Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 04 mars 2011

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

1 Samuel 16/1-13

Ephésiens 5/8-14

JEAN 9/1-41





Cet homme est de Dieu


Respecter le sabbat

Chers frères et sœurs, nous voici devant une nouvelle histoire, texte qui occupe 41 versets. Ce texte, qui relate à la fois un miracle est aussi une forme de parabole, que l’on pourrait intituler « Qui voit, qui ne voit pas ».


Jésus voit, les disciples ne voient pas :

Vous avez bien en tête le déroulement de cette histoire, elle est racontée d’une telle façon qu’on est en plein de dedans. Elle commence par : « Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance ».


On peut imaginer cet aveugle accroupi le long d’une rue, avec une sébile qu’il n’agite même plus, résigné à son état, ajoutant au handicap physique, la misère et une détresse morale terrible, qu’on peut imaginer : pas d’avenir pour lui. No futur.


Et non seulement Jésus le voit, mais il le regarde et il va s’agenouiller pour se mettre à sa hauteur.

Et quand on imagine la scène, il est clair que les disciples, l’aveugle, ils ne pouvaient pas le voir, leur regard à eux, portait plus haut, plus loin, et de toutes façons ils ne voulaient pas le voir. A quoi bon d’ailleurs ?


Car ce type, s’il en était là, là où il est, il l’avait peut-être bien cherché, ou si ce n’est pas lui, c’est peut-être bien ses parents, ou peut-être même faut-il remonter encore plus loin.


C’est bien pratique de se poser ce genre de questions car pendant qu’on cherche la cause de sa situation, çà évite de chercher à savoir ce qu’on pourrait faire pour lui.


Les disciples, ils sont tout à fait dans l’air du temps. Les juifs vivaient avec cette épée de Damoclès : transgression, infidélité = punition.


C’est ce qu’ils avaient vécu lorsqu’ils furent emmenés prisonniers en exil à Babylone après la chute de Jérusalem en -587. Ils avaient été infidèles, donc ils étaient punis. Il fallait se reconstruire.

Mais ce mode de pensée, ils se l’appliquaient individuellement, surtout les pharisiens, et c’est bien pratique :

* cela permet de juger les autres, et de les regarder avec un petit œil condescendant,

* de se débarrasser de leur malheur et des questions que cela pose,

* d’attribuer sa propre bonne santé et prospérité à son innocence et sa droiture.

Ben voyons !


La question est de savoir si nous sommes totalement délivrés de ce mode pensée ou s’il n’en reste pas quelques miettes, ou pire, si nous ne sommes pas en train de replonger dedans :


* Rappelez-vous : lorsque le SIDA est arrivé, quelles furent les premières réactions que l’on ait entendues : S’ils l’ont attrapé, c’est qu’ils l’ont bien cherché ! Eh oui ! Et les infirmières et les toubibs ou les transfusés qui se sont contaminés sans le savoir, on les range dans les dégâts collatéraux, comme on dit aujourd’hui ?


* Et encore plus près de nous, dès qu’un sinistre arrive, que fait-on ? On recherche les responsabilités, la simple erreur devient une faute, la faute un délit, on est obsédé par les causes, comme si, après être tombé à l’eau on cherchait d’abord à savoir si quelqu’un nous avait poussé, plutôt que de chercher à s’en sortir au plus vite.

On est en plein dans notre texte : Jésus, lui, il nous tend la main pour sortir de l’eau, peu lui importe qu’on nous ait poussé ou que l’on ait simplement glissé.

C’est ce qu’il fait avec l’aveugle, l’aveugle qui le reçoit, il aurait tout aussi bien pu lui dire fiche moi la paix, laisse-moi dans ma misère, mais Jésus était probablement la première personne qui lui manifestait de l’intérêt depuis longtemps, alors s’est engagée une relation de confiance, avec ce Jésus qui est venu vers lui et qui l’envoie se laver les yeux à Siloé.


Et dès lors l’aveugle entreprend un itinéraire, physique d’abord, qui le mène à la guérison, et des ténèbres à la lumière, mais aussi sur le plan intérieur :


Car Jésus ne guérit pas l’aveugle malgré lui : c’est la confiance qui s’est établie entre eux qui permet à l’aveugle de lui obéir et d’aller à Siloé par une démarche personnelle qu’on peut résumer ainsi :

Confiance, obéissance, foi, lumière, ou salut.


Et ayant participé à sa guérison, l’ancien aveugle va naître à la foi : après la guérison physique, vient la guérison spirituelle. Et cette évolution spirituelle se manifeste par la façon dont il nomme Jésus ; tout au long du récit, cela évolue, et c’est là le signe d’un changement intérieur :

* Un homme appelé Jésus (v. 11) ;

* C’est un prophète (v. 17) ;

* Cet homme est de Dieu (v. 33) ;

* Le Fils de l’homme, le Seigneur (v. 35-38).

La boucle est bouclée, l’affirmation de l’apôtre Pierre, se confirme : Dieu nous a appelés à passer des ténèbres à son admirable lumière (1 Pierre 2/9).

Oui, Dieu « nous » a appelés, car l’histoire de l’aveugle, c’est la nôtre. Son itinéraire spirituel peut être celui de chacun de nous.

Alors bien sûr vient ensuite la discussion entre les pharisiens et l’aveugle, ou ses parents

Ces pharisiens qui passent leur temps à lire les Ecritures, dont pas un livre ne parle de la venue du Messie , Esaie, les Psaumes, même le dernier petit livre de leur Bible, Malachie, et ils ne voient en celui qui est devant eux, qu’un transgresseur qui guérit un jour de Sabbat, qui fait un miracle sans en avoir obtenu le droit, qui s’adresse à un autre pécheur, l’aveugle.

Ces pharisiens sont aveuglés par leur savoir, leur connaissance, leur pouvoir. Face à eux l’aveugle, avec sa simplicité, sa naïveté (ils leur demande si eux aussi veulent devenir ses disciples !!) il ne fait pas le poids. Alors, ils l’injurient, ils le chassent,

Cette rencontre contraste de façon saisissante avec celle qui va suivre, celle de Jésus, qui retrouve l’aveugle, pour une rencontre pleine de sérénité, de paix, une rencontre physique avec Jésus, et une rencontre spirituelle avec son Seigneur, son Sauveur, qui se conclut par ces mots : Je crois, Seigneur., mots que nous avons nous aussi prononcé un jour plus ou moins lointain.

Alors après avoir toutefois remarqué que quelques pharisiens furent ébranlés, troublés, comme on le voit souvent, nous conclurons avec le verset 39 où Jésus dit « Je suis venu pour une remise en question ». Selon sa pédagogie habituelle du retournement, Jésus nous déstabilise quand il dit « on vous a dit que, mais moi je vous dit que », ou bien « vous dites que vous voyez mais vous êtes aveugles », etc… ce que Paul reprend quand il dit ma force s’accomplit dans la faiblesse.

Ce retournement, cette déstabilisation sont nécessaires, pour que nous nous retrouvions nus, sans nos a priori, nos savoirs, sans aucun artifice, devant Jésus, comme cet aveugle.

C’est une condition préalable et nécessaire à une vraie rencontre avec Notre Seigneur. Et en ce temps de carême, le rencontrer c’est nous prosterner devant la croix du sacrifice, mais en sachant que viendra le 3° jour, celui de la résurrection, de la lumière et de la vie éternelle.

Voilà l’itinéraire intérieur que Jean nous propose dans cette histoire, alors si notre chemin croise une personne en grande difficulté, morale ou physique ou matérielle, plutôt que de s’acharner à savoir pourquoi elle en est arrivée là, rappelons-nous que cette rencontre peut être une occasion de manifester la Gloire de Notre Seigneur. Alors ne la loupons pas en sachant que nous ne sommes pas seuls dans ce cheminement, car Jésus est avec nous tous les jours jusqu’a la fin des temps, il nous l’a promis.


Amen !


François PUJOL