Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE  10 Juillet 2016 

Culte au Villard-La Beaume (05140)

Lectures du Jour : 

Deutéronome 30, 10-14,

Luc 10, 25-37,

1 Colossiens 1,15-20,


Choisis la Vie


Frères et sœurs,


Voilà une parabole connue de tous ! Et que nous disait-on à l’école du Dimanche ? Que Jésus nous demande d'aimer notre prochain, de ne pas nous détourner des malheureux, comme l’ont fait ce sacrificateur et ce lévite qui passent leur chemin sans rien voir, comme si les malheureux ce seraient toujours les autres, envers qui il faudrait nous montrer charitables.

Soyons comme ce « bon » samaritain !


Or est-ce vraiment cela que nous venons de lire ? 

D’abord, le Christ ne juge ni le sacrificateur, ni le lévite. D’ailleurs il le dira dans une autre parabole (voir Luc 12/14 et jean 3/17). Il expose des faits.

Ensuite, Jésus ne dit pas que le samaritain a pratiqué la charité, mais qu’il a été pris de compassion, mot un peu galvaudé aujourd’hui, mais qui signifie en réalité le partage de la souffrance. C’est un tout autre programme.


Et puis, Jésus répond à deux questions, La première : que faire pour hériter la vie éternelle ? Et la seconde : Qui est mon prochain ?

Jésus y répond en racontant une parabole :


Sur la route de Jérusalem à Jéricho, voilà un homme qui tombe dans un guet-apens, et est laissé à demi-mort au bord de la route. Arrive un sacrificateur puis un lévite, qui passent leur chemin, et avaient certainement un tas de bonnes raisons, de leur point de vue, pour ne pas s’arrêter, changer de trottoir, regarder ailleurs.


Un Samaritain passe par là. Ce Samaritain...c’est le symbole de l’étranger peu fréquentable, adorateur d’un Dieu qu’il n’appelle même pas YHWH, mais Élohim, et ce Dieu cohabite plus ou moins avec des idoles, pensez-donc ! Il sait qu’il n’est pas en pays ami, il a donc les sens en alerte, aux aguets, et c’est justement cela qui lui fait voir, dans le fossé, cet homme allongé et blessé.


Alors ce Samaritain soigne cet homme assez mal en point, avec ce qu'il a sous la main : du vin et de l'huile, bricole des pansements, le charge sur sa propre monture pour le conduire à la première auberge. Le lendemain, il paie l'aubergiste avant de partir en lui faisant les recommandations d’usage et indiquant qu'il repassera pour payer ce qu’il faudra.


Il est venu, il est intervenu, il disparaît, sans même se faire connaître à l'homme qu'il a sauvé ! Fin de l’histoire.

Et Jésus demande : Qui s'est comporté comme le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands, et qui, dans l'état où il était, serait mort quelques heures plus tard ?

Et le légiste répond : Le Samaritain, celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. Va et fais de même, ajoute Jésus.

Spontanément nous en concluons que Jésus nous demande de nous occuper des autres comme l'a fait ce Samaritain, C’est bien, mais ici, en particulier, le Christ ne dit pas cela :


Le prochain, c'est le Samaritain, pour ce pauvre homme à demi-mort, battu, volé, dépouillé. C'est le Samaritain, qui s'est comporté comme son prochain. Le Christ inverse, comme très souvent, notre angle de vue : c’est au blessé de la vie d'aimer ce Samaritain sauveur et de l'aimer comme lui-même. Tu aimeras ton prochain… Ce commandement prend d’un seul coup, un tout autre sens !


C'est à celui qui a été sauvé que Jésus enseigne l'amour. Jamais il ne devra oublier cet homme qui l'a rendu à la vie.


Le Christ nous demande, en faisant le point sur notre vie, de considérer envers qui nous sommes redevables, tous ces samaritains croisés au hasard de nos chemins, envers qui nous avons une dette, et grâce à qui nous sommes aujourd’hui ce que nous sommes

Et ce qui caractérise cette parabole, c’est que malgré cette dette, non remboursable puisqu’elle peut aller jusqu’à la dette de notre propre vie, nous restons libres, car le samaritain de la parabole se retire, disparaît, avant même que l’autre ait pu lui dire merci.

Et Jésus nous demande de garder présente l’idée que nous avons cette dette, que nous serons toujours, quoi que nous fassions, des débiteurs, car c’est cela qui nous poussera à devenir nous-mêmes des samaritains pour d’autres blessés de la vie dont nous serons à notre tour les prochains

Vous voyez que nous sommes assez loin d’une compréhension de cette parabole au 1er degré.

Il ne s’agit pas, ici, de nous acheter une bonne conscience, en nous obligeant à faire notre BA quotidienne ! Etre samaritain, c’est apprendre le désintéressement, la gratuité du geste, oublier, aussitôt réalisé, le geste généreux que l’on vient d’accomplir. On a fait ce que l’on devait faire, c’est tout.

Et ce n’est malheureusement pas ce qui se passe dans notre quotidien y compris dans nos propres familles : Quand je pense à tout ce que j'ai fait pour toi, tout l’amour que je t’ai donné..., vous connaissez la suite !


Si celui qui a donné, de son temps, de son amour, garde en lui une exigence vis-à-vis de celui ou celle à qui il s’adresse, s'il en attend un quelconque merci, il prouve qu'il cherchait à se gratifier lui-même, à se justifier lui-même, comme dirait Luther. Il n'est donc pas un samaritain.

Alors, pour répondre à cette question : qui est notre prochain ?, Notre prochain, ce ne sont pas tous ceux que nous aurions aidés, directement ou indirectement et dont nous tiendrions la liste, mais au contraire la liste interminable de tous ceux, toutes celles dont nous sommes redevables de quelque manière que ce soit et en tête de cette liste le nom de celui même à qui nous devons la vie, la vrai Vie, la Vie éternelle.

A nous de rester à chaque instant, imprégnés de cette conviction.


Vous l’avez compris, cette parabole apporte un point de vue nouveau sur la relation à l’autre, elle fait apparaître derrière la figure du samaritain, celle du Samaritain Universel, Jésus lui-même, Jésus l’étranger, ce Samaritain-Galiléen[1], frère de toute l’Humanité, sans distinction d'origine, de race, de religion ni de classe. Que celui qui s'est ressourcé grâce à lui, qui a retrouvé le sens de sa vie, grâce à lui, fasse de même : C’est le Va et fais de même de Jésus au légiste. C'est le principe fondamental de la Nouvelle Alliance instaurée par Jésus : Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux,[2] le principe de réciprocité, ou encore, la règle d’Or des Evangiles !


Mais le Christ nous met en garde de ne pas nous faire du bien à nous, à travers l'autre, de nous servir de l'autre pour nous aimer nous-mêmes ! Tout ce que vous ferez au plus petit, c'est à moi que vous le ferez. Selon notre attitude, nos motivations, qui allons-nous voir dans les yeux de l’autre ? Nous-mêmes ou bien Lui, le Christ ?


Et c’est ainsi que la question du légiste que faire pour hériter la vie éternelle ? Devient totalement hors sujet et trouve sa réponse :

Il n’y a rien à faire, il y a d’abord à être, être soi-même, spontanément, en toutes circonstances et nous rappeler chaque fois que nous avons la tentation d’être satisfaits de nous-mêmes, nous rappeler ce que dit Jésus quelques chapitres plus loin rappelle-toi que quoi que tu fasses tu ne seras jamais qu’un serviteur quelconque qui n’a fait que son devoir.[3]


Le Christ nous donne le samaritain en exemple pour nous libérer du carcan dans lequel nous sommes enfermés : enfermés dans nos préjugés, une posture, un personnage, un rôle à jouer, comme le sont le lévite et le sacrificateur. Le samaritain, lui, il considère cet homme, proche de la mort, si différent de lui, il le considère d’abord comme un frère en humanité, il agit en homme libre, prêt à rendre l’autre encore plus libre. C’est cela l’amour vrai du prochain.


Françoise Dolto[4], que vous connaissez tous, et qui m’a inspiré cette méditation, disait : L'amour vrai ne crée aucune dépendance, aucune allégeance.

C’est ce que nous confirme l’autre texte lu ce matin : Choisir la vie, c’est accepter que Jésus soit notre Samaritain, celui qui nous rend à la vraie vie en nous donnant la sienne, gratuitement, sans calcul : Chacun reste libre d’accepter ou de refuser, mais si nous laissons cette force du Christ, cet amour, entrer en nous, nous deviendrons assez libres et assez forts, pour voir ceux que Jésus aura placés sur notre chemin, comme des frères en humanité, à qui tendre la main.


Je mets devant toi la mort et la vie, choisis la vie, afin que tu vives,[5]


Amen !


François PUJOL


[1] Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Jean 1/46

[2] Luc 6/31

[3] Luc 17/10

[4] Françoise Dolto n’est pas seulement la mère du chanteur Carlos, elle est d’abord connue comme psychanalyste qui a révolutionné le regard qu'on portait sur les enfants. Croyante, elle est l’auteure de « L'Évangile au risque de la psychanalyse », (deux tomes aux éditions du Seuil-1977),

[5] Deutéronome 11/26