Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 15 avril 2018

Trescléoux (05700)

Lectures du jour :

Actes des Apôtres 3, 12-19

Luc 24, 35-53

I Jean 2, 1-5






Disciple ou Apôtre ?


Frères et Sœurs,

Nos lectures de ce matin nous conduisent des derniers versets de l’Evangile de Luc, au début du livre des Actes des Apôtres qui commence comme l’Évangile se termine, ce qui est normal puisqu’ils ont le même auteur, le livre des Actes étant en quelque sorte le tome 2 des écrits de Luc.

Ces textes nous confirment que nous sommes bien dans cette période de l’entre deux, entre la résurrection de JC, son ascension 40 jours plus tard puis la Pentecôte[1] encore 10 jours après.

Notre lecture de ce matin, commence au verset 35. Juste avant a eu lieu la rencontre des disciples d’Emmaüs avec Jésus. Mais cette rencontre n’a paradoxalement, véritablement eu lieu qu’après le départ de Jésus. Leur cœur s’est mis à bruler, nous dit Luc, et ils retournent vers leurs compagnons annoncer cette bonne nouvelle Il est vivant. D’où ce verset 35.

Que se passe-t-il ?

* Christ leur apparait, dans la Chambre haute, ils sont encore plus effrayés et épouvantés que quelques minutes auparavant: Jésus prononce alors ces mots  La paix soit avec vous ! La présence de Jésus est source de paix, d’apaisement même lors d’une période de deuil !

Puis Jésus prend la parole pour un exposé que Luc construit selon une progression linéaire :

* Jésus insiste : sa présence à nos côtés n’est pas une présence par l’esprit, intellectuelle, mais une présence réelle, concrète, matérielle. Quoi de plus banal, de plus quotidien que la venue d’un ami, à l’improviste, que l’on accueille avec joie et qui nous dirait tu n’as pas quelque chose à manger ? Il n’y a donc aucune raison d’être troublé.

* Puis après avoir rappelé que son ministère s’inscrivait dans l’accomplissement des écritures, y compris sa mise à mort et sa résurrection, il leur explique le sens de cet évènement : l’entrée dans un nouveau temps, celui de la grâce, du salut pour quiconque se repent et croit en Lui, a foi[2] en Lui.

* Et cette bonne nouvelle doit être prêchée en son nom à toutes les nations, prêchée par eux, les disciples qu’il enverra en mission après qu’ils auront reçu la puissance du Saint Esprit,

Et à la toute fin de l’Évangile, Jésus emmène les disciples à Béthanie, son refuge, là où sont ses vrais amis.

C’est là qu’il est enlevé après les avoir bénis, et ils retournent à Jérusalem avec une grande joie. C’est le même mouvement que celui des disciples d’Emmaüs. Jésus n’est plus là, mais il est encore là, et ce n’est pas la tristesse qui l‘emporte, car leur cœur est touché, leur cœur brûle de la certitude que dorénavant il sera toujours à leur côté, comme le chante David au psaume 16 :

J'ai constamment le Seigneur devant moi, car il est à ma droite, je ne serai pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse, et mon corps en sureté.

Christ est vivant aujourd’hui, voilà ce que nous dit Luc entre les lignes : c’est ainsi que nous devons ressentir sa présence à nos côtés, à chaque instant de nos journées et pas seulement lors de quelques moments privilégiés, comme ce matin par exemple : c’est ainsi qu’il nous transmettra la puissance du Saint Esprit.

Et c’est ainsi que 11 disciples timorés, apeurés, angoissés par le deuil, torturés par le doute, deviendront les premiers apôtres.


Disciple ou apôtre ?

Et nous les retrouvons dans notre lecture des Actes. La pentecôte a déjà eu lieu, le Saint Esprit est descendu sur eux, selon la promesse que Jésus leur a faite.

De disciples qui suivaient le maître essayant de comprendre son enseignement, de décrypter ses paraboles, avec le départ de Jésus, ils ont appris l’autonomie, l’initiative, ils ont repris le flambeau… Bref, c’est désormais à eux d’œuvrer, d’agir.

On comprend mieux pourquoi Jésus est parti et pourquoi les disciples s’en retournent joyeux. Si les disciples – devenus apôtres - sont joyeux, c’est avant tout parce que celui qu’ils croyaient mort est revenu à la vie, et alors qu’ils s’apprêtaient à retourner vers leurs anciennes activités, dans la tristesse et l’amertume, voilà qu’un nouveau chapitre s’ouvre pour eux et qu’ils sont appelés non plus à pêcher, mais à prêcher !

Les disciples/apôtres ont de quoi se réjouir : l’espérance qu’ils croyaient morte repart de plus belle : 3000 personnes qui se convertissent après le premier discours de Pierre !

Les apôtres sont en marche, plus rien ne les arrêtera sinon leur propre mort, issue qu’ils ont déjà acceptée.

Et de génération en génération des hommes et des femmes, dont vous pourriez me citer les noms, se sont levés pour proclamer à leur tour, par la parole mais surtout par leurs actes, cette bonne nouvelle : à celui qui se repent et qui croit, ses péchés sont pardonnés. Une vie nouvelle lui est ouverte, dans la fraternité et la bienveillance. Tel est le chemin de salut pour l’Humanité.


MLK

Et au milieu du 20° siècle, au cœur de la nuit pour le peuple afro-américain, un jeune pasteur de 26 ans, un nouvel apôtre, inspiré par le Saint Esprit s’est levé entrainant par la seule force de la prière, tout un peuple derrière lui, pour obtenir, sans aucune violence, ce que chaque être humain est en droit de revendiquer : être respecté et reconnu en tant que créature de Dieu, car l’Humanité est Une.

Vous connaissez tous cet engagement de MLK, mais ce qui me frappe le plus, c’est qu’il n’a jamais engagé une action sans au préalable avoir prié longuement, se sachant un fable homme ordinaire. Au risque parfois de surprendre ses plus proches compagnons[3].

Et de prière en prière il fut peu à peu littéralement habité par le Seigneur. MLK, comme Pierre, Jean, Paul, ne s’appartenait plus, il appartenait à la mission que le Seigneur lui avait confiée, prêt à l’accomplir jusqu’au bout.

Vous connaissez tous son fameux discours à l’issue de la marche sur Washington, en 1963 devant le mémorial Lincoln[4], I have a dream[5]. On connait beaucoup moins son dernier discours. Et pourtant….

En avril 1968, après 13 années de lutte incessante, traversées par de nombreux drames, épuisé, au bord de la dépression, les éboueurs de Memphis, grande ville du Tennessee, sollicitent son aide.

Ils ont déclenché une grève sur une seule revendication traduite par ce slogan : Je suis un être humain.

Ses amis lui conseillent de s’abstenir. Memphis est l’une des villes les plus ségrégationnistes du Sud, et puis sa mission à lui, c’est de s’occuper de tout le peuple noir, la lutte contre la ségrégation, la lutte pour le droit de vote, pas de soutenir quelques éboueurs anonymes.

Après avoir longuement prié, il décide d’y aller. Dans la petite église baptiste archicomble il y fera un discours bien plus long que prévu, qui se termine ainsi[6] :

 

"Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m’importe ce qui va m’arriver maintenant, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne.

Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m’en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite.

Et il m’a permis d’atteindre le sommet de la montagne. J’ai regardé autour de moi. Et j’ai vu la Terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise.

Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur. "


Je vous en parle ce matin car le lendemain 5 Avril 1968, il sera assassiné, à 39 ans. Discours prémonitoire, comme s’il savait ce qui l’attendait, et comme s’il était venu à Memphis délibérément au-devant de ce qui l’attendait.

Comme Moïse, il verra la terre promise de loin, mais n’y entrera pas. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à l’itinéraire de Jésus lui-même[7].


Et me vient en mémoire cet oracle d’Ésaïe[8] : Sentinelle que dis-tu de la nuit ? La sentinelle répond : le matin vient. Le matin est venu, 40 années plus tard, en Novembre 2008, avec l’élection du 1° président américain noir[9].

Mais la sentinelle ajoute : … Mais la nuit reviendra, comme un appel à la vigilance.

L’itinéraire de MLK est la démonstration que 2000 ans après Pierre, L’Esprit Saint peut encore susciter des apôtres par lesquels le nom de Jésus Christ, son message d’amour du prochain, sont glorifiés.

Des apôtres par lesquels l’Humanité fait un petit pas vers le Royaume de Dieu.

Des apôtres qui apportent la Lumière dans l’obscurité de la vie des hommes.


Conclusion

Et nous, disciples sages, en resterons-nous à ce stade, écoutant l’enseignement du Christ, attentifs à la parole de Dieu ?

Ou bien allons-nous devenir apôtres, là où nous sommes ? Le vaste monde commençant au coin de la rue, ou pour nous, au bout du chemin,

L’enseignement du Christ nous mettra-t-il nous aussi en mouvement ? Sans savoir exactement où Dieu nous conduira[10], mais avec la certitude qu’il nous accompagnera à chaque instant car Il n’a jamais été aussi présent à nos côtés qu’aujourd’hui.

Nous, qui savons être au bénéfice de cette Grâce imméritée, nous avons l’ardente obligation de nous mettre en mouvement sans tarder.

Que nos lectures de ce matin nous exhortent, si ce n’est déjà fait, à mettre notre foi en action et à annoncer partout, en temps et hors de temps[11], que Christ, est vraiment ressuscité !


Oui, Christ est vivant !


Amen !


François PUJOL


Confession de foi, lue durant la liturgie de ce culte, avant la Sainte Cène :


Martin Luther King, à Oslo, 10 Décembre 1964 (après sa réception du prix Nobel de la Paix)

Aujourd'hui, dans la nuit du monde et dans l'espérance de la Bonne Nouvelle, j'affirme avec audace ma foi en l'avenir de l'humanité.

Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure.

Je refuse de croire que l'être humain n'est qu'un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité, d'influencer en quoi que ce soit le cours des événements.

Je refuse de partager l'avis de ceux qui prétendent que l'homme est à ce point captif de la nuit sans étoile, du racisme et de la guerre, que l'aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité.

Je refuse de faire mienne la prédication cynique que les peuples descendront l'un après l'autre dans le tourbillon du militarisme vers l'enfer de la destruction thermonucléaire

Je crois que la vérité et l'amour sans condition auront le dernier mot effectivement. La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l'espoir d'un matin radieux.

J'ose croire qu'un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, l'éducation et la culture pour la santé de leur esprit, l'égalité et la liberté pour la paix de leur cœur.

Je crois également qu'un jour toute l'humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois que la bonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. Le loup et l'agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s'asseoir sous son figuier, dans sa vigne, et personne n'aura plus raison d'avoir peur.


Je crois fermement que nous l'emporterons.


Amen !


[1] D’où son nom. La Pentecôte chrétienne est calée sur la Pentecôte juive, Chavouot, qui commémore la remise des tables de la Loi par YHWH à Moïse. De même, la Pâque chrétienne célèbre le passage de la mort à la vie, calée sur la Pâque juive qui commémore le passage de la mer rouge (la libération de l’esclavage).

[2] La foi : croire et espérer, dans la confiance.

[3] Comme par exemple sur le pont Edmund-Pettus de Selma (Alabama) où la marche sur Montgomery (à 80 kms) ne pourra effectivement être entreprise qu’à la 3° tentative après le « Bloody Sunday »

[4] Le 13° amendement à la Constitution des États-Unis sera proclamé le 18 décembre 1865, 8 mois après l’assassinat de Lincoln en Avril 1865. « Ni esclavage, ni aucune forme de servitude involontaire ne pourront exister aux États-Unis, ni en aucun lieu soumis à leur juridiction » Quelques mois plus tard, un 14e amendement assure aux Noirs le droit de vote et l'égalité avec les Blancs devant la loi. Il faudra attendre 1 siècle pour qu’il entre dans les faits.

[5] Que l’on peut voir en totalité, en version sous-titrée sur notre site, page Histoire/textes fondateurs

[6] Où l’on retrouve les accents du Psaume 23

[7] Autre similitude : Ses prises de position sur la guerre au Vietnam, sur les Ghettos noirs entretenus dans le chômage et la misère par les « démocrates » des grandes villes du Nord (New York, Chicago, Detroit, Boston) feront de MLK un homme presque seul la veille de sa mort, abandonné par la plupart de ses soutiens.

[8] Esaïe 21/12

[9] Dès 1983, le président Reagan avait signé une loi faisant du troisième lundi de janvier de chaque année une fête nationale pour commémorer l’anniversaire de sa naissance. En 1994, le Congrès a désigné cette fête « journée nationale de service » et invité les Américains de toute condition à contribuer à la réalisation de la « communauté bien-aimée » de Martin Luther King en donnant d’eux-mêmes et de leur temps pour aider les autres.

[10] Voir Jean 21/18

[11] Voir 1° Lettre de Paul à Timothée Chap.4, v.2