Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 24 novembre 2013

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

2 Samuel 5, 1-3

Luc 23, 35-43

Colossiens 1,12-20





Christ Roi : Aujourd’hui…


Frères et Sœurs,

Dimanche prochain, ce sera le 1° Dimanche de l’avent, et commencera ainsi une nouvelle année liturgique.

Aujourd’hui est donc le dernier dimanche de l’année liturgique et l’on pourrait se demander pourquoi on nous donne à lire une nouvelle fois le texte de la crucifixion de Jésus.

En réalité ce n’est pas tout à fait de cela qu’il s’agit aujourd’hui.

L’année liturgique commence par cet Avent, l’attente du messie, dont la venue est imminente, accomplissant enfin les prophéties, la naissance de l’enfant divin, à Bethléem et non Jérusalem, un premier signe, suivie aussitôt de l’allégeance des nations à travers les mages, puis ses trois années de ministère, se terminant par sa montée vers Jérusalem, les rameaux, le jugement, sa mort et sa résurrection, puis la pentecôte et le don du Saint Esprit, selon sa promesse, qui ouvre le temps de l’Eglise, l’Église missionnaire « Allez, annoncez la bonne nouvelle à toutes les nations et baptisez les en mon nom »[1].

Le point final de l’année liturgique est donné par Jésus lui-même, par ses dernières paroles sur la croix, juste avant son dernier souffle : « Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ». Promesse qui répond à cette requête du brigand : « Jésus, Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne ! ».

Et en cette fin d’année liturgique, cette promesse s’adresse aussi à nous, et elle nous interpelle car elle soulève une nouvelle fois cette question, ce mystère du salut, ce salut par la foi, que nous avons tant de mal à expliquer à nos contemporains.

Mais pourquoi mettre en avant ce brigand, « le bon larron », comme s’il y avait quelque chose de commun entre lui et nous ? Pourtant, c’est bien lui le premier bénéficiaire de la grâce, de la rédemption, obtenues par ce sacrifice sur la croix. Ce brigand en est même un acteur bien involontaire, rejoignant Jésus dans cette fraternité de la souffrance, car c’est ainsi qu’il l’interpelle : « Jésus, souviens-toi de moi », il ne dit pas Maître ou Rabbi, non, « Jésus », comme on appelle son frère, ce qu’il est déjà, juste avant de mourir, pour l’éternité.

Oui, qu’y a-t-il de commun entre lui et nous ? La réponse se trouve au verset 41 : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes; mais celui-ci n'a rien fait de mal. ».

C’est vrai, la justice serait que nous recevions ce que nous avons mérité, puisque, quoiqu’on en dise, nous fonctionnons selon ce schéma, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que tout de même, la vie que nous nous appliquons à suivre, y sera bien un petit peu pour quelque chose.

Alors finalement, malgré les apparences nous ne sommes pas si loin que ça des 2 brigands.


Sauve-toi toi-même

« Qu’il se sauve lui-même » raillent les chefs religieux, « sauve-toi toi-même » se moquent les soldats et le second brigand, à l’adresse de Jésus.

Comme s’il s’agissait de cela, comme s’il s’agissait d’échapper à la mort physique, biologique. Personne ne peut se sauver de cette mort-là, y compris, l’homme-Jésus, mais Dieu, en le ressuscitant, non seulement a manifesté sa puissance, mais lui a fait dépasser la mort, entrainant avec lui, tous ceux qui le reconnaissent comme leur roi, leur Seigneur, pour reprendre une expression qui nous est plus familière.

Non pas échapper à la mort, mais dépasser la mort, voilà le salut que nous propose le Christ, lorsqu’il nous dit « Celui qui croît en moi, il a la vie éternelle », ou au bon larron « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Non pas être vivant après la mort, mais être vivant avant et au-delà de la mort.

La foule, qui un jour à peut-être cru au salut qu’il annonçait se tient à l’écart, et attend. Luc oppose son silence aux vociférations ironiques des chefs religieux. En fait, elle est témoin de quelque chose qui la dépasse car rien ici n’est normal. Tout se passe comme si la foule pressentait que cette exécution somme toute assez banale à l’époque, était un signe, comme si elle pressentait que ce Jour du Seigneur, ce jour de Colère annoncé par les prophètes était en train de se dérouler sous leurs yeux, Jour de Colère annonciateur de temps nouveaux.


I.N.R.I.

L’autorité romaine s’est servie de cette exécution pour soumettre encore davantage le peuple juif opprimé, pour l’humilier encore un peu plus, en inscrivant sur  l’écriteau dérisoire surmontant son corps crucifié, « celui-ci est le roi des juifs ».

Ultime erreur de ceux qui se croient les puissants : en écrivant cette phrase dans les trois langues : grecque, latine et hébraïque, ils affirment au contraire l’universalité de la royauté du Christ.

Un roi qui n’a pas besoin de pouvoir, mais qui possède l’autorité de son regard, de sa seule parole, la puissance de Son Père, et dont le royaume n’est pas de ce monde.

Ce dialogue entre Jésus et le brigand lève le voile sur ce mystère du salut :

* Tout d’abord, l’acte de repentance : pour nous, ni crime ni délits, tout juste quelque infraction, mais nos concessions, nos arrangements, accommodements, compromis, tous ces mots d’aujourd’hui qui nomment une façon de prendre acte de l’injustice, de céder à la tentation du pouvoir, sous prétexte qu’il faut « faire avec parce qu’on ne peut pas faire autrement», pour tous ces manquements, il serait justice que nous récoltions ce que nous méritons, la mort, tout simplement, comme étape ultime et définitive de notre vie terrestre.

* Mais après la repentance, vient la démarche de foi, cette intuition, cette espérance, qui fait dire au brigand « Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne ».

Le moins préparé à la théologie, devient le premier citoyen de ce mystérieux Royaume des Cieux, car il a reconnu, en la personne de Jésus, son roi. Il est le seul, dans tout le récit de la Passion, à s'adresser au Christ en le nommant « Jésus ». Le malfaiteur a trouvé son Roi et son frère. Ils ont, ensemble, dépassé la mort, la vie désormais les lie, dès aujourd’hui, pour l'éternité.

Voilà qui nous éclaire sur le sens du salut par la foi, donné par Dieu le Père à travers Jésus Christ le Fils :

Ce bon larron assume pleinement sa responsabilités dans les crimes qu’il a commis, mais il fait le lien entre le pardon de son péché et sa reconnaissance du Roi éternel dont il sait (comment le sait-il, sinon par la foi ?) qu'il s'avance pour « entrer dans son royaume », emmenant avec lui le pécheur repenti, pour qui, se placer sous la justice de Dieu est plus important que subir la justice des hommes.

Alors que la justice du monde a rendu un verdict de mort, la justice de Dieu lui a rendu un verdict de vie.


« Aujourd’hui »

Ce malfaiteur, qui reconnait l’innocence et la divinité de Jésus, qui reconnait en Jésus un Sauveur, lui attribue une royauté certes, mais pour plus tard. Quand tu « viendras comme roi » dit-il à Jésus. « Souviens-toi de moi »: ce brigand formule une espérance, il attend la venue du Royaume pour un demain indéterminé, un futur indéfini, indéfinissable peut-être.

Jésus coupe court à cette confusion en lui répondant : « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Oui, c'est aujourd’hui que Jésus nous veut avec lui, tout de suite, sans attendre.

Le paradis, dit Jésus, ce n’est pas dans un avenir incertain, hypothétique, dans des temps futurs où enfin le règne de Dieu sera installé sur Terre. Jésus lui dit, et nous dit, n'attendez pas en vain, oui, dès aujourd’hui vous êtes avec moi et moi je suis avec vous dans votre vie, ici et maintenant. Je vous entraîne à ma suite sans attendre. Le paradis c’est là où vous êtes. Parce que moi, malgré les vicissitudes de votre vie, malgré ce que vous voyez autour de vous, malgré les guerres, les inégalités, les maux dont vous souffrez, moi, Jésus, je vous offre dès maintenant le salut, je suis venu pour vous, je suis mort pour vous et je ressuscite pour vous. Je ne suis pas une utopie pour un avenir radieux, « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »


Conclusion

Dans ce climat d’horreur qui rôde autour du Golgotha, la force d’amour qui habite Jésus a entraîné dans la vie, celui qui agonise avec lui. Alors que la mort est en train de faire son œuvre, la présence de Jésus réussit à entraîner son co-supplicié dans une nouvelle dimension de sa vie. Jésus réussit à créer en lui la certitude que l’amour qu’ils partagent en cet instant ne sera pas englouti dans la mort. Il est donc évident que ce récit nous a été rapporté pour nous dire que si l'amour de Jésus a été capable de mettre dans l'esprit d'un agonisant supplicié, que la mort n'était pas au terme de sa vie, il en est et il en sera de même pour nous.


Est-ce cela le salut ? Notre foi nous donne en tous cas quelques certitudes : que l’amour de Dieu, tel qu’il a été manifesté en Jésus est plus fort que la mort. La mort ne peut pas détruire en nous les marques de l’amour de Dieu que Jésus y a déposées.

Maintenant, nous pouvons attendre Noël avec joie et confiance


Amen !


François PUJOL


[1] Matthieu 28/20