Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 21 octobre 2007 
Culte à GAP (05000)

Lectures du Jour :

2 Timothée 3/14- 4/2

Luc 18, 1 à 8

Exode 17/8-13



Le Bon combat


Voilà le récit d’un combat ; un combat à priori tout à fait inégal !


Un combat perdu d’avance, comme on en connaît tous ; comme le monde en connaît ; comme le dit bien l’expression : « c’est le pot de terre contre le pot de fer ».


Trois dimensions se trouvent dans ce texte ; trois dimensions qui me semblent inséparables pour justement gagner certains combats qui, à vues humaines, semblent effectivement ne jamais trouver d’issue favorable.

Dans ce texte, il y a certes la prière, mais il y a aussi l’action, et il y a l’espérance. Tout d’abord la prière.

C’est bien vrai que le préambule de la parabole de ce matin nous dit : « Jésus leur adressa une parabole pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne pas se relâcher ».


Alors je m’arrêterai quelques instants sur la prière. La prière, c’est quoi ?

La prière, je dirais que c’est ce lien avec le Dieu de Jésus-Christ ; c’est ce qui peut permettre une relation avec Dieu. C’est une parole adressée à Dieu, avec nos mots, qui nous permet de ressentir la proximité de Dieu, de réveiller en nous cette fibre spirituelle qui a tendance à très vite s’endormir.

Prier, c’est au fonds déjà croire que nous ne sommes pas dans un monde cyclique où tout se répète à l’infini, mais dans un monde linéaire, où les choses peuvent avancer, où les situations peuvent bouger.


Prier, c’est aussi se décentrer de soi, de son individualisme, de ses propres préoccupations, pour remettre à Dieu des situations difficiles, et puiser des forces pour devenir acteur dans le monde. Avoir la force de Dieu dans son cœur, dans ses bras, dans sa tête !

Prier enfin, c’est parler à Dieu simplement, avec nos petits mots et nos grands silences, avec nos balbutiements et nos doutes ; mais c’est en tous cas replacer Dieu à sa place de Dieu, et non pas croire que nous sommes de puissants petits dieux.

La prière parabolique de la veuve est imagée ; sa prière à elle, c’est cette demande faite à un juge ...injuste.

Elle demande. Elle n’a de cesse de demander : « fais-moi justice de mon adversaire ». Et il refuse. Et il refuse ; et il refuse encore. On nous dit même qu’il refuse pendant longtemps...De quoi baisser les bras.


En effet, que peut espérer une veuve (qui n’a donc plus d’homme pour aller intimider le juge !!) considérée comme une faible ?

Je pense à ces mères de la place de mai en argentine qui allaient chaque semaine pour brandir les photos de leurs fils ou maris disparus ; chaque semaine ; pour réclamer justice...

Cette veuve, elle ne lâchera pas le morceau.

Et j’en viens à l’action.


Cette veuve, elle se déplace. Elle va ; elle va régulièrement jusqu’au juge . Elle ne reste pas tranquillement chez elle en se disant : « maintenant que les choses sont dites, j’attends ». Pas d’attente passive. De l’action.

Je me souviens d’un enseignant en théologie qui nous disait : « arrêtez de prier pour la conversion d’untel ou untel si vous-même n’allez pas leur parler du Christ ».

I

l nous faut certainement arrêter de prier ces prières du style « donne du pain à ceux qui n’en ont pas « ; ou encore « fais que mon couple aille mieux », si on n’est pas capable de partager son pain, et si on ne fait aucun effort pour communiquer avec son conjoint.

La prière n’est pas un défouloir vers Dieu de tout ce qu’on ne veut pas faire soi-même. La prière est la force de l’action encouragée, soutenue, validée par Dieu ! ! !

La prière sans l’action, c’est comme la parole donnée sans l’engagement qui va avec !!!

Alors, cette veuve va.

Lorsque je disais que le combat était tout à fait inégal, et perdu d’avance à vues humaines, c’est bien parce que le texte nous montre deux protagonistes inégaux :


D’un côté, une femme sans plus de mari, qui demande que justice lui soit rendue.

De l’autre, un juge injuste dont on nous dit qu’il ne craignait pas Dieu et n’avait d’égard pour aucune personne.

Et bien, cette veuve, elle est remarquable parce qu’elle y va, elle y retourne, elle fait entendre sa petite voix , petite voix qui va devenir insoutenable au bout d’un moment pour ce juge.

Elle relève les manches, notre veuve, et elle y croit ; dur comme fer.

N’est-ce pas un peu ce qui nous manque parfois, la constance ? La constance dans nos projets, constance dans nos choix, constance dans nos combats ?

J’en viens alors au troisième point, qui est l’espérance.

Je crois qu’avec le Christ, il nous est donné, je dirais même offert, de ne jamais désespérer. JAMAIS. Même quand une situation semble sans issue ; même quand la souffrance est de la partie. Espérer ; contre toute espérance.

Y croire, même quand tout paraît mort.

Ne pas s’enfermer, comme les disciples l’ont fait après la crucifixion et la mort de Jésus ; mais croire, toujours croire en la résurrection, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort ; la victoire de la justice sur l’injustice ; la victoire de la réconciliation sur la déchirure ; la victoire de la reconstruction sur l’échec.


Croire que le Dieu de Jésus-Christ ne nous laisse pas en plan, mais nous assure de sa présence et aussi de son action qui nous accompagne.

Voilà l’espérance chrétienne, qui doit toujours accompagner notre prière et notre action.

Espérer et croire que le pot de terre peut avoir raison du pot de fer. J’en reviens à « ma » veuve et à « mon » juge inique.

La veuve représente donc les faibles, ceux qui n’ont pas grand droit ; ceux qui sont vulnérables. Elle aura pourtant gain de cause par sa petite voix qui ne se lassera jamais.


Le juge, on dit de lui qu’il ne craignait pas Dieu et ne s’intéressait à personne qu’à lui...

Symboliquement, cette veuve, ce sont tous ceux qui veulent un monde plus juste ; qui veulent un monde où l’humain passera avant les richesses. Qui veulent un monde où l’homme, la femme, et l’enfant pourront vivre en paix, librement. Cette veuve, elle représente toutes les personnes et les organismes de bonne volonté qui croient que les gouttes d’eau font les grandes rivières et les océans.

Et qui puisent leur force, leur courage, leur espérance dans le Christ qui a vaincu la mort !

Ce juge qui ne craint pas Dieu et ne s’intéresse à personne, c’est bien le symbole du monde tel qu’il est ! ! ! Ne craignant pas Dieu, se prenant même parfois pour un dieu tout-puissant, et ne s’intéressant à personne, avec l’ère de l’individualisme forcené.

La voilà, cette petite veuve et son combat contre le juge injuste ! ! !

La petite veuve, c’est nous ! ! nous avec nos envies d’un monde meilleur ; nous avec nos envies de mettre Dieu au centre ; nous avec nos envies d’un pays où plus personne n’aurait faim ; où chacun pourrait vivre en paix avec l’autre .


Nous avec nos envies de donner des valeurs de respect et d’amour à nos enfants quand d’autres leur apprennent à se battre dès la maternelle pour ne pas « subir les coups des autres ».

Nous avec nos envies de reconstruire nos couples au moment où le divorce s’est banalisé et où le mariage n’est plus une valeur.

Nous avec nos envies d’avoir un sens à notre vie.


Nous voilà, avec nos envies démesurées de petite veuve en face d’un grand, très grand juge inique, sans Dieu ni respect, qui veut faire sa loi dans le monde et dans nos vies ; ce juge qui divise ; ce juge qui torture ; ce juge qui guerroie ; ce juge qui fait se renfermer les gens sur eux-mêmes ; ce juge qui pourrait bien nous faire baisser les bras si nous n’entretenons pas l’espérance.

Cette veuve qui, a la fin, a son dû parce qu’elle a « cassé la tête » du juge, on la retrouve régulièrement avec par exemple l’ACAT, qui prie, et qui agit pour dénoncer la torture.


Et bien...ça marche ! ! ! Et des gouvernements qui ne craignent ni Dieu et n’ont d’égard pour aucun humain en ont régulièrement marre de se faire casser la tête ! ! ! Prière, action, et espérance.


Si nous décidons de faire de ces trois mots des réalités quotidiennes pour gérer notre vie, oui, prier, agir et espérer, non seulement nos vies en seront bouleversées, mais encore, à la question « le fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? », nous répondrons « oui Seigneur ».


Amen.


Nathalie Paquereau.