Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 04 Septembre 2016

Culte à Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

Proverbes 8,32-36,

Luc 14,25-33,

Philémon 9-17



Totalement ou pas du tout


Frères et sœurs, chers amis,

Qui ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

Quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suis pas, ne peut être mon disciple. Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple.


Si vous pensiez être un/une disciple de Jésus, c’est loupé !


Où est-il, le Jésus qui prend les enfants dans ses bras, les embrasse et les bénit, le Jésus qui nourrit la foule en multipliant les pains et les poissons, le Jésus invité aux noces de Cana, le Jésus qui lave les pieds à ses disciples... ou le Jésus qui va raconter un peu plus loin l’histoire du fils prodigue, toutes ces situations où c’est l’amour qui déborde.

Ici, plus de tendresse, c’est un autre visage, presque brutal que Jésus nous montre.


Le contexte

Juste avant notre passage, il y a déjà eu ce repas chez un pharisien, qui s’est terminé par cette sentence en forme de menace : Aucun de ceux qui avaient été conviés ne goûtera de mon souper.

Et Jésus, je le sens un peu agacé : il y avait en Judée et en Galilée, des thaumaturges[1] qui, comme Simon[2] le magicien, avaient leur cohorte de disciples et Jésus voit bien que ceux qui le suivent sont dans cette même démarche.

Or, on est encore, à ce chapitre 14, au début de la montée de Jésus vers Jérusalem, qui s’achèvera par le dimanche des rameaux, à la fin du chapitre 19 et Jésus n’est pas venu sur terre pour avoir une cour autour de Lui ; Jésus est celui par lequel Dieu s’est approché de nous, et sa mission est de nous montrer le chemin de réconciliation avec Dieu le Père dont nous nous sommes séparés, chemin qui passe par la croix, c’est l’amour fou de Dieu pour l’Humanité.

Alors, Jésus, les sentant sur ses pas, se retourne brusquement et leur dit ce que je viens de vous lire.


Une radicalité qui tranche

Jésus s’adresse à des juifs, dont le seul objectif, pour être de « bons juifs », était de suivre la Loi. Entre autres, le 4° commandement[3]

Alors, comment pouvaient-ils réagir à l’écoute de ces paroles (celui qui ne hait point…) ? qui sont dans le droit fil d’interventions précédentes : On vous a dit …, mais moi je vous dis bénissez ceux qui vous haïssent.[4], tout autant déstabilisantes.

Soit, ils le quittent, comme le fit le jeune homme riche, qui vient au-devant de Jésus, tout content de lui dire qu’il observe les commandements, il donne certainement son obole aux pauvres, il est assurément convaincu d’être un bon juif. Mais Jésus lui dit : il te manque quelque chose, vends tout ce que tu as.

Nous, on aurait plutôt dit tu as quelque chose en trop, vends tout ce que tu as.


Brise tes chaînes

Que manquait-il donc à ce jeune homme ? Que manque-t-il à ceux qui suivent Jésus, seulement pour voir, et qu’il interpelle pour les placer face à un choix de vie ?

Que manque-t-il à ceux qui se croient disciples et qui ne le sont pas ? La Liberté !

Ceux qui resteront avec lui feront cet apprentissage de la liberté vis-à-vis des biens matériels, des liens familiaux, vis-à-vis aussi des lois humaines, bien pratiques : elles font tout à notre place.


Philémon

Et notre lecture de cette petite lettre, nous en donne une belle illustration : 3 Hommes, 3 parcours, 3 situations sociales.

On a parfois reproché à Paul de ne pas avoir pris position contre l’esclavage. Certes, il aurait pu faire une déclaration, s’indigner, prendre une posture[5] lui évitant d’agir. Et puis ?

Il avait beaucoup mieux à faire et cette lettre nous montre ce dont sont capables 3 hommes libres, libérés par leur rencontre avec Christ :

Paul, capable de rester dans sa cellule, bien que les portes se soient ouvertes, pour éviter une sanction à son geôlier, Paul qui reçoit Onésime, l’esclave fuyard et oublie de le dénoncer comme l’y obligeait la Loi,

Onésime, qui a rencontré Jésus grâce à Paul et qui, convaincu par Paul que Jésus saura trouver une solution, accepte en toute liberté, en toute confiance, de retourner vers Philémon, en sachant qu’il risque le sort réservé aux esclaves fuyards, la crucifixion.

Philémon : Notable pour qui accueillir son esclave repentant prime sur la loi l’obligeant à le punir, prêt à en assumer les conséquences.

Belle leçon d’une même liberté en Christ, de ces trois hommes, pourtant si différents


La rencontre

Cette liberté, c’est notre rencontre avec Jésus, qui nous la donne. Et dans ce domaine, on ne peut être un peu libre, ou beaucoup libre, on est ou on n’est pas.

Et c’est souvent ce qui cloche dans notre relation avec Jésus, on ne lui laisse qu’une petite part, on ne lui consacre qu’un petit morceau de notre vie, ce qui nous empêche d’être vraiment des disciples.

On se moque assez facilement chez nous les Réformés Historiques, de nos cousins évangéliques, qui peuvent dire « J’ai rencontré le Seigneur tel jour à telle heure et depuis il est entré dans ma vie, alléluia ! ».

Indépendamment de l’exubérance qui accompagne souvent ces témoignages, c’est exactement ce que dit Paul : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi[6] mais il ajoute : ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. Je suis crucifié avec le Christ et il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu; car alors le Christ serait mort pour rien !


L’homme nouveau

Il y un point à relever après cette citation qui parle de mort et de crucifixion. Jésus, au v. 27 dit quiconque ne porte pas sa croix…

Je vous l’ai dit, nous sommes encore bien loin de Jérusalem et de l’entrée triomphale de Jésus le jour des rameaux, alors, que pouvaient comprendre de cette phrase, les foules qui le suivaient ? Nous, on comprend, Luc a compris, car lui et nous, connaissons la fin de l’histoire, qui ne se termine pas au Golgotha, mais par la résurrection du 3° jour.

Ce que Jésus veut nous dire c’est que si nous croyons vraiment en sa résurrection, et si nous voulons y participer, nous devons nous aussi passer par la croix, nous aussi nous devons mourir. Notre vieil homme doit mourir, pour laisser naître un homme nouveau, une femme nouvelle.

Mais pour cela, il faut laisser Jésus entrer en nous et là, c’est du tout ou rien, ce ne peut être « un peu ».

Le disciple de Jésus s’engage, non pas sous le coup d’une émotion passagère, mais pour le long terme, pour la vie.

Et l’engagement, ce n’est pas observer une loi, ce qui nous donne bonne conscience à moindres frais, ni suivre des rites au pied de la lettre comme on cocherait les cases d’une check-list.

Lorsque l’on dit d’une personne hospitalisée, que son pronostic vital est engagé, on sait qu’elle est sur un chemin possiblement irréversible.

Lorsqu’on s’engage dans une épreuve sportive, c’est pour aller jusqu’au bout et l’on sait que le demi-tour est éliminatoire.

Lorsqu’on fait un emprunt pour construire une maison, on s’engage à en rembourse toutes les mensualités et pas seulement la première !

Alors nous savons bien que nous sommes très, très loin de la définition du disciple donnée par Jésus.

Alors il ne nous reste plus qu’à passer par la croix. Notre croix à porter, c’est notre repentance de notre incapacité à le suivre, comme si nous avions les pieds scotchés au sol, nous repentir de ne pas savoir choisir, d’être toujours dans l’entre deux.

Notre repentance au pied de la croix du Christ, c’est elle qui nous ouvre les portes de la Grâce, la réconciliation avec Dieu le Père, et la vie éternelle.


Prions :

Seigneur, ta Parole nous libère de nous-mêmes et de tout ce qui nous empêche d’aimer notre prochain. Aide-nous à croire en ta Parole, afin que nous ayons le courage de diriger notre vie selon ton amour.

Rends notre cœur assez désintéressé de lui-même, pour que d’autres puissent y trouver leur place.

Puissions-nous accueillir comme des bénédictions, les êtres et les évènements qui surviennent sur nos chemins, chanter avec ceux qui rient, pleurer avec ceux qui souffrent, songer avec ceux qui rêvent, crier avec ceux qui protestent, dire oui avec ceux qui construisent, dire non avec ceux qui résistent, agir avec ceux qui transforment. Réveille en nous la conscience d’une foi vécue concrètement au milieu du monde, au service des hommes et des femmes qui nous entourent.


Amen !


François PUJOL


[1] Nom donné à celui qui guérit de manière miraculeuse, ce qui donna lieu dans l’Eglise catholique à de nombreuses canonisations.

[2] Voir Actes des Apôtres 8/4-25

[3] Exode 20/12 : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre.

[4] Voir Matthieu 5,42-45

[5] Voir « Indignez-vous » de Stéphane Hessel

[6] Lettre aux Galates 2/20