Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 16 octobre 2016

Trescléoux (05700)


Lectures du Jour:

Exode 17, 8-13

Luc 18, 1-8

2 Timothée 3,14-4,2



« Courage, prions »


Commençons par relire le texte de Luc, ou plutôt le résumer : Un juge inique, qui ne craint ni Dieu ni personne, est agacé par une veuve qui défend sa cause, qui ne se contente pas de rester discrète, qui ne craint pas les juges ! Ce juge agit, en fin de compte, mais il agit pour ne plus avoir d’ennuis avec cette personne, au lieu d’agir tout simplement pour accomplir sa tâche. Il a en face de lui une veuve qui ne se laisse pas faire, qui ne se satisfait pas de son sort, et qui n’a pas froid aux yeux… Finalement, malgré une situation de blocage temporaire, la veuve atteindra son but.


L’idée de la parabole est donc simple : s’il a été possible d’obtenir justice de ce juge là, à combien plus forte raison la justice de Dieu sera-t-elle rendue, puisque Dieu, lui, est juste et fidèle !


Cette parabole ne se trouve que dans cet évangile. Luc a peut-être voulu donner ainsi à l’Eglise de son époque, fin du premier siècle, un encouragement à ne pas cesser de prier, à l’image de la veuve importune. Sans doute à cause de la situation de fragilité et d’isolement de cette première Eglise : C’est une communauté très minoritaire dans un monde, au mieux méfiant et sévère, au pire hostile et dangereux, dominé par un judaïsme dont elle est forcée de se séparer et une société païenne qui n’admet que la religion officielle ; une communauté qui doit défendre son droit et sa cause, pour survivre…


Lire cette parabole comme un appel à la prière et à la résistance dans des circonstances difficiles, c’est par conséquent la lire comme un appel à faire preuve de courage et d’audace.


Voici dans cette perspective cinq interprétations possibles à suivre et éventuellement à développer :

– Cette parabole raconte un épisode plaisant, vécu dans un village de Galilée ou de Judée : le juge insensible finit par capituler devant l’opiniâtreté d’une veuve. Jésus relate ce fait divers pour dénoncer la passivité fréquente du petit peuple (la veuve) face aux puissants (le juge). Et une première lecture, quasi sociale, peut être faite de notre récit, appelant à la persévérance.

– Dans sa détresse, la veuve, il faut le noter, n’a pas recours à Dieu, elle ne le prie pas, mais elle affronte le juge, l’interpelle directement, et insiste pour qu’il lui fasse justice. C’est ici une lecture laïque, quasi séculière, d’un combat social dont on remarquera qu’il est tout à fait non-religieux !

– Une veuve, personnage démuni, pauvre et passif, parvient à obtenir justice. La lecture peut être fondée ici sur l’idée du choix préférentiel des pauvres par Dieu, et des humbles qui révèlent la présence du Royaume parmi nous.

– La parabole évoque les souffrances des croyants qui, dans l’épreuve, butent sur le silence de Dieu et son absence d’intervention. Elle s’adresse à des personnes dont la foi vacille, et elle les assure, contre l’évidence, que Dieu ne tardera pas. Cette lecture là est essentiellement pastorale.

– La veuve c’est l’Eglise dont l’époux, le Christ, est désormais parti, absent. Et la parabole montre une Eglise qui met toute son énergie pour s’installer, pour durer, pour être reconnue, pour obtenir justice…au risque d’oublier l’importance de l’époux.

Ces cinq interprétations peuvent se résumer ainsi comme :

– un appel au refus de la passivité.

– une justification du combat social quand il est juste

– l’intuition que les petits et les pauvres sont proches du royaume de Dieu.

– un encouragement devant le silence de Dieu dans l’épreuve.

– une mise en garde contre la tentation de la revendication pour ses seuls intérêts.

La parabole, offre légitimement le choix de ces différentes interprétations, mais l’on trouve cependant en chacune d’elles le même fil directeur: C’est un appel au courage, au courage d’être, à l’audace.


C’est un appel à l’audace, à l’image de celle de la veuve, face à la figure autoritaire et redoutable du juge ou de Dieu, tel que nos esprits peuvent les imaginer. Une audace et un courage qui proviennent de cette bonne nouvelle qui est le refus, précisément, de la peur de Dieu. C’est que la veuve devant son juge nous fait signe. Et ce signe nous indique qu’il n’y a rien à craindre de lui, au contraire. Que refuser la peur est la bonne attitude, que lui adresser la parole crée les conditions d’une réponse, que la prière, même insistante, rendra Dieu plus humain, si l’on peut s’exprimer ainsi, et prompt à mettre en œuvre les promesses qu’il nous a faites. La prière des hommes, en effet, dérange Dieu et l’invite à réaliser son œuvre : l’obstination, la persévérance, l’entêtement de nos liturgies publiques célébrées depuis tant de siècles, dimanche après dimanche, de même que nos fidélités personnelles et secrètes, atteignent celui qui, à certains moments de nos vies, nous a tant donné l’impression d’avoir déserté. L’Evangile rappelle ce fait que nous n’avons pas à avoir peur devant lui, et que nous pouvons lui demander la réalisation de ses promesses :la grâce, le salut et le pardon. Car tout cela est pour nous, comme promis, comme Jésus-Christ nous l’a révélé. Et nous désirons en vivre maintenant, dans nos vies, dans le temps présent, celui de l’épreuve, ou dans les circonstances qui sont les nôtres. La veuve qui importune le juge est bien dans notre situation: elle a déjà obtenu gain de cause, mais c’est la mise en œuvre du jugement qu’elle réclame : tel est le sens exact du terme employé dans le texte. De même, nous avons obtenu la grâce révélée par Jésus Christ, et notre prière, insistante et fidèle, lui demande désormais de nous en accorder les fruits.


Nous n’avons donc pas à craindre Dieu au sens où nous pourrions être déboutés, ou il pourrait nous condamner ou prononcer à notre encontre un terrible verdict, car l’Evangile nous a déjà proclamé le contraire : c’est la grâce qu’il nous a offerte ! Vivons donc de cette grâce et demandons lui chaque jour de nous aider à mener nos existences, assurés de ce qu’il nous a offert. Ayons du courage et de l’audace dans la prière, demandons à Dieu de nous aider. Demandons lui : il nous entend, il nous comprend, il attend même cette prière, car c’est lui-même qui le dit, en conclusion de la parabole : « Lorsque le Fils de l’Homme viendra, trouvera t’il la foi sur la terre ? » Il nous trouvera, donc, et nous n’aurons pas faibli.


Peut-être y a-t-il là, dans la prière courageuse et audacieuse, une relation fidèle que le Seigneur nous demande d’établir avec lui : un dialogue qu’il veut poursuivre avec nous, une conversation, un échange qu’il nous invite à ne pas faire cesser, à ne jamais rompre: C’est une prière nourrie à la lecture des textes qu’il nous a laissés en témoignage de sa présence -la bible-, une prière illuminée par le chant et la louange, prolongée par les paroles publiques que nous lui adressons, et murmurée dans le fond de nos cœurs. Nous rappelant ainsi que toutes les représentations que nous nous faisons de lui, l’instituant juge impitoyable, comme dans la parabole, ou bien encore juge indifférent, passif, absent, silencieux, et finalement violent, sont plus des images issues de nos esprits fragiles et de nos imaginations coupables que de l’Evangile libérateur. A nous donc, délivrés par cette parole, de renouer le dialogue avec lui.


Alors courage, prions !


Amen !


Jean-Jacques VEILLET[1]


[1] A partir d'une prédication de François Clavairoly, du 21 octobre 2007 au temple du St Esprit.