Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 25 juillet 2010

Gap (05000)

Lectures du Jour :

Genèse 18,20-32 (voir également méditation sous cette référence, le 25/07/2010)

Colossiens 2, 11-14

Luc 11, 1-13




Demandez, Cherchez, Frappez !


Je vous propose ce matin, en partant du texte de Luc qui nous est proposé dans notre liste biblique journalière non pas tant de parler de la prière même, du Notre Père, d’autres plus compétents que moi l’ont déjà fait ou le feront mais plutôt de ce que Luc a mis autour et ce qu’il a mis autour il ne l’a pas mis par hasard !

Notons tout d’abord que les deux évangélistes qui rapportent cette même prière : Matthieu et Luc, l’ont en effet encadré par des déclarations concernant la prière. On a d’une part dans Matthieu au chapitre 6, v.5, c’est Jésus qui parle : lorsque vous priez ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment à prier debout mais quand tu pries entres dans ta chambre, fermes ta porte et prie ton père qui est là dans le lieu secret.

Ne multipliez pas de vaines paroles comme les païens qui s’imaginent qu’à force de paraboles ils seront exaucés »

Luc, nous venons de l’entendre, étoffe en quelque sorte sa démonstration et on pourrait dire que Luc et Matthieu quoique de manière très différente auraient organisé cet encadrement pour offrir à leurs lecteurs une catéchèse de la prière du Seigneur.

Chez Matthieu, le Notre-Père apparaît comme la prière du troisième groupe de priants : après les hypocrites et les païens qu’il ne faut pas imiter dans leur ostentation et leur verbiage, voici la prière sobre et véritablement filiale de ceux qui ont reçu et compris le message évangélique. Et Matthieu, de faire suivre le Notre-Père d’une parole de Jésus soulignant, à l’adresse des disciples, l’importance du pardon fraternel des offenses : si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre père céleste vous pardonnera aussi mais si vous ne pardonnez pas…

Chez Luc, le Notre-Père découle directement de l’image de Jésus en prière et du désir de l’un des disciples de recevoir une prière de référence comme l’ont reçue avant eux les disciples de Jean le Baptiste : Jésus priait un jour en un certain lieu lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit seigneur enseigne nous à prier comme Jean l’a enseigné à ses disciples.

L’après Notre-Père déploie largement la belle symbolique du don du pain, par la parabole de l’ami importun. Cette nourriture il nous faut savoir la demander à Dieu avec insistance comme L’ami le fait auprès de son ami. Avec insistance mais aussi avec confiance. Bien meilleur que les pères terrestres, le donateur céleste remplira ses enfants du Saint Esprit lui-même.

La Didaché, ce texte chrétien de la fin du premier siècle présente à son tour le Notre-Père dans un encadrement original : « ne priez pas non plus comme les hypocrites mais comme le Seigneur l’a ordonné dans son Évangile, priez ainsi : « Notre-Père… mais délivre-nous du mal parce qu’à toi est la puissance et la gloire pour les siècles, priez ainsi trois fois par jour… » Remarquons que, à la différence de Luc et de Matthieu, le Notre-Père se termine ici par la doxologie, c’est-à-dire la formule de glorification.

Le récit de Luc montre que la prière apprise aux disciples n’est pas une prière quelconque et sans référence. Elle est en continuité avec la prière même de Jésus : « quand il eut fini, un de ses disciples lui dit : seigneur apprends-nous à prier… »

La pensée et la pratique de la prière remplissent toute l’œuvre de Luc plus qu’aucun autre évangéliste. A 10 reprises dans son Évangile il nous fait voir Jésus en prière. Ici, la seule image du Maître en prière éveille le besoin des disciples d’apprendre à prier, comme si la vue de Jésus en oraison mettait en question leurs propres pratiques de la prière : on peut presque dire à temps nouveaux, prière nouvelle.

En fait, on aurait pu s’attendre à ce que le disciple mis en scène par Luc dise : « apprends-nous à prier comme tu viens de le faire toi-même. » Or le disciple motive sa demande autrement : « comme Jean l’a appris à ses disciples. ». Une allusion à cette prière des disciples de Jean se trouve également dans Luc ils lui dirent : « les disciples de Jean, comme ceux des pharisiens, jeûnent fréquemment et font des prières, tandis que les tiens mangent et boivent ».

Précisons que, à l’époque de Jésus les divers groupes religieux, pharisiens, esséniens, Johannistes, possédaient chacun une règle particulière de prière. Les disciples demandent donc à Jésus une prière qui sera en quelque sorte le signe distinctif de leur groupe, son étendard. La prière de Jean le Baptiste et celle de Jésus sont liées à l’avancée du plan de Dieu dont leurs messages sont porteurs : dans l’un et l’autre cas le règne de Dieu s’est approché et c’est à partir de cette situation complètement nouvelle que les disciples peuvent prier.

À ceux-ci, qui ont obtenu de Jésus le don d’une prière neuve et spécifique, il va être précisé maintenant avec quelles dispositions ils doivent prier. Tout ce petit ensemble centré sur le thème du pain et de la nourriture apparaît comme un commentaire, comme une actualisation de la demande du Notre-Père concernant le pain : « Donne-nous notre pain de chaque jour. ».

La parabole des trois amis montre clairement que dans certaines situations humaines, quelqu’un peut être amené à céder à un ami, non pas par amitié mais bien plutôt pour échapper à l’importun ou demandeur nocturne. Et Jésus insiste bien : Dieu qui est bon exaucera-t-il les requêtes de ceux qui le prient avec confiance et persévérance ?

Et comme le souligne Luc, la prière nous introduit dans une sorte de jeu relationnel fait de réactions personnelles entre Dieu et nous.

Et moi je vous dis : « demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira, car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve et l’on ouvre à celui qui frappe.

En effet derrière la porte à laquelle on frappe il y a quelqu’un et quelqu’un qui se tient prêt à ouvrir ; en face du demandeur il y a le donateur, en face du fils il y a le père.

La catéchèse du Notre-Père atteint son sommet chez Luc, lorsque l’évangéliste invite celui qui prie à regarder non plus à lui-même, à ses propres dispositions mais à son père céleste dont les mains sont prêtes à donner.

Nous avons tous l’expérience des relations parents-enfants : aussi imparfaites et limitées soient-elles, nous savons bien sauf exception que les parents ne donnent que de bonnes choses à leurs enfants : du poisson des œufs, pas des scorpions ou des serpents ! À plus forte raison Dieu donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le prient.

Il est à remarquer que dans le passage parallèle de Matthieu auquel j’ai déjà fait allusion, Jésus parle de bonnes choses données par Dieu, tandis qu’ici chez Luc les bonnes choses deviennent le Saint Esprit. Pour Luc, le don de Dieu par excellence est le Saint Esprit et il le rappelle encore dans son livre des actes au chapitre 2 :

« Pierre leur dit : repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit. »

Tout ce que Dieu veut donner à tous ceux qui formulent les requêtes du Notre-Père, se résume aux yeux de Luc, dans le don du Saint Esprit. Et ce don englobe toutes nos demandes, tous nos appels, il remplit tous nos vides, nos manques, nos frustrations.

Ainsi toutes les fois où, sollicité par la requête de visiteurs inattendus de notre vie, et découvrant notre propre dénuement nous allons dans la nuit frapper à la porte de Dieu, souvenons-nous qu’à cette même porte et en même temps que nous, pour nous et pour tous les autres, frappe déjà le grand intercesseur.

Ainsi tout est bien, tout est sûr pour quiconque prie avec ferveur et persévérance.

Il prie au nom de Jésus-Christ, il est exaucé pour l’amour de Jésus-Christ. il est, Lui, le pain de vie.

Et pour nous qui avons les mains vides, nous savons que nous pouvons nous approcher de Lui comme des quémandeurs de sa grâce en lui disant : « Seigneur donne-nous toujours de ce pain ».


Amen !


Daniel Dellenbach