Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 3 Mars 2013

Trescléoux (05)

Textes bibliques:

Exode 3,1-15

LUC 13, 1-9

1 Corinthiens 10,1-12


18 morts à Siloé


Introduction

18 morts à Siloé : Voilà la manchette improbable en 1° page du Dauphiné Libéré, ou celle-ci : 70 victimes d’une répression policière aveugle !

Après 2000 ans, malgré tous les progrès techniques, toutes les avancées, dit-on, en matière de droits de l’homme, les choses n’ont pas fondamentalement changé ?


Où sont les coupables ?

Ce qui a, légèrement, changé, c’est le point de vue des témoins, qui dans notre texte viennent interpeller Jésus : Et si les Galiléens étaient coupables de ce qui leur est arrivé, car on ne sait pas, c’étaient peut-être des zélotes qui avaient fait de la provocation pour apparaître ensuite comme victimes, et ces gens qui étaient sous la tour de Siloé, juste au moment où elle s’écroule, ne faut-il pas y voir la main de Dieu ?

Pour les juifs du temps de Jésus, les choses étaient simples, si les coupables étaient les victimes elles-mêmes (rappelez-vous l’aveugle-né), si nous sommes vivants et en bonne santé, c’est que nous sommes justes aux yeux de Dieu !

Nous savons bien que les évènements ne s’enchaînent pas ainsi, et pourtant l’on entend, trop souvent encore, cette phrase « qu’ai-je fait ou qu’a-t-il fait au Bon Dieu pour mériter une chose pareille ? », on n’ose pas dire « un châtiment pareil ». Ou bien, certains milieux évangéliques américains, dire à propos du SIDA, que ceux qui ont été contaminés l’ont bien cherché et qu’ils payaient le salaire de leurs turpitudes, que font-ils du médecin et de l’infirmière morts du SIDA parce qu’ils se sont malencontreusement piqués avec un seringue contaminée ?

On voit bien que ce raisonnement ne colle pas, mais cela en dit long sur notre volonté de toujours vouloir tout expliquer, trouver le responsable à défaut de coupable selon l’expression malheureuse de notre coreligionnaire, fort respectable par ailleurs.

Cela en dit long aussi sur notre représentation de Dieu et de ses relations avec l’Humanité, encore fortement influencées par une mauvaise compréhension de l’Ancien testament ;:

  • Dieu implacable justicier,
  • Dieu manipulateur des marionnettes que nous sommes, caché derrière son nuage, prêt à sanctionner le moindre faux pas.
  • A ce propos, Qui n’a jamais dit (ou entendu dire).à son enfant « C’est Dieu quoi t’a puni » ? (le Bon Dieu !)

Comme si le moindre des évènements que nous subissons était en relation avec notre comportement quotidien.

On peut néanmoins comprendre les questionnements de familles frappées par la perte d’un être cher, ce qui est toujours une catastrophe, questionnements qui peuvent être parfois même teintés de révolte lorsque les circonstances sont en dehors de l’acceptable.

Alors, Jésus qui est un peu laconique dans sa réponse, leur dit et il nous dit, qu'il n'y avait pas un péché moins grand chez les survivants, façon de dire que nous sommes tous pécheurs, et de nous rappeler à nous, aujourd’hui, que notre fidélité à Christ ne saurait jouer le rôle d’assurance tous risques, ceci, au cas où nous interpréterions un peu librement ce verset de Romains 8 : « Toutes choses… »...


L’urgence de la conversion

Et à ceux qui verraient dans les désordres de la planète les signes annonciateurs d'un monde finissant et de l'imminence du jugement de toute l'humanité, Jésus leur dit seulement que si c’est vraiment ce qu’ils croient, alors il est urgent qu’ils se repentent et qu’ils se convertissent.

Voilà la seule urgence : choisir la vie, saisir la main que Dieu nous tend, la main que Dieu tend à l’Humanité depuis les origines.

Car si nous sommes effectivement dans le monde, ce monde où la mort, la mort spirituelle et morale autant que physique, rôde autour de nous, sans nous épargner, Dieu n’a pas choisi la mort contre l’Homme mais il est avec l’Homme contre la mort. Nous sommes tous au bénéfice de cette grâce manifestée au Golgotha.


Le Figuier

En guise de morale, il raconte une petite parabole (4 versets) du figuier stérile n’ayant en apparence pas grand-chose à voir avec ce qui précède.

Cette référence a un figuier dans une vigne est familière aux juifs contemporains de Jésus. Elle l’est aussi pour nous, même si chez nous, ce sont plutôt des pêchers.

Mais le propos est le même : dans une vigne il y a des milliers de ceps et seulement quelques figuiers ou pêchers. Et c’est à eux que le vigneron s’intéresse, et à l’un d’entre eux en particulier, comme le berger se préoccupe de sa brebis perdue.

Ce figuier, stérile, objet de toutes les attentions du vigneron, est interpellé par cette question lourde de menaces, prononcée par le maître :

« Pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? » question terrible, si elle s’adressait aux hommes, qui reçoit en écho cette autre question d’un autre maître «Qu’as-tu fait du talent que je t’ai donné ? », lourdes l’une et l’autre de la menace d’une sanction imminente.

Seule l’intercession du vigneron en faveur du figuier conduira le Maître à différer, voire réviser son jugement, comme il le fit avec Abraham pour Sodome, avec Moïse pour Israël, et surtout avec son Fils Jésus, qui même sur la croix demande au père l’indulgence pour ceux-là mêmes qui l’ont condamné à mort.

Et c'est toujours lui qui cède.

On pourrait aussi penser à la lutte de Jacob avec l'ange de l'Eternel et au dialogue de la Cananéenne avec Jésus. Dieu s'avoue volontiers battu. Son cœur se laisse fléchir, dès qu'il y va du salut de l'homme car Dieu n’est pas un Dieu qui juge mais un Dieu qui sauve.

Et si l’on voit derrière le vigneron la figure de Jésus, on a bien raison car Jésus est non seulement allé au bout de son sacrifice, sur la croix, pour nous prouver l’amour de son Père pour nous et nous montrer la voie du Salut, mais chaque jour il entoure de ses attentions chaque homme et chaque femme dans l’espoir qu’un jour il ou elle s’agenouille enfin au pied de la croix dans un geste de repentance et de reconnaissance..

Mais rien n’est écrit d’avance, c’est aussi un enseignement de cette courte parabole : Peut-être, un jour…

Un « Peut-être » qui en dit long…

Dans notre monde du tout, tout de suite, où attente et patience se confondent souvent avec frustration et échec, Jésus nous rappelle que l’aboutissement est souvent précédé d’une patience et d’une persévérance déployées sans que le résultat final ne soit ni visible ni certain. : Il faut parfois accepter un long temps d’aridité et de désert avant de contempler les premiers fruits.

Cela s’appelle l’espérance : voilà le second enseignement de cette parabole : Jésus espère en nous.

Mais après la patience peut venir l'heure du jugement, définitif, radical et irréversible. Non seulement parce que le travail de Jésus aura été vain, mais parce que l'homme incrédule pour qui il aura tout tenté n'aura pas voulu répondre à cet immense amour dont il a été l'objet, insensible à tous les témoignages de patience et de miséricorde.

Alors pourra venir la sanction, résultat de l'inévitable logique d'une mort annoncée. Mais Dieu accorde des délais supplémentaires, parce qu'il ne peut se résoudre à la mort du pécheur. L'absence de fruits à son arbre préféré deviendrait son propre échec. Il ne peut pas y croire.

Voilà le troisième enseignement de cette courte parabole : Elle nous parle de la foi de Dieu en la conversion des hommes, conversion, repentance possible jusqu’à leur dernier souffle.

Certains lisent cette parabole sous un angle totalement inversé : Et si le vigneron, c’étaient le Père et le Fils réunis en une seule personne, comme nous le dit Jean dans son prologue et si le maître c’était l’homme, toujours prêt à juger à enfermer ses contemporains dans des tiroirs dont ils ne peuvent sortir, leur interdisant toute possibilité de rédemption.

Alors le Père et le Fils nous interpellent : « tu vois ce figuier, stérile, mais par toutes les attentions que nous allons lui apporter il pourra peut-être donner du fruit, l’an prochain, plus tard, à l’avenir, on ne sait ».

Mais toi, qui es prêt à juger tout le monde, qui te crois le maitre du monde, prends tes responsabilités, si tu décides la mort de ce figuier, fais-le, mais moi, Dieu Père et Fils, je ne suis pas un Dieu de mort, mais un Dieu de vie.


.Conclusion

Alors n’essayons pas frères et sœurs de décider à la place de Dieu, de ce qui doit être coupé ou non.

Qui sommes-nous, les hommes pour décider à la place de Dieu, ce Dieu d’amour, d’un amour fou jusqu’à la croix.

Dieu le créateur, est devenu le Dieu sauveur, par son Fils, le Christ. Il a remplacé le jugement par l’espérance.

Au bout de 3 ans le maître se désespérait. En ce 3° dimanche de Carême, rappelons-nous qu’au pied de la croix, ceux qui ont eu la patience d’attendre le 3° jour, ont vu leur récompense : la Gloire et la puissance de Dieu manifestées dans la résurrection de son fils et si Christ est ressuscité alors nous aussi nous ressusciterons.


Amen !


François PUJOL.