Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 17 novembre 2013

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Malachie 3, 13-24 (voir également sous cette référence, méditation du 13 Novembre 2016)

Luc 21, 5-19

2 Thessaloniciens 3, 7-12





« Il faut retourner à la parole de Dieu »


Au moment des difficultés, les croyants se posent toujours un certain nombre de questions concernant la foi, des questions concernant le culte. L'évangile de Luc nous montre que ces questions sont utiles, dans la mesure où elles amènent Jésus à donner des éclaircissements à de nombreux interlocuteurs très variés. C’est en particulier ce qui s’est passé pendant son enseignement dans le Temple de Jérusalem. Et le fait même qu'il y ait en Israël, à l'époque de Jésus, de nombreux partis religieux, de nombreuses sectes nous dit l’historien Flavius Josèphe, montre le désarroi spirituel de beaucoup de gens. Et surtout ces partis s'opposent violemment sur ce qui devrait les unir, la Torah, la Loi de Dieu, la Parole de Dieu. Cette discussion, ces débats, ces conflits même, montrent le désarroi du peuple d'Israël dans une situation qui est difficile et conflictuelle, à une époque d’occupation romaine où l'autonomie politique d'Israël n'existe pas, à une époque où le culte même semble être attaqué de toute part.


Alors on essaye de se raccrocher à ce qui semble encore solide. Et quelques-uns se tournent vers Jésus et lui montrent le Temple qui vient d’être reconstruit par Hérode. Il a fallu quarante ans pour le reconstruire. Et vraisemblablement ce Temple est l'un des plus beaux qui ait été construit, couvert d'or nous dit la tradition, ce qui semble être confirmé dans le texte de Luc. Un Temple riche, qui est le signe de la présence de Dieu parmi son peuple, l'élément de stabilité, le lieu auquel on peut se raccrocher au moment où tout semble aller à vau l'eau.


Mais Jésus, d'une parole, renvoie les gens à la réalité. « Ce que vous contemplez, les jours vont venir où il n'en restera rien, où il ne restera pas pierre sur pierre. Tout sera détruit. » Jésus a-t-il la prémonition de ce qui va se passer une quarantaine d'années après qu'il ait prononcé ces mots ? A-t-il déjà en tête la destruction du Temple en 70 par Titus, après la prise de Jérusalem par les romains ? Ou est-il simplement conscient que les bâtiments de pierre ont pour vocation de retourner au chaos ? Après tout, il en a été de même de tous les temples qui ont précédé. Très vraisemblablement, Jésus est simplement conscient de la vanité des constructions humaines, qu'elles soient de pierre ou théologiques.


Il en est de même à l'époque où a été rédigé le dernier livre des prophètes, le livre de Malachie. Ce messager de Dieu écrit au milieu du 5e siècle avant Jésus Christ, qui est une période trouble également. Nous sommes à la fin de l'exil à Babylone, mais c'est l'Histoire qui le montrera, quand Néhémie reviendra, une quarantaine d'années après les prophéties de Malachie. Et c'est Néhémie qui relèvera les murailles de Jérusalem et fera redécouvrir la Loi au peuple d'Israël, cela nous est raconté dans le livre qui porte son nom.


Malachie écrit à un moment où le Temple vraisemblablement a déjà commencé à être restauré, même s'il n'a plus la splendeur du Temple de Salomon. Mais enfin, le culte reprend au sein de ce Temple. Et pourtant, le peuple d'Israël est découragé, abattu. On peut le comprendre, Il a subi un exil long, une destruction du pays. Jérusalem, même si elle n'est plus vraiment en ruine, n'a plus la splendeur d'antan. Et ce peuple a l'impression que toutes les promesses que Dieu a faites par l'intermédiaire des prophètes, les promesses d'un grand Israël, se sont effondrées. On peut comprendre, humainement, que certains d'entre eux se détournent de la foi des Pères. Les hommes sont ainsi toujours enclins à suivre les philosophies et les religions des vainqueurs, des forts, des dominants, et cela, de l'origine des temps jusqu'à maintenant. Alors à l'époque de cet écrit, au 5e siècle avant Jésus Christ, les femmes et les hommes en Israël se détournent de la foi d'Israël; ils estiment que la Parole de Dieu n'a pas toute la puissance qu'elle prétend avoir.


Et le Seigneur rappelle, par la voix de son prophète, que contrairement aux philosophies humaines, contrairement aux constructions humaines, la Parole de Dieu, elle, demeure depuis l'origine des temps. Et que, malgré les apparences, seuls ceux qui la suivent et vivent de cette Parole, survivent et prospèrent.


Il en est de même à l'époque de Jésus.

Des gens essayent de décrypter les événements qui adviennent, essayent de comprendre chacun à sa manière la signification de ce qui arrive. Et l'époque de Jésus n'échappe pas à cela. Ceci explique les conflits qu'il y avait entre les différents partis religieux. Chacun essaye de donner son interprétation face à des événements troublants.


On ne sait pas si Jésus fait une prophétie particulière pour ses disciples. Vraisemblablement non. Il rappelle seulement qu'une seule chose compte : écouter, se nourrir de la Parole que Dieu a donnée. "Prenez garde, ne vous laissez pas égarer. Parce que beaucoup viendront en prenant mon nom, en se revendiquant de mon autorité. Ils vous apporteront de faux témoignages". Cela, de tout temps, arrive, surtout en période de troubles.


Jésus, rappelle qu'il ne faut pas se laisser envahir par des ambitions, par des envies. Ne pas se laisser envahir non plus par la crainte : « quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne soyez pas effrayés car il faut que cela arrive d'abord. Mais ça ne sera pas aussitôt la fin ».

Dans les périodes d'incertitude, y a-t-il plus de conflits ? C'est probable. Mais, surtout, dans les périodes d'incertitude, ces conflits paraissent plus effrayants, plus troublants. Comme les hommes ne suivent plus la Parole de Dieu, alors sans doute la violence est-elle plus forte et entraîne-t-elle des guerres, des famines et des injustices. Mais on ne peut pas dire que dans ces périodes-là, la méchanceté des hommes entraîne plus de tremblements de terre, plus de cataclysmes. Cela, c'est la nature qui le produit. Mais peut-être y est-on simplement plus sensible, ou y voit-on des signes du ciel. Ou peut-être, les conséquences de ces événements sont-elles plus dures à supporter parce que les hommes sont moins solidaires, partagent moins, et n’aident pas ceux qui sont en difficulté. Alors, ces événements effectivement deviennent plus terrifiants.


Oui, le Seigneur nous dit "ne craignez pas, n'ayez pas peur". On aurait presque envie de dire "il a beau jeu de dire ça" !


Dans les périodes de difficultés, il est normal d'avoir peur. Mais Jésus nous invite à nous tourner vers l'essentiel, vers la Parole de Dieu, et à reprendre confiance, confiance dans cet avenir que Dieu nous promet, confiance dans la possibilité d'une société plus juste et moins violente, société que l'Évangile nous propose de construire. Peut-être nous permet-il ainsi de reprendre le dessus, de reprendre courage et de continuer à lutter chacun à son niveau afin que cette société-là puisse se construire tout doucement et qu'ainsi le Royaume de Dieu puisse se manifester au monde.


À l'époque de Malachie il faudra attendre des dizaines d’années encore, avant que Jérusalem et le Temple soient complètement reconstruits. Et cela arrivera. Cela arrivera avec Esdras et Néhémie, avec la redécouverte de la Loi, le retour à une foi plus conforme à la Parole de Dieu.

Ce qui va se passer en Israël dans les années 70, au-delà de la réalisation de la prophétie "il ne restera plus pierre sur pierre", c'est aussi la possibilité pour les croyants d'aller vers une autre époque, vers une autre manière de comprendre sa foi, une autre manière de vivre sa relation avec Dieu ; une autre manière peut-être aussi de construire un monde nouveau. Pour les chrétiens, ces paroles annoncent la naissance de l'Église. Il faudra attendre des siècles mais l'Empire romain deviendra chrétien.


Aujourd'hui nous vivons de nouveau des temps troublés, où nous sentons que le monde est en crise. L'Évangile de ce jour nous invite à nous recentrer sur la Parole de Dieu, et seulement sur cette Parole. A ne pas suivre les sirènes qui nous suggèrent de nous tourner vers de nouvelles philosophies nous incitant à abandonner la lecture de l'Évangile et la foi en Jésus Christ, pour défendre une "culture chrétienne" dépouillée de la Parole décapante de Dieu, afin de modifier le monde à l'aide des seules valeurs humaines.


Non ! Seule notre foi en Jésus Christ peut nous faire avancer. Seules, l'écoute de la Parole de Dieu, et sa mise en pratique, peuvent nous permettre de surmonter les difficultés et de construire un monde nouveau.


Amen !


Jean Jacques Veillet