Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 28 Décembre 2014

Culte à Trescléoux-05700

Lectures du Jour :

Luc 2, 22-40

Genèse 15,1-6 ; 21,1-3 (Voir aussi sous cette référence, méditation du 31/12/2017)

Hébreux 11,8-19




Douceurs et amertume


Pourquoi ce texte aujourd’hui ?

Le texte que nous lisons ce matin est celui de la présentation de Jésus au Temple. Or, cette présentation a lieu 40 jours après la naissance de l’enfant, et elle demeure encore aujourd’hui comme un jour de fête, c’est la chandeleur, le 2 Février, 40 jours après Noël.


Alors pourquoi nous proposer ce texte aujourd’hui, juste 3 jours après Noël ?

Peut-être pour nous réveiller, pour nous faire sortir de cette ambiance de fête tout sucre tout miel dans laquelle nous aurions peut-être tendance à nous installer en ces nuits d’hiver longues et froides : après Noël, l’épiphanie et sa galette des rois, puis la chandeleur et ses crêpes, que des sucreries !


Mais où est passé le sens originel de ces fêtes, pour nos contemporains ? Pour Noël, il y a longtemps que le père noël a supplanté Jésus, Jésus bizarrement revenu sur le devant de la scène avec cet épisode ridicule de crèches interdites par un juge qui ne l’est pas moins, ridicule, ce qui devrait nous inciter à la vigilance la plus grande face aux ayatollah de la laïcité, qui ne désarment jamais, même si pour le coup ils sont plutôt dans le rôle de l‘arroseur arrosé.


Puis, L’épiphanie et sa galette des rois : qui se souvient que l’on y fête la proclamation de la royauté de Jésus par ces savants étrangers, symboles de toutes les nations connues, qui viennent faire allégeance au pied de ce nouveau-né qu’ils proclament roi. Cette royauté de Jésus, objet de tant de confusions ce qui l’obligera à préciser à maintes reprises que son Royaume n’est pas de ce monde.

Enfin, cette chandeleur, cette fête des chandelles pour se souvenir (qui s’en souvient) de ce cantique de Siméon, que nous venons de lire, où Jésus est proclamé Lumière des nations !


Rappeler cette fête de la lumière aujourd’hui en particulier, jour du massacre des premiers nés à Bethléem[1] sur lequel nous avions médité l’an dernier (Matthieu 2/13-23, le 29 décembre 2013), c’est rappeler que la venue de cette lumière dans le monde sera contestée par ceux, nombreux, qui refuseront son message, qui est pourtant un message de paix et de réconciliation.

Alors, oui, ce texte aujourd’hui fait cohabiter la lumière de Jésus et l’obscurité des hommes qui massacrent des innocents, les douceurs cohabitent avec l’amertume. Ce qui nous fait comprendre cette phrase de Jésus en Matthieu « Je ne suis pas venu apporter la paix sur terre, mais le glaive » (Matthieu 10:34)

Ou celle du prologue de Jean : La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue. (Jn 1/5)

Ou bien encore en Esaïe 21/11 : Sentinelle, que dis-tu de la nuit? La sentinelle répond: « Le matin vient,.....mais la nuit reviendra ».


La présentation au Temple

Il s’agit donc d’un rite juif, que les chrétiens se sont approprié. Si Joseph et Marie font halte au Temple sur le chemin du retour à Nazareth, c’est qu’ils sont des juifs fidèles respectant scrupuleusement les instructions de la Torah dans l’Exode, le Lévitique, ou les Nombres. Siméon est présenté comme un juif pieux, un sage, de même que Anne, la prophétesse. Or tous ces juifs à la fidélité incontestable vont être les acteurs d’un acte décisif : Ils annoncent la fin du Temple comme lieu de la manifestation de la gloire de Dieu et comme lieu de la rencontre du peuple avec son Dieu. Son nouveau temple est dorénavant cet enfant que Siméon prend dans ses bras et élève en le proclamant Lumière des nations, source de salut pour tous les peuples. C’est dorénavant par Lui que passera la rencontre avec Dieu.

Et là, il faut se rappeler que Luc écrit ces lignes bien après la destruction du Temple par les Romains en 70, après une dernière révolte des juifs[2].

Par cet épisode, Luc leur dit, ne pleurez pas, la mission du Temple est terminée, le nouveau Temple, c’est Jésus, c’est Lui, le Christ qui prend le relais[3], c’est par Lui que vous pouvez dorénavant être en communion avec le Père, vous réconcilier avec Lui.

J et M étaient poussés vers le Temple par fidélité à la Torah, Siméon était poussé vers le Temple par L’Esprit Saint, déjà à l’œuvre bien avant la Pentecôte. Ce matin, nous entrons bien dans le N.T., dans l’Évangile de la nouvelle alliance.

En quelques mots de Siméon, tout est dit : c'est maintenant que tout se joue. L'enfant Jésus est présenté comme l'événement charnière entre passé et avenir. Les promesses du Dieu d’Israël, qui nous sont rappelées ce matin par la lecture de la Genèse, s’accomplissent non seulement pour Israël mais pour toutes les nations. Nous sommes bien, maintenant, au bénéfice de la Grâce Universelle.


Le cantique de Siméon

Et au cœur de notre texte apparaît ce que l’on nomme Cantique de Siméon, qui fait écho au cantique de Zacharie, le père de Jean-Baptiste : Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple, et nous a suscité une force de salut dans la maison de David (Luc 1,67-79).

Et puis ce cantique de Siméon : Mes yeux ont vu ton salut, Salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple.


Voir/Accepter le salut

La tradition dit que Siméon le vieux sage était aveugle. On comprend donc différemment le sens des mots mes yeux ont vu ton salut, et sa conclusion : maintenant je peux mourir en paix.

Siméon nous ouvre un chemin, nous aussi, nous pouvons voir le salut, comme lui, qui a attendu durant des décennies l’accomplissement des promesses de son Dieu, qui lui est resté fidèle, malgré toutes les obscurités de la vie, fidèle dans sa foi, cette foi qui n’est pas une simple croyance mais une confiance si forte qu’elle lui fait dire en même temps « j’espère et je sais »


La prophétie de Siméon

Mais l’amertume n’est jamais très loin de la douceur, la violence jamais très loin de la paix, et à ce cantique de Siméon succède tout de suite sa prophétie terrible :

Cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même, Marie, une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées.

Luc évoque ici la figure du Serviteur souffrant d’Esaïe dont la passion culminera sur la croix. La révélation du salut agira à la manière d'un coup d'épée, séparant l'ombre et la lumière, la chute et le relèvement.

Car le temps de la grâce est aussi celui d'une confrontation entre chute et relèvement, déchirure et mise à jour de l'âme, épreuve et rédemption,

Il n'y a pas de promesse sans risque et l'accueil du salut n'exclut pas la liberté du refus. D'où la nécessité du discernement et le courage de l'engagement pour choisir la lumière, privilégier la vie, faire retour sur soi-même, pour se distinguer des autres pour s'affirmer soi-même d'une part, refuser d'être confondu avec notre entourage, et surtout prendre notre part à l’annonce de la bonne nouvelle qui fait suite à celle de Noël.


Qu’allons-nous faire de Jésus ?

Alors, maintenant que la fête est passée, qu’allons-nous faire de cet enfant Jésus que Noël nous a laissé sur les bras ? Allons-nous le ranger soigneusement dans sa misérable étable, avec Marie et Joseph, le bœuf et l’âne, les bergers et leurs troupeaux, les mages et leurs cadeaux, les anges et l’étoile… en attendant le prochain Noël ? Ou bien allons-nous tout bonnement le laisser au bord du chemin et continuer sans lui, parce que nous ne voyons pas quoi faire de lui dans notre vie ? Ou bien… allons-nous le garder avec nous et cheminer avec lui en retenant tous ces événements dans notre cœur et en les méditant, quitte à ce que notre vie en soit bouleversée ?


Qu’allons-nous faire de Jésus ? Siméon conclut sa révélation sur Jésus par ces mots : Ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs - Tout est dit en ces quelques mots : le salut appelé à se réaliser par Jésus ne sera pas une transformation miraculeuse du monde ni une victoire radicale de Dieu balayant de la face du monde toutes les formes du mal et de la mort. Ce salut se joue au fond du cœur et de la conscience de chaque homme, chaque femme. Le salut de l’Humanité passe par cette conversion au pied de la croix, de chacun et chacune un à un, une à une.


Pour Siméon, ce cheminement se résume en une phrase : vivre dans la lumière et mourir en paix. Mieux qu'un souhait, c'est une bénédiction, au sens de la meilleure parole que quelqu'un puisse prononcer sur ceux qu'il aime, et que je vous transmets ce matin.


Amen.

François PUJOL


[1] Le 28 Décembre est pointé sur les calendriers comme la « Saints Innocents ».

[2] De 66 à 73, qui se termina par le siège de Massada et le suicide collectif des Zélotes qui s’y étaient réfugiés. Massada est devenu un symbole pour le mouvement sioniste de la fin du XIX° siècle (Th. Herzl) et pour Tsahal, les officiers prêtant serment sur le site, les ceinturons des soldats portant la mention « Massada ne tombera pas deux fois ».

[3] Jean 2/21 : « Mais lui parlait du temple de son corps ». Jean 4/21 : « Crois-moi, femme, l’heure viendra où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père »