Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 03 novembre 2013

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 45, 22-24

Luc 19, 1-10

2 Thessaloniciens 1,11-2,2





Il faut que je demeure chez toi…


Zachée ! L’un des personnages préférés des enfants, jadis, à l’école du dimanche, car eux aussi savaient ce que cela signifie d’être petit, et toujours devoir se hisser sur la pointe des pieds pour voir : le défilé du 14 Juillet ou les coureurs du Tour de France, car les autres, les grands, si vous comptez sur eux pour vous faire une place…


Il savait comment ça allait se passer, Zachée, et c‘est pourquoi il court devant, pour trouver une bonne place, et là, l’idée du sycomore est tout à fait géniale, car non seulement il va être dans une position stratégique pour voir ce rabbi entrer dans Jéricho, mais il ne sera vu par personne, et ça valait mieux pour lui car il faut dire que son CV, à Zachée, il n’est pas très bon.

C’est non seulement un collabo, mais le chef des collabos, et chef des publicains, c’est un sacré job, croyez-moi : il avançait à Rome le produit des impôts et ensuite se chargeait, avec ses adjoints, de récupérer son argent, avec un petit bonus. Et c’est ainsi qu’il s’est enrichi !

Mais c’est aussi un juif, impur aux yeux des pharisiens, car manipulant l’argent sur lequel il y a l’effigie de César, cet empereur idole. Alors, sans renoncer à son métier, dont il s’accommode, Zachée s’est organisé des arrangements, histoire peut-être de mieux dormir, et de se présenter à Dieu, qu’il honore, sous un jour plus présentable : « Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j'ai fait tort de quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple. », c’est ce qu’il dit tout de suite à Jésus, sans que celui-ci ne lui ai rien demandé, comme pour dire, tu vois Seigneur, finalement je ne suis pas si mauvais que cela.

Il est bien dans la tradition juive des contemporains de Jésus :

Il faut que je mérite, il faut que je me purifie, il faut que je m’élève dans la considération que je peux avoir de moi-même, et que je me trouve présentable devant Dieu.


Mais en même temps, surtout ne pas remettre en cause la façon dont j’ai organisé ma vie, même si j’en conviens, c’est un peu bancal : donner aux uns ce que l’on a pris à d’autres, drôle de façon d’exercer la charité…

Donc Zachée monte dans le sycomore. Position idéale pour voir sans être vu. Et c’est bien de cela qu’il s’agit, dans la relation avec Jésus : Le voir, être en proximité avec lui, le connaître assez bien, c’est rassurant, cela fait du bien à l’âme, cela peut nous donner à l’occasion bonne conscience, mais ne pas être vu, c’est encore mieux, pour éviter que son regard croise le nôtre, de peur de ne plus pouvoir nous détacher de ce regard et nous trouver entraînés dans une aventure qui finalement nous fait peur, nous retrouver, comme le dit Jean, « sur des chemins que nous ne voudrions pas emprunter ». Vivre au risque de la foi, le voulons-nous vraiment ? Ou bien, ne vaut-il mieux pas « voir sans être vu » ?

Mais Patatras ! « Zachée, descends ! ». Et en plus Jésus le connaît, comme il connaît chacun de nous, il l’a appelé par son nom, comme s’il faisait partie de sa famille. Cette dernière phrase est presque mot pour mot celle que nous utilisons dans la liturgie du baptême. C’est Zachée, c’est ce Zachée là, qui intéresse Jésus et non pas la foule venue l’acclamer, il l’a déjà dit, au chapitre 15, par 2 fois : il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent » (Luc 15:8-10), il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance » (Luc 15:3-7).

L’histoire de Zachée c’est l’histoire d’une rencontre improbable, tout aussi improbable que notre propre rencontre avec le Christ, car elle repose sur le mystère de la foi.


Zachée, descend ! En effet, on ne peut rencontrer Jésus si l’on reste en « position haute », si l'on monte par ses propres forces, comme dans le sycomore, pour s'élever dans les choses spirituelles, si l’on cherche à se montrer digne de cette rencontre. On est complètement « à côté de la plaque », si l’on pense que la rencontre avec Jésus est une affaire de catéchisme, d’études bibliques.

La rencontre avec Jésus est une affaire de foi. Et la foi, c’est accepter de recevoir Jésus dans notre cœur, et c’est tellement simple que la plupart, comme le jeune homme riche, n’y arrivent pas !

« Il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison ! » : Deuxième injonction !


Quand on vous dit « il faut », en général il n’y a pas moyen de se dérober, c’est comminatoire.

C’est rare, que Jésus dise : « il faut ». Et lorsqu’il emploie cette expression, c’est pour parler de lui-même, de sa mort sur la croix : « il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération ». (Lc 17/25). Il faut, Jésus ne se dérobera pas.

Zachée aurait pu se dérober, faire comme le jeune homme riche, baisser la tête et s’en aller tristement, ou comme Moïse, dire « Seigneur, je ne suis pas le bon choix, je ne sais pas bien parler, il y en a d’autres, bien meilleurs ou plus compétents que moi ! »

Il n’en fit rien. Que nous dit le texte ? « Il le reçut avec joie ». Cela vaut tous les repentirs.


Cette rencontre avec Christ ne s’obtient pas par la force en s'élevant, en progressant, en se perfectionnant, en se purifiant. Au contraire, les Evangiles nous disent que Christ se reçoit dans l'humilité, dans la faiblesse. On ne le gagne pas comme on monterait à un mât de cocagne car il n'est pas dans la hauteur inatteignable. Lui, il est en bas, il nous attend. Il vient vers nous et nous dit : « Descend de ton arbre, descend de tes prétentions, et ces fausses hauteurs que tu te donnes, et simplement « descends en bas », et ouvre les bras pour m'accueillir ».

C’est aussi ce que nous allons faire tout à l’heure en partageant ce repas. Accueillir, recevoir Christ, c’est ce que fit Zachée. Et dans la joie !

Car la présence du Christ dans notre demeure, procure une sérénité joyeuse, durable et elle s’accompagne d’une promesse : « Le salut est entré aujourd'hui dans cette maison ».


Mais, me direz-vous  recevoir Christ nous sauve de quoi au juste ?

Vous connaissez la réponse, Christ nous sauve de notre vieil homme, celui qui vit dans l’affirmation de soi, la quête de pouvoir, aussi infime soit-il, la quête de reconnaissance, de considération, de prospérité.

Et si Jésus cite souvent les riches et leur difficulté à le rencontrer, ce n’est pas qu’il ait une dent particulière contre eux, mais parce qu’il sait qu’en multipliant l’avoir, on diminue souvent l’être.


Avec Jésus, on n’apprend pas à bien gagner sa vie, puisqu’elle nous est déjà donnée.

Par Christ nous sommes un homme nouveau, une femme nouvelle, libéré de tout ce qui nous éloignait de lui, et finalement, libéré de notre condition humaine, caractérisée par une naissance, une mort, pour atteindre à la dimension divine, la vie éternelle. Christ nous libère de l’obsession du « faire », et de cette angoisse qui saisit certains chrétiens de n‘en faire jamais assez.

A la question « Que dois-je faire pour être sauvé ? », Jésus répond : « rien ». Crois, ne fais pas, sois !

Et en ce temps de toussaints où l’on parle beaucoup de la mort, et à propos de « faire », je voudrais revenir sur l’activisme fébrile dont semblent saisis certains de nos contemporains comme s’ils étaient engagés dans une fuite en avant, peut-être pour se prouver qu’ils sont bien vivants ou pour fuir devant leur mort.


L’histoire de Zachée nous montre que si Jésus a décidé d‘entrer dans une demeure, ce n’est pas nos actions qu’il vient rencontrer, c’est nous, notre être le plus profond, dans toute sa nudité.

Le salut n’est pas pour les « bons chrétiens », mais pour ceux qui étaient perdus.

Alors, faisons simplement ce que nous avons à faire, vivons dans une sorte d’urgence paisible, dans l’assurance tranquille de notre foi, en nous disant chaque matin non pas « il ne me reste plus que tant de jours à vivre », ce qui n’est finalement qu’une hypothèse, mais « ce jour qui nait est le premier de tous les jours que Dieu me donne encore ».

Car le salut ne vient pas de nous, mais de Christ.


Et Jésus précise dans notre texte : « Le salut est entré aujourd'hui dans cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d'Abraham. »

Vous me direz que c’est normal, Zachée est juif, descendant d’Abraham.

Mais 5 siècles plus tôt, en plein exil, le prophète Esaïe déclarait, c’est notre lecture de ce matin, « Tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de la terre » (Es. 45/22), invitant ainsi les nations les plus lointaines, les plus étrangères à Israël, à se tourner vers le Dieu d’Israël, et devenir elles aussi le peuple de Dieu.

Esaïe rappelle ainsi que nous aussi, issus d’un peuple païen, nous sommes héritiers de la promesse initiale faite à Abraham; or, le propre d'un héritier, c'est qu'il gagne quelque chose qu'il n’a rien fait pour « mériter ». Ce qu'il gagne, c'est de pouvoir appeler Dieu, « Notre Père » d'être dans la joie de sa présence bienveillante, pour la vie, pour l'éternité.


Et lorsque Moïse rappelle à Israël (Dt7/7) pourquoi il a été choisi comme peuple de Dieu: « Si le Seigneur s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus grand de tous les peuples, car vous êtes le plus petit des peuples », Israël, Zachée, sont choisis pour les mêmes raisons : ils n’avaient aucune raison pour être choisis. Comme nous, les « serviteurs quelconques » (Lc 17).

Israël, Zachée, nous aujourd’hui, nous sommes tous au bénéfice de cette grâce offerte à toute l’Humanité, au bénéfice du don, de cette parole vivante pour nous : « Celui qui croit en moi, celui qui, comme Zachée me reçoit avec joie, il a la vie éternelle ».,

Alors frères et sœurs, ce matin, en remplaçant le prénom de Zachée par notre propre prénom, écoutons Christ nous interpeller : «  descend !, Il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison ».


Amen !


François PUJOL