Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 21 juillet 2013

Culte à GAP (05000)

Lectures du Jour :

Genèse 18,1 à 10

Luc 10 38 à 42

Colossiens 1, 24-28


Un service compliqué !


Marthe était affairée à un service compliqué.


Une fois de plus admirons la plume de l’évangéliste Luc qui en quelques phrases nous dresse un petit récit très vivant.

Peu de récits évangéliques sans doute ont plus de charme paisible et souriant que ce tableau d’un moment de détente à Béthanie. Dans la maison amie où Jésus aimait s’arrêter, les deux sœurs Marthe et Marie l’ont accueilli avec joie pour un repas convivial.


Avec la façon, je dirais même la manie, que nous avons de définir une fois pour toutes, de figer les gens et les choses dans des catégories bien précises nous caractérisons volontiers les deux sœurs en disant : Marthe se dépensait toute en activité et Marie se concentrait toute en adoration.

Et l’on a eu, toujours dans cet esprit de schématisation absolue, on a eu tendance à faire croire que, compte tenu de la remarque, du reproche de Jésus à Marthe, qu’il fallait privilégier la spiritualité qui seule serait noble par rapport aux tâches matérielles, lesquelles bien entendus, le seraient beaucoup moins. C’est là, comme bien souvent en pareil cas une affirmation fausse, parce qu’à la fois trop sommaire et trop absolue.

Elle contient sans doute une part de vérité, mais la forme tranchante en fausse la portée et surtout elle oriente délibérément la pensée de celui qui écoute, ce que n’a certainement pas voulu faire Luc on nous rapportant ce fait.


C’est vrai que dans notre récit Marthe s’active au service et Marie écoute, boit les paroles de Jésus. Mais si trop souvent dans nos vies, le service et l’adoration s’opposent, c’est bien à tort. Jésus d’ailleurs, ne sanctionne nulle part cette opposition et lui-même a donné l’exemple d’une activité que l’on pourrait qualifier de dévorante en même temps que d’une vie intérieure de prière et d’adoration, de communion avec Dieu, à nul autre pareil.

Alors, il nous faut je crois poser autrement le problème. Dans cette scène de Béthanie, Jésus a-t-il donné tort à Marthe de l’avoir servi ? Absolument pas. Alors pourquoi son reproche ? Il nous faut chercher la réponse dans une autre direction.

En fait, il apparaît bien que la joie de Marthe à accueillir Jésus est au moins égale à celle de sa sœur. La manière même dont elle se dépense pour le recevoir du mieux qu’elle peut en est une preuve indéniable. Les quelques détails que nous donnent les Évangiles sur cette sœur de Lazare nous montre qu’elle a un tempérament actif.


Lorsque Lazare est mort et que Jésus arrive vers Béthanie, c’est elle qui court au-devant de lui alors que Marthe est restée assise à la maison. C’est vrai, c’est tout à fait normal que les sentiments de chacun de nous se traduisent de façon différente, ses sentiments dépendant pour une bonne part en tout cas, du tempérament et du caractère de chacun. La volonté de Marthe de témoigner son affection au Maître, en soignant au maximum la réception qu’elle veut lui offrir, est évidente et nous avons peut-être sur ce point beaucoup à apprendre d’elle.

Nos sentiments à l’égard de Jésus-Christ sont sans doute pleins de déférence, peut-être même de ferveur, de confiance et de foi. Je veux bien croire que nous éprouvons à son égard un amour profond sincère et vrai. Mais de tout cela, quels sont dans la pratique les fruits ? En quoi notre action en est-elle affectée ? Dans quelle mesure notre travail est-il inspiré par ces sentiments ? Quelle part de notre temps, de nos efforts, de nos ressources consacrons-nous au service du maître ?


Marthe, visiblement se donne ici sans compter, au point même d’appeler sa sœur à l’aide. Jésus le lui reprochait-il ? Lui qui sait lire dans les cœurs ne serait pas capable de comprendre la preuve d’amour que lui donne ainsi Marthe ? Lui qui veut que chacun fasse fructifier les talents qui lui sont confiés, ne saurait désapprouver Marthe de sanctifier en quelque sorte ses dons de ménagère en les employant à travailler pour son Maître et Seigneur. Il y a bien sûr par ailleurs dans la vie de chacun de nous des soins indispensables et qu’il ne saurait être question de condamner rien ne nous autorise à penser que Marie les négligeait d’habitude. Le fait même que sa sœur réclame son secours, tend à prouver qu’elle avait au contraire coutume de prendre sa part des travaux ménagers. Nous n’avons pas davantage de raisons de penser que Jésus désapprouve ces travaux.

L’idéal chrétien n’est pas celui d’une vie désincarnée qui défierait les exigences de la vie matérielle et ne voudrait connaître que les ravissements de la vie spirituelle. Ce mysticisme-là n’a me semble-t-il rien d’évangélique. Non, rien ne nous autorise à mépriser ou à négliger les conditions dans lesquelles sont appelés à vivre nos corps, ces corps que Dieu a lui-même créé ce qu’ils sont. Alors gardons-nous de déplacer la question et de faire dire à l’Évangile ce qu’en tout état de cause il ne dit pas. Il n’en reste pas moins qu’il y a une nuance de reproches dans la manière dont Jésus répond à Marthe et qu’il exprime une nette approbation de l’attitude de Marie qui a choisi la bonne part.


Seulement il ne faut pas manquer d’en voir la vraie raison et un mot, un petit mot du texte nous met peut-être sur la voie : « Marthe s’affairait à un service compliqué ». C’est dire que sa besogne l’avait distraite au point de lui faire oublier ce qui aurait été à ce moment-là l’essentiel, à savoir profiter des paroles de vie que le Sauveur apportait, paroles que recueillait Marie, mais que elle, Marthe, absorbée par ses tâches matérielles, laissait passer sans les entendre.


Voilà peut-être le point fort de notre texte, voilà qui est sans doute le plus grave : laisser passer les occasions de recevoir le message de la grâce, sous prétexte de soins matériels absorbants. Ce fut-là peut-être l’erreur de Marthe, mais c’est souvent pour ne pas dire constamment, la nôtre !

Combien de fois ne nous est-il pas arrivé de négliger quelque occasion de rencontre avec Dieu sous quelque forme que se présente cette occasion. Les prétextes ne nous manquent pas et nous sommes tous, c’est vrai, absorbés et distraits par toutes sortes de tâches, toutes plus nécessaires et légitimes les unes que les autres. Mais lorsque l’occasion nous est offerte d’entendre la parole de Dieu, alors c’est cela qui est vraiment nécessaire, le reste est accessoire.


Luc ne nous a rien dit de l’entretien entre Jésus et Marie mais on peut être certain que le maître y répandit des paroles d’espérance de vie. Et nous savons aussi que Marthe absorbée par son ouvrage n’en a pas profité. Que de joies ainsi perdues et pour elle et pour nous qui sur ce point, lui ressemblons si souvent !


Si nous faisons le compte dans nos vies, des occasions perdues, des rendez-vous manqués avec Dieu, si nous comptons toutes les obligations que nous nous créons et qui bien souvent nous détournent des grâces qu’il nous offre, nous pourrons comprendre le reproche de Jésus à Marthe et que bien entendu il nous adresse aussi.


Car s’il y a, et c’est incontestable, des soins nécessaires, combien y en a-t-il de superflus ou qui pourraient être ajournés, ou auxquels nous attribuons une importance exagérée, dont à tout prendre il nous serait facile de nous libérer… si nous le voulions.

Il ne s’agit nullement de déserter les obligations que nous impose notre existence dans ce monde qui est le nôtre. Il s’agit plutôt de les imprégner de la pensée de Dieu, de faire en sorte qu’elles ne nous empêchent pas de demeurer en lui, même dans les réalités pratiques de notre vie de tous les jours. « Dis à ma sœur de m’aider » disait Marthe à Jésus. Elle avait besoin d’aide, sans doute, mais peut-être dans un sens différent ! Tout comme nous mes amis, qui pour demeurer fidèles, avons sans cesse besoin de redire à Jésus « Seigneur aide nous ! ».


Amen !


Daniel DELLENBACH