Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 21 Décembre 2008

GAP (05000)

Textes bibliques:

Luc 1, 26 à 38

Romains 8 18 à 25


L’annonce faite à Marie

Ce très beau texte de l'annonce faite à Marie qui nous est proposé en ce 4° dimanche de l'Avent est rattaché par son premier verset à l'autre histoire extraordinaire : celle de Zacharie et d'Elisabeth. En effet le sixième mois dont il est question est bien sûr le sixième mois de la grossesse de celle qui était âgée et stérile : « ce qui faisait ma honte devant les hommes » lui fait dire le verset précédant notre texte.

Et curieusement notre texte est à lire comme l'envers de celui qui précède.

De fait dans le premier récit l'ange Gabriel s'adresse à un prêtre, un juste devant Dieu, au moment où il offre l'encens à l'intérieur du sanctuaire, un acte essentiel de la vie religieuse hébraïque. Ceci suggère que l'ange choisit l'homme le plus qualifié, le lieu le plus saint et le moment le plus propice pour son intervention. Zacharie tergiverse et l'ange en conclut qu'il n'a pas cru en ses paroles et du coup il le réduit au silence, le silence de ceux qui doutent. En revanche, pour s'adresser à Marie, l'ange qui, cette fois, est envoyé par Dieu (le texte le précise) quitte la Judée pour aller en Galilée, terre considérée comme païenne et méprisée pour cette raison. On quitte Jérusalem, la cité sainte pour Nazareth, petite ville sans histoire et on s'adresse à une jeune fille dont nous ne savons strictement rien sinon qu'elle est vaguement parente avec Elisabeth (une cousine sans doute). Par contre, nous savons que Elisabeth descend d'Aaron ; nous savons aussi par l'évangéliste Matthieu, que le fiancé de Marie, Joseph, descend, lui, directement, du roi David et d'Abraham et que, en conséquence, Dieu vient en quelque sorte se glisser, s'insérer dans cette descendance pour que ce Messie promis soit à la fois Fils de David et Fils de Dieu. Mais lorsque nous relisons ce texte au coeur de notre société qui veut se démarquer des mythes d'autrefois, y compris les mythes bibliques, nous sommes obnubilés par cette question de la paternité de Jésus. Nous voulons tout comprendre et nous essayons d'appliquer ici des explications plus ou moins scientifiques pour expliquer comment Marie a pu concevoir cet enfant. Le texte de l'Annonciation nous invite à aller au delà de cette question. L'évangile de Luc n'est pas un texte poétique et spirituel. Par des expressions telles que « la Puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre », il nous mène dans l'attente d'un enfant et nous montre à quel point Dieu attend cet enfant et traverse bien des difficultés pour le placer au coeur de son peuple. Pour réaliser son incarnation Dieu choisit le plus petit, le plus humble, mais aussi le plus miraculeux de l'espèce humaine, un petit d'homme dans le ventre de sa mère. Fils de Dieu et Fils de David ! Ce double titre nous pose toujours question. Et pourtant c'est cette double filiation qui est une des parts importantes de la personne du Christ, une des bases de notre foi. Par la personne de Jésus, Dieu ne reste pas dans son au-delà, dans son ciel inaccessible. Dieu se fait présent dans notre monde et mieux encore, dans notre réalité humaine, avec nos faiblesses et nos angoisses. Ainsi Dieu est devenu visible pour nos ancêtres dans la foi qui vont ensuite nous transmettre les expériences qu'ils ont vécues avec lui au travers des évangiles.

Car la venue du Messie au milieu de son peuple n'est pas ce que l'on pourrait appeler une « grosse surprise » ou une lubie du Seigneur. Depuis des générations le peuple d'Israël vit dans l'attente de cette venue. Nous aussi nous prions, nous espérons chacun quelque chose de Dieu. Mais Dieu est présent dans nos attentes, dans nos espérances. Et cette présence va bien au delà. En effet le message de l'ange se poursuit pour nous inonder nous aussi de cet événement qui va créer une foi nouvelle : Jésus de Nazareth est Fils de Dieu. Jésus est homme et Dieu sur notre terre, il est venu, il a vécu et il vit encore. Nous le savons bien, il se donne à rencontrer sur cette terre là.

Cela implique que nos attentes pour l'avenir trouvent une part de réalisation aujourd'hui déjà. Certes nous ne le voyons pas mais Dieu vit et agit en nous. Lorsque nous chantons « Il est là au coeur de nos vies » ce n'est pas simplement une jolie phrase poétique, c'est une réalité vivante; lorsque nous partageons le pain et le vin de la Cène, ce que nous allons faire dans un moment, il est là au milieu de nous et avec chacun de nous et nous pouvons nous joindre aux disciples d'Emmaüs lorsqu'ils se disent l'un à l'autre « notre cœur ne brûlait-il pas tandis qu'il nous parlait en chemin ? ». Alors pourquoi bouder la joie de Noël ? Pourquoi dénigrer nos préparatifs de fête ? Pourquoi les dénoncer sans cesse et les critiquer comme nous avons pris si souvent l'habitude de le faire en les qualifiant de païens ? Bien sûr il y a des dérives insupportables autour de ce mot devenu un peu magique : Noël. Il me semble que les premiers chrétiens avaient une sagesse qui nous manque aujourd'hui. Ce sont eux qui au IVème siècle ont pris la décision de fixer Noël sur une fête païenne : la fête de la lumière qui renaît. Ce sont eux qui ont mêlé la joie de la naissance du Sauveur du monde aux rites plus prosaïques liés aux cycles de la nature. Il n'est donc pas étonnant qu'aujourd'hui encore, à Noël, des traditions de haute spiritualité se mêlent à des traditions païennes, voire commerciales. Pourquoi nous en offusquer ? Il serait vain et surtout très prétentieux de vouloir séparer le bon grain de l'ivraie du monde. Dieu n'est pas né dans un palace 5 étoiles, non plus dans une église ou un monastère ; il est né dans une étable, avec les moyens du bord ; il est né sans faire de manières sur la paille d'une mangeoire et peut-être après tout, que cette nuit là, les bergers venus adorer l'enfant avaient bu de ce vin de Palestine, peut-être qu'ils en avaient offert un peu à Joseph car enfin la naissance d'un fils premier-né cela peut s'arroser n'est-ce pas ? Joie très humaine mais au fond déjà chrétienne. D'ailleurs, si l'on veut bien se rappeler certains récits des évangiles, ce fils devenu grand ne dédaignera pas les plaisirs de la table!

Jésus s'est mêlé au monde, il n'a jamais vécu hors du monde, à l'abri de la prétendue impureté de ce monde. Le pasteur Bonhoeffer a passé les deux dernières années de sa vie en prison dans l'attente de son procès et de sa pendaison le 7 avril 1945. En date du 17 décembre 1943, il écrivait à ses parents : « je n'ai pas besoin de vous dire combien grande est ma nostalgie de la liberté et de vous tous. Mais vous nous avez préparé des fêtes de Noël si incomparablement belles, que le souvenir reconnaissant en est assez fort pour éclairer un Noël plus sombre ». Voilà ce qui le porte dans le temps de solitude et de détresse qu'il traverse : le souvenir magnifique de Noëls fêtés fastueusement.

Alors, nous qui nous plaignons, souvent à juste titre, des difficultés de nos vies, devant ce miracle de la venue de l'enfant qui, malgré tout ce que l'on peut en dire, va bouleverser le monde, sachons nous réjouir sans retenue. Car il ne fait guère de doute que la joie de Marie est une joie mêlée, empreinte d'inquiétudes pour ne pas dire plus. A force de la représenter les mains jointes, en posture extatique, on oublie sa position de jeune femme confrontée à une situation extrêmement embarrassante dans le contexte de la société juive dans laquelle elle vit. Et pourtant elle accepte : « que tout se passe pour moi comme tu me l'as dit ». Maintenant elle a admis cet événement extraordinaire : non seulement porter un enfant au creux de son ventre (qui est déjà à lui seul l'un des plus grands miracles qu'il soit donné à vivre) mais il y a aussi une joie plus mystérieuse, plus profonde : la joie de porter une parole au fond de son coeur, celle de l'ange qui l'a visitée. En elle cohabitent un enfant et une parole. Pour être plus précis encore : c'est la parole qu'elle porte au fond du coeur qui lui permet de porter son enfant au fond du ventre, avec une grâce, une joie incomparable. L'ange ne lui a pas dit « sois sans crainte » (ce qu'il avait dit à Zacharie) mais: « sois joyeuse, toi qui as la faveur, la grâce de Dieu, le Seigneur est avec toi ».

C'est bien cette parole que Marie porte dans son coeur : le Seigneur est avec elle. A la joie de donner la vie se mêle la joie de sentir le Seigneur présent dans son existence. Et la question qui se pose à nous aujourd'hui dans les situations que nous vivons, dans les épreuves que nous traversons, c'est de savoir si nous sommes habités par la joie de porter une parole au fond du coeur. Sommes-nous habités par la joie des promesses exaucées ? Sommes-nous portés par la joie de savoir le Seigneur avec nous ? Aujourd'hui, ce qui menace notre Noël, ce n'est pas le manque de bonne volonté pour donner à cette fête tout le lustre qui lui revient ; ce serait plutôt de ne pas croire la parole du Dieu avec nous, de ce Dieu qui vient se mêler à nous, qui vient habiter en nous comme il a habité dans le ventre de Marie, qui vient loger chez nous comme Jésus a logé chez Zachée, qui vient manger avec nous comme Jésus a mangé avec les disciples et avec tous ceux qui l'invitaient.

Alors ne boudons pas la fête qui nous est donnée en ce jour de Noël !


Amen !


Daniel DELLENBACH