Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 25 Septembre 2016 

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour : 

Amos 6,1-7

Luc 16,19-31

1 Timothée 6,11-21




Dieu préfère les pauvres (!?)


Frères et sœurs, chers amis,


On pourrait intituler ce passage de Luc, Dieu aime les pauvres, mais selon que l’on y adjoindra un ? ou un !, tout ce qui suivra aura une tonalité bien différente.

Depuis les origines, en tous cas depuis que les hommes s’interrogent pour savoir si le Dieu créateur intervient dans leur vie, ils se posent cette question : Dieu a-t-il des préférences ?


Questionnement assez central dans l'Evangile de Luc, où il se déplace vers les sentences de Jésus vis à vis des riches : le riche insensé, la porte étroite, le jeune homme riche, et aujourd’hui le riche et Lazare.


Ce texte semble une réponse indirecte aux pharisiens auxquels Jésus essaie de montrer que leur interprétation des Ecritures, leur façon de vivre leur foi en YHWH, sont erronées.


Les 3 repas pris chez un pharisien, avec les sentences de Jésus[1], se terminent mal et ne recueillent qu’un commentaire réprobateur Cet homme accueille des pécheurs et mange avec des prostituées.

Mais les pharisiens n’ont pas eu le monopole des interprétations hasardeuses des Écritures, ce texte nous en donne une illustration très claire :

* Dès les premiers siècles du christianisme, on voit tout d’abord les premiers chrétiens partager tous leurs biens entre frères[2]

* Puis ce sont les Pères de l’Église, qui font cet éloge du partage avec Grégoire le Grand[3]

* Puis l’Église étant de plus en plus proche du pouvoir, développe une autre théologie : une théologie de la rétribution à partir de laquelle, durant des siècles, on a fait accepter aux pauvres l’inacceptable en leur promettant dans l’au-delà une place au paradis, proportionnelle aux souffrances qu’ils auront endurées ici-bas, d’où l’expression il a gagné son paradis, totalement contraire à l’esprit évangélique, bien sûr. Et pendant ce temps, les riches pouvaient continuer d’exploiter les pauvres, avec la bénédiction de l’Eglise.

* Puis, au XIX° siècle, avec la révolution industrielle, l’exploitation du monde ouvrier fit émerger un prolétariat sensible aux théories nouvelles, le socialisme, le marxisme. Dans ce contexte qui pouvait devenir explosif, le pape Léon XIII publie une encyclique fixant les objectifs de ce que l’on appellera la doctrine sociale de l’Eglise :

Son but, ouvrir un nouveau chemin au chrétien, dans ces situations nouvelles, pour lui servir de guide, autour de 3 thèmes : le respect de la personne humaine, la recherche du bien commun, le principe de solidarité.

* Dans le même temps, apparaissait chez les protestants, le mouvement du Christianisme Social[4], animé, après la Commune de Paris, dès 1878 par Tommy Fallot,

* Au XX° siècle, les inégalités se creusant encore entre exploiteurs et exploités, certains théologiens, considérant l’échec relatif de cette doctrine sociale, convaincus de la nécessité de s’engager plus avant aux côtés des pauvres parce qu’ils sont exploités par les riches, auxquels le pouvoir politique est inféodé, développeront la théorie de l’option préférentielle de Dieu pour les pauvres, qu’ils transposeront sur le plan politique.

* D’autres iront encore plus loin , à l’exemple de Georges Casalis, en faisant une analyse marxiste des rapports entre ouvriers et patrons, basée sur la lutte des classes, ce sera la théologie de la libération, très prégnante en Amérique latine[5]

* Aujourd’hui, ces dernières théories sont tombées en désuétude, et l’on voit un mouvement inverse se développer, parallèle à l’expansion des mouvements pentecôtistes en Amérique Latine :

* Le pentecôtisme développe une autre théologie, basée sur l’effort individuel de la personne pour sortir de la pauvreté : c’est la théologie de la prospérité : si tu es fidèle à Dieu et à Jésus Christ, si tu aides la Communauté, tu seras récompensé et tu verras ton sort ici-bas amélioré[6].

* Plus récemment encore, cette problématique riche/pauvre s’est déplacée sur un plan géopolitique, avec la COP 21, entre le Nord et le Sud, avec les cohortes de sinistrés climatiques que l’on nous annonce pour bientôt.


Vous voyez donc comment un même texte, lu à l’identique par tous, peut donner selon les lieux et les circonstances, matière à tant d’interprétations contradictoires. Cela doit nous faire aborder les Écritures avec humilité et respect.


Alors, que peut-on en dire, de ce texte ?

* Tout d’abord, vous aurez remarqué que le pauvre a un prénom, Lazare, qui signifie Dieu aide ou Dieu a secouru. Les théories dont j’ai parlé, trouvent ici leur origine.

* Le riche n’a pas d’autre nom que l’homme riche, cela signifie-t-il pour autant que Dieu ne veuille pas le connaitre ? Qu’il ne l’intéresse pas ? Pas sûr, puisque Abraham l’appelle « mon enfant », ce qui signifie qu’il fait, lui aussi, partie de la famille, mais c’est lui-même qui se définit ainsi : riche, il l’est jusqu’au bout des ongles, ici-bas, mais riche il le reste dans l’au-delà, continuant d’ignorer Lazare, à qui il ne s’adresse pas, demandant à Abraham de jouer les commissionnaires.

Lequel se garde bien d’obtempérer, pas plus qu’il n’accède à la dernière requête de l’homme riche :


Car tout se joue ici et maintenant, dans ce temps très court, notre vie, qui ne dure que trois versets. Après c’est trop tard. En effet :

* l’homme riche avait toutes les cartes en mains, à savoir, la loi et les prophètes :

- dans le Lévitique[7], Amos[8] que nous venons de lire, qui annonce la déportation non pas aux riches, mais aux voluptueux et aux extravagants.

Tant dans Amos que dans les paraboles de Luc, il semble que tout soit joué, pour le riche, incapable de changement.

Mais nous, nous avons en plus reçu la bonne nouvelle de Jésus : cette bonne nouvelle qui nous place sous le règne de la Grâce : à celui qui se repent et qui croit, Jésus annonce la vie éternelle, qui commence ici et maintenant, et comme pour l’ouvrier de la dernière heure, ce repentir peut advenir jusqu’au dernier moment, la dernière nuit du riche insensé.


Mais ne nous y trompons pas, Jésus nous met en garde : nul ne peut servir 2 maîtres, il faut choisir.

Ne nous dédouanons pas à bon compte en considérant que cette parabole ne nous concernerait pas parce que les riches c’est les autres, on est toujours le pauvre de quelqu’un mais aussi le riche d’un autre. Alors, que faire ?


* nous rappeler que Dieu aime l’Humanité toute entière, il ne nous demande donc pas de jouer une partie contre une autre[9], Jésus ira même très loin, puisqu’il nous demande d’aimer nos ennemis.

Pierre le confirme[10] : Dieu nous demande par-dessus tout d’être des militants de la Justice, de considérer chacun pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a.


La République pensait avoir réglé cette question avec la déclaration des droits de l’Homme : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Mais l’itinéraire d’une vie est soumis à tant d’aléas, de concours de circonstances, qu’à l’arrivée il y a quelques gagnants et beaucoup de perdants.

Alors, après 2 siècles, le chantier reste ouvert et nous, nos Eglises, devrions être en première ligne dans ce combat pour la justice, par fidélité à notre Seigneur. Ceci ne peut que nous interpeller lorsque nous voyons l’Entraide Protestante réduite à la portion congrue, en comparaison des sommes consacrées à faire tourner nos institutions.


* Enfin, après avoir relu Paul, aux versets 17 & 18[11], nous rappeler les béatitudes : Heureux les pauvres en esprit, heureux les pauvres de cœur. Riche ou pauvre, c’est dans le cœur que cela se passe, et si nous avons laissé Christ entrer dans notre cœur, alors nous pourrons suivre le chemin qu’il veut nous tracer.


Amen !


François PUJOL


[1] Les péchés de cette femme, qui sont en grand nombre, lui sont pardonnés, voilà pourquoi elle a beaucoup aimé, mais celui à qui on pardonne peu, aime peu (Luc 7/47) « malheur à vous pharisiens parce que vous aimez la première place dans les synagogues et les salutations sur les places publiques (Luc 11/43) « celui qui s’élèvera sera abaissé et quiconque s’abaissera sera élevé (Luc 14/11) «Aucun de ceux qui avaient été invités ne goûtera de mon souper » (Luc 14/24).

[2] Actes des Apôtres 2/45

[3] Grégoire le Grand (540-604), l’un des 4 pères de l’Église d’Occident, devient le 64° pape en 590 : Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu'accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice 

[4] Avec la création d’œuvres comme la Mission Populaire de Robert Mac All, l’Armée du Salut de William Booth et un peu plus tard (en 1888) la naissance du mouvement coopératif avec l’Ecole de Nîmes, animée par Charles Gide (oncle d’André), dans la propriété duquel fut installée la Fac de théologie de Montpellier.

[5] Elle recueillit l’appui des archevêques : le brésilien Helder Camara et le salvadorien Oscar Romero, mort assassiné.

[6] Au Brésil, la candidate écolo-pentecôtiste Marina Silva obtint, aux présidentielles de 2014, 24,9% des voix

[7] 19/15 : Tu ne commettras point d'iniquité dans tes jugements: tu n'auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice

[8] Prophète très ancien (-750) contemporain d’Esaïe (le 1er), mais lui, il prophétise dans le Royaume du Nord, la Samarie, à qui il promet la défaite face aux assyriens, la chute de Samarie (qui aura lieu en -722) et la disparition du Royaume du Nord (les 10 tribus des descendants de Jacob)

[9] Job 34/19 : Dieu n'a point égard à l'apparence des grands Et ne distingue pas le riche du pauvre, parce que tous sont l'ouvrage de ses mains.

[10] Actes 10/34 : En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point de différence entre les personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable.

[11] Recommande aux riches du présent siècle de ne pas être orgueilleux, et de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais de la mettre en Dieu, qui nous donne avec abondance toutes choses pour que nous en jouissions. Recommande-leur de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, d’avoir de la libéralité, de la générosité, et de s’amasser ainsi pour l’avenir un trésor placé sur un fondement solide, afin de saisir la vie véritable.