Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

DIMANCHE 07 novembre 2010

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Daniel 3, v 1 à 5, v 12 à 24
2 Thessaloniciens 2, v 16 à 3, v 5
Luc 20, v 27 à 38





Dieu est le Dieu des vivants !


Introduction

Frères et sœurs, ce début de Novembre me laisse toujours une impression bizarre : période de Toussaint, temps de Toussaint, suivis du 11 Novembre où dans nos villages nous nous retrouverons encore une fois devant la liste de jeunes gens morts dans des conditions épouvantables, et puis cette année, cérémonie pour la fille d’une amie qui vient de se tuer en voiture à 21 ans, oui, il est des moments où l’on se sent cerné par la mort, on a l’impression qu’elle rôde, alors ce texte d’aujourd’hui où Jésus nous parle de la résurrection est bien approprié pour nous redonner le tonus nécessaire, et nous tourner vers la Vie Éternelle qui nous attend, c’est en tous cas ce que je vous propose ce matin, même si le sujet peut paraître complexe pour ne pas dire compliqué.


La scène

On a donc Jésus, entouré de scribes et de pharisiens, dont Jésus vient de se payer la tête à propos de Dieu et César.

Et les scribes, qui sont donc des sadducéens croient pouvoir en profiter et faire d’une pierre 2 coups : mettre en défaut Jésus et enfoncer encore un peu plus les pharisiens, car ces deux groupes ne sont pas franchement amis :

- Les Sadducéens : descendants des lévites, c’est le clergé du judaïsme, l’aristocratie sacerdotale concentrée autour du Temple, à Jérusalem. Ce sont les sacrificateurs. Dans la Torah, ils s’intéressent aux livres du Lévitique, recueil des rites, des lois et des célébrations. Politiquement légitimistes, pourvu qu’on ne touche pas au Temple, ils acceptent Hérode et les Romains, tant que ceux-ci ne les dérangent pas.

Les Sadducéens, qui ne croient pas à la résurrection des morts, ne reconnaissaient que l'autorité du Pentateuque, mais surtout, ne croyant pas à une vie future, ils pensaient (et c'est resté actuel) que la foi juive devait essentiellement se vivre sur cette terre, quitte à collaborer (dans des limites raisonnables) avec les autorités civiles. Il fallait faire avec, leur seul avenir réel étant dans les fils qu'ils pouvaient avoir (Voir Jacques Attali[1]).

Sachant cela, on comprend mieux ce texte de Luc.

- Les Pharisiens : Leur origine remonte à -200, et l’organisation progressive d’une résistance juive, menée par la dynastie des Macchabées (les Hasmonéens), contre les grecs qui dominent le bassin méditerranéen. Ils sont attachés à une pratique individuelle et une recherche personnelle, un renouveau spirituel. Ce sont les piétistes de l’époque. Ils développent un fonctionnement « de type sectaire », en ce sens qu’ils prônent une séparation des hommes pieux, respectueux de la Loi juive, les purs, du reste de la population soumise aux influences gréco-latines.

Ce qui ne les empêche pas d’être eux-mêmes « contaminés » par des influences extérieures, en particulier grecques, à travers leur croyance en la résurrection et l’éternité de l’âme.

S’ils ne contestent pas le rôle du Temple dans la tradition, ils s’opposent aux sadducéens en développant les commentaires de la Loi écrite par une tradition orale qui va au-delà du texte pour l’enrichir : C’est la Torah orale dont découle le Talmud (compilation de 613 commentaires et discussions ayant trait à la législation, l’éthique, les coutumes et l’histoire des juifs) enseigné dans des synagogues par des rabbins, ministère transmis de père en fils. Ainsi naît le « judaïsme rabbinique ».

Les pharisiens sont peu impliqués politiquement, sauf lorsque leur liberté de culte est en danger. Ils s’associent alors aux mouvements de lutte contre l’occupant, qu’il soit syrien ou romain.

Ils ont également de nombreux contacts avec la Diaspora, qui parle grec.


Le conflit sur la résurrection

Les Sadducéens : ne croyant pas à la résurrection, ils pensent que leur éternité passe par les générations suivantes, d’où cette volonté de transmettre, d'assurer une descendance, une suite, vouloir laisser à tout prix une trace pour les générations à venir. Et l'histoire que racontent les Sadducéens, cette veuve aux 7 maris, se fonde sur cette volonté de donner une descendance au mort, une descendance masculine bien sûr.

On peut ouvrir rapidement une parenthèse :

- En rappelant toutes les généalogies que l’on trouve dans l’ancien testament et même jusqu’à celle de Jésus (les premières lignes de Matthieu). Elles ont à voir avec cette obsession des sadducéens,

- En soulignant que cette quête d’aujourd’hui sur les racines, les arbres généalogiques ; çà a peut-être un peu à voir avec elle. L’absence de perspectives, d’espérance après notre vie terrestre, c’est anxiogène, angoissant, alors on se rassure en se tournant vers les ancêtres, vers le passé dans lequel on s’enracine, en n’oubliant pas au passage d’ajouter notre nom, pensant ainsi « passer à la postérité ».

Pour les Pharisiens, en revanche, le Royaume ne pouvait être qu'une réalité future, dont la vie présente ne pouvait en aucune manière être une copie, mais bien plutôt sa négation. Ils essayaient d'être une communauté pure, vivant presque en ghetto. Jésus s'est payé leur tête, en leur rappelant qu'en fait ils pactisaient déjà avec César qu’ils avaient sur le cœur et que leurs principes n’étaient pas aussi intangibles qu’ils le pensaient.

Les pharisiens lisent tout l’ancien testament (traduit en grec 270 ans plus tôt) et ils ont lu Daniel 12.


Les faux problèmes, les mauvaises questions…

Les sadducéens, voulant pousser leur avantage et pensant que Jésus était de leur côté se lancent donc dans leur histoire de lévirat :

Si cette femme avait eu seulement deux maris cela aurait suffi à leur "démonstration" mais deux maris, c'était trop banal, alors ils en rajoutent, en s’inspirant d’un texte de Genèse 38 (l’histoire de Juda et Tammar) avec un sous-entendu : "Si vraiment il y a résurrection des morts, Moïse avec sa loi du lévirat a mis le Seigneur dans de beaux draps !". Aujourd’hui encore on entend des démonstrations aussi boiteuses, venant de rationalistes qui ne craignent pas de charger la barque, jusqu’à en être ridicules.

On remarquera au passage qu'ils n'ont pas pensé à un mari avec sept femmes successives, car cela, à cause des répudiations, faciles dans ce sens là, était bien plus habituel. Ce qui prouve que, pour eux, au Royaume, si un mari avec sept femmes ne leur paraissait pas totalement déplacé, en revanche une femme y disposant de sept maris leur paraissait une réalité impossible. On est misogyne (et rationaliste) ou on ne l'est pas ! Ajoutons cependant qu'ils envisagent quand même le Royaume futur (auquel ils ne croient pas) comme devant être de régime "monogame"..., au moins pour les femmes !

Et ils pensaient ainsi confondre par le ridicule, les Pharisiens qui croient en un Royaume où Dieu n'arriverait pas à se dépêtrer de situations conjugales complexes.


Toujours d’actualité

Cela nous fait sourire, mais n’oublions pas que l'Église a fait croire pendant des siècles, que c’était après la mort que les questions importantes se posaient, et elle parlait d'enfer, de paradis, de purgatoire ou des limbes. Est-ce important de savoir si un enfant qui meurt sans avoir été baptisé va aller dans les limbes ou si quand même il aura une chance d'aller au paradis, ou est-ce important de savoir si on peut aller au paradis sans avoir reçu l’extrême onction ?

Outre qu'il n'y a dans toutes ces notions aucun fondement biblique, elles ont trop longtemps fait croire que toute notre vie se réalisait dans la mort, que plus une vie terrestre serait un enfer, plus dans l’au-delà on aurait des chances d’aller au paradis, sans parler des indulgences contre lesquelles Luther a combattu.

On est à des années lumières du message de Jésus Christ :

«  Dieu est le Dieu des vivants, pas celui des morts ».


La promesse de Jésus Christ

S'il a été ironique envers les Pharisiens, Jésus n’entre pas dans le jeu des Sadducéens et il leur demande « Ne seriez-vous pas dans l’erreur ? », ce qui est une façon diplomatique de leur dire « Mes pauvres, vous déraillez complètement  », car pas plus que l'aveugle ne peut décrire la lumière, ni le sourd parler des sons, un homme de ce monde ne peut parler avec vérité et précision du monde qui vient, où Dieu se moque pas mal de vos fausses questions et de vos faux problèmes ; " Ce sera AUTREMENT ; c’est tout ».

Et l’on peut relire ce verset  de 1 Cor.15 :

« Mais quelqu'un dira: Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils? Insensé! Ce que tu sèmes ne reprend point vie, s'il ne meurt auparavant. »

Par la mort et la résurrection de Jésus-Christ tout est déjà gagné.

Conclusion

Alors il faut clarifier cette réponse un peu énigmatique de Jésus. Il dit « Dieu est le Dieu-des-vivants », et il cite comme étant justement vivants, Abraham ; Isaac, Jacob, alors qu’Abraham a vécu 900 ans avant Jésus, parce qu’ils sont toujours vivants pour lui.

C’est que lorsqu’il parle de vivants et de morts, Jésus ne fait pas de la biologie. Les vivants et les morts ne sont pas ceux que l’on croit :

Et là on peut se rappeler ces paroles de l’apôtre Paul (aux Ephésiens-2) :

« Vous étiez morts aux yeux de Dieu par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, » et plus loin :

« Nous tous aussi, nous étions de ce nombre Mais Dieu nous a rendus à la vie avec Christ car c'est par la grâce que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de nous, c'est le don de Dieu. »

Et dès lors, les choses s’éclairent : les morts ce sont ceux qui refusent d’écouter la promesse de Jésus et de l’accepter comme leur Seigneur. Les vivants ce sont ceux qui comme vous et moi, un jour avons accepté pour nous, le sacrifice de Jésus sur la croix. Les vivants, ce sont ceux dont Jésus dit « Celui qui croit en moi, il a la vie éternelle » et la vie éternelle elle a commencé le 3° jour lorsque la pierre du tombeau a roulé.

Et dès lors nous pouvons parler sereinement de notre mort biologique, qui n’est plus une fin irréversible, l’ennemie de la vie, le néant.

Et même au bout du bout de notre vie, là où plus personne ne pourra nous accompagner, nous ne serons pas seuls pour franchir ce passage comme dans un tunnel d’où l’on sort en pleine lumière. Jésus nous tiendra la main.

Certains chrétiens d'Orient, au lieu de se saluer par leur prénom et leur nom, se saluent en disant : « il est vivant, il est ressuscité. »

Et nous, nous proclamons : Je crois en l’Esprit Saint, la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Nos morts sont vivants pour et près de Dieu. Comme Dieu lui-même est vivant à nos côtés, et cela nous suffit.


Amen !


François PUJOL


[1] « Je suis juif non pas parce que mon grand-père était juif, mais parce que mes petits-enfants seront juifs »