il y a une énorme différence : c’est non plus POUR obtenir quelque chose que nous devons nous mettre en route après avoir demandé «  que dois-je faire ? », mais PARCE QUE nous avons reçu le pardon de nos péchés et la réconciliation, et la vie éternelle que nous devons, par reconnaissance, nous mettre en route.


Enfin, il y a une autre ENORME différence : le baptême du Christ dont parle Jean, ce n’est pas « juste » de l’eau qui coule une fois sur notre corps : c’est un baptême perpétuel ; c’est un immense plongeon permanent dans la présence divine : c’est le feu de dieu qui ne nous lâche plus !!! Et ça change quoi ? Simplement que l’Esprit de Dieu nous colle à la peau, à la vie, au cœur, au corps, à l’âme !!! Et ce feu de Dieu, il ne peut pas nous laisser les petits bras croisés en nous posant comme seule question de la journée : «  quand est-ce qu’on mange ? » !!!!!!

«  Au feu ! » Qui resterait les bras croisés en entendant ça ?!!! Si on a le feu de Dieu dans sa vie, alors, il faut faire un bon ménage, celui de tout ce qui nous empêche de faire la volonté de Dieu, et demander clairement à Dieu : «  Seigneur, que veux-tu que je fasse à ton service ? ». Si Dieu répond à un seul d’entre vous : «  rien », je mange mon chapeau, comme dirait l’autre…et comme je n’ai pas de chapeau !!! Vraiment, préparons la venue du Christ ; le Seigneur est proche, et chacun, chacun d’entre nous est son ami, appelé à son service.


« Amour, gloire et beauté », c’est terminé ! A nous de vivre «  partage, honnêteté et justice ». Voilà le plan de Dieu pour l’humanité


Amen.


Nathalie Paquereau.