Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 09 Octobre 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Luc 17, 11 à 21

Jérémie 31, 31 à 34

2 Timothée 2, 8-13




La conversion du lépreux


I. les lépreux

1. Quand on entend cette parabole on cherche évidemment quel rapport avec moi, qui ne suis pas lépreux ni mis au ban de la société.

Une parabole est lancée pour être rattrapée par l’auditeur par ce qu’un rapprochement surgit avec notre actualité et notre actualité c’est que des gens sont eux aussi écartés aujourd’hui par principe c’est-à-dire par la loi, avec ces distinctions subtiles migrant / demandeur d’asile/clandestin, …, ou sur leur apparence, leur appartenance (chrétien/pas chrétien) ou mis au ban de la société au titre de leur dangerosité réelle ou supposée.

Alors on pense à Calais et c’est les lépreux d’aujourd’hui qu’on se renvoie de part et d’autre de la frontière, et nous voilà sur la trace de Jésus.

2. Car c’est justement sur une frontière que Jésus entraînait intentionnellement ses disciples, entre Galilée pays des bons juifs fidèles au temple de Jérusalem et Samarie, terre des mauvais croyants, attachés à leur sanctuaire hérité du paganisme[1]. Ce n’est pas extraordinaire que sur la frontière se soient retrouvés ces lépreux que ce renvoient les uns et les autres d’une entrée de village à l’autre.

C’est ce ballottage, cette mise au ban (au sens propre) qui est le malheur de ces hommes tout autant que leur maladie effrayante.

3. Or j’ai eu la lèpre, à mon retour d’Afrique en 1963. Rassurez-vous, pendant quelques semaines seulement, je ne suis plus contagieux aujourd’hui, mais nous avons vécu des jours d’angoisse car il y avait effectivement la lèpre au Cameroun d’où je venais.

Aussi le diagnostic du médecin parisien auquel j’avais soumis mes bizarres irritations et boursouflures dermiques fut-il rapide : il m’envoya illico au service ad hoc de l’hôpital de la Salpêtrière. Là, un professeur de médecine tropicale se mit à frétiller en présentant à ses élèves gantés et masqués un cas inespéré de lèpre vivant à Paris. Puis après une série d’antibiotiques adéquats mes analyses se révélèrent négatives et je me revis plus le professeur que je n’intéressais plus.

Mais le regard des gens à l’hôpital avait subitement changé ce qui me fit me poser quelques questions.

4. Au temps de l’Évangile, c’était les prêtres qui statuaient : lépreux ou non c’est eux qui en jugeaient car la lèpre était alors une affaire religieuse : signe ou non d’une punition divine, d’une sanction d’un quelconque péché. Ainsi les prêtres étaient-ils, en tant que maîtres de la loi, maîtres de la vie sociale en même temps que de la religion.

Voilà ce à quoi peut conduire la confusion entre politique, social, religieux et nous revenons au problème de nos réfugiés d’aujourd’hui : islamiste ou non ? Malheureux ou dangereux ?

5. C’est pourquoi les lépreux courent-ils vers les prêtres, pressés de retrouver leur vie d’avant et leur statut social : embrasser leurs enfants, serrer des mains amies, travailler avec les autres, tout ce que j’avais imaginé un instant être perdu pour moi.

Mais du coup ces quelques hommes tournent le dos à Jésus sans s’interroger sur ce miracle, miracle qui en principe fait voir ce qu’on ne voyait pas, et les voilà qui ratent ce qu’ils n’ont pas vu et qui leur était offert : un changement de vie, eux qui sont si pressés de retourner à leur vie d’avant.


II. le retour vers Jésus

Comme souvent chez Luc il y a un clin d’œil à ne pas manquer…

1. Parmi le groupe de lépreux c’est le Samaritain, le mauvais croyant, le superstitieux, qui fait un retour vers Jésus sans même aller jusqu’aux prêtres non pas pour le remercier (contrairement à certaines nouvelles traductions qui se veulent actuelles) mais pour lui dire sa reconnaissance pour lui dire qu’il a compris ce qui s’était passé. Plus qu’un habile guérisseur comme il y en avait un certain nombre à l’époque, il a reconnu une présence une évidence, celle de Dieu, sa gloire, et ce faisant il a reconnu qui était Jésus.

2. Voilà la gloire de Dieu. Jésus en est le témoin sans avoir fait de gestes particuliers sans avoir utilisé de formule magique.

C’est dans sa vulnérabilité même que l’homme expérimente la présence de Dieu sans aucune condition préalable, théologique, ce qui aurait été incompréhensible pour lui.

La foi n’était pas un préalable à la guérison de l’homme mais elle s’est révélée à l’homme dans son retour vers Jésus qui est une conversion au sens propre : il a changé de route à 180°.

Mais comment le ressentir si l’on n’a pas subi la maladie ? Et alors si nos maladies étaient l’occasion de cet éclairement, de ce discernement de la présence de Dieu, de sa gloire ?

À Dieu seul la gloire, disait Luther, la fameuse gloire dont se sont emparés rois, généraux, savants, artistes, pour éblouir les peuples en l’accrochant à leur pouvoir avec fanfares et lauriers

Ce mot dit simplement : « je discerne ici la présence de Dieu » sans plus, sans discours théologique. Ce lépreux dit simplement : à mon avis Dieu est là, ce qui est une autre façon de dire « je glorifie Dieu » ou « à Dieu seul la gloire ».


III. le règne de Dieu

Le lépreux guéri ne pose pas de question : pourquoi ? Comment ? Les questions viennent des théologiens.

1. Les pharisiens se considéraient comme les spécialistes incontournables, eux seuls pensaient-t-ils étaient capables de signaler le règne de Dieu sur terre. Mais a-t-on besoin de théologiens pour discerner la présence de Dieu : ou ? Quand ? Comment ? Cet accaparement avec le discours Intellectuel qui l’accompagne risque fort d’ébranler les simples croyants, n’évite pas les controverses et se présente comme un préalable à la foi.

2. Ainsi, je suis troublé par un projet de notre église : celui d’élaborer un texte de foi qui va se vouloir un texte formulé par tous mais sans l’expérience de tous. On sait les difficultés que rencontrent les législateurs lorsqu’ils veulent rédiger un texte unanime pour qu’il devienne utile à tous. Il ne suffit pas de croire pour être cru comme nous l’avons constaté devant l’émiettement des églises et même le langage de beaucoup au sein de nos propres familles.

La bonne volonté des pharisiens est évidente, qui interrogent avec beaucoup de sérieux le prédicateur de passage, visiblement non-conformiste et à l’audience limitée : une douzaine de disciples pas plus, et pas particulièrement des intellectuels.

Or Luc ne dira pas comment ils ont reçu la réponse de Jésus

3. Une réponse qui a la particularité de ne faire appel à aucune théologie.

Jésus reprend pourtant les termes mêmes de leurs questions mais visiblement le règne de Dieu selon les pharisiens met Dieu en concurrence avec les rois en exercice.

Ils imaginent Dieu prenant la place du roi, à l’Élysée ou à la Maison-Blanche.

4. Mais Jésus parle aussi aux disciples présents qui ont assisté à la scène des lépreux : Dieu n’était-il pas là puisque l’homme guéri le remerciait à haute voix. Voilà pourquoi Jésus dit cette parole, pour les disciples, pour nous : Le royaume de Dieu est au milieu de vous (v.21).

Le règne de Dieu ? C’est-à-dire Dieu présent avant n’importe qui, avant n’importe quoi, ce règne n’est pas dans les flonflons ni dans les démonstrations de force.

5. Non : le règne de Dieu ou le royaume de Dieu, est en vous ! Non pas en toi ou toi, personnellement, mais en vous tous, autrement dit, entre vous : dans le va-et-vient de nos bonjours échangés, de nos embrassades, de nos relations, tout comme le lépreux a eu envie de revenir vers Jésus.

Pensez à tous les retours dont la Bible est émaillée :

Le retour d’exil du peuple juif,

Le retour de l’enfant prodigue de la parabole,

Le retour de Jésus vers les disciples, sur la route d’Emmaüs, au bord du lac de Génésareth.

Tout retour qui est un recommencement, une conversion, car il signifie : je reconnais là où est Dieu et c’est là que se trouve son règne.

Il y a aussi ce retour, à la rencontre les uns des autres, pendant le culte de ce dimanche. Il renvoie à leur dimension et à leur caractère éphémère tous les actes, pensées, événements qui nous ont asservis.

Après avoir loué Dieu, après avoir fait acte de repentance, reçu confirmation du pardon, nous aussi nous pouvons repartir vers une nouvelle vie.


Amen !


Pr Pierre FICHET


[1] Avec leur propre montagne sacrée, le Mont Garizim (Naplouse en Cisjordanie), où ils ont construit leur Temple (détruit par les hasmonéens en 108 avant JC).