Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 13 Mars 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Textes bibliques:

Esaïe 43, 16-21

Jean 8, 1-11

Philippiens 3, 8-14


« Le jugement et le pardon »


C’est un texte sur le jugement et le pardon. Un texte qui nous montre l’antagonisme qui existe entre ces deux mots. L’un en quelque sorte excluant l’autre. On juge, alors on ne pardonne pas. On pardonne, alors on ne juge pas.

Les scribes et les pharisiens jugent et sanctionnent. Le Christ lui, pardonne. C’est le face à face de deux mondes eux aussi antagonistes, celui de la loi face à celui de l’amour que ce texte nous décrit.


Jésus doit faire face à un ennemi puissant et déterminé. Celui du parti de la loi et de l’ordre, qui fait de l’observation de cette loi le fondement de la pratique religieuse et qui, à force de tout ramener à la loi, l’a, sans s’en rendre compte peut-être, dénaturée. Pour prendre les mots d’aujourd’hui, on dirait qu’il s’agit d’un parti religieux comme il en existe hélas dans certains pays de nos jours. A chaque problème, à chaque situation, une réponse simple qui ne demande qu’à être exécutée, pas à être réfléchie. Face à l’adultère, la lapidation des deux coupables

Le contexte dans lequel se trouve Jésus n’est pas simple, car ce qu’il a en face de lui, c’est la loi de Moïse, que l’on résume souvent aux dix commandements, en oubliant qu’ils sont complétés par un véritable code de croyance régissant le comportement des gens entre eux dans tous les aspects de leur vie, un code de conduite morale et sociale. On dirait aujourd’hui que Jésus est en face d’une véritable culture, une culture funeste qu’il est venu pour dépasser.


Les scribes et les pharisiens connaissent bien le parcours de Jésus. Par les signes (le vin à Cana, la guérison du fils d’un officier royal, la marche sur la mer….), ils le connaissent aussi par son enseignement. Un enseignement qui ne laisse pas indifférent de nombreux juifs qui l’entourent et l’écoutent. Comme c’est le cas dans ce texte où il enseigne dans le Temple de Jérusalem. Et s’ils s’interrogent, ces scribes et ces pharisiens, sur le pouvoir de Jésus, c’est qu’ils supposent ou feignent de supposer que ce pouvoir lui vient du démon. Jésus a bafoué la loi à de trop nombreuses reprises. Et il ne faut pas faire comme Nicodème, notable juif, pourtant pharisien lui aussi, qui cherche à comprendre et l’interroge sur le sens de sa mission. C’en est trop maintenant, de plus en plus de gens le suivent. Il va tromper tout le monde. Il faut le confondre. C’est le sens de la question qu’ils lui posent : « Cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Dans la loi de Moïse, on nous prescrit de lapider ces femmes là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Ils tendent ainsi un piège à Jésus.


En posant cette question, les pharisiens savent bien que Jésus ne peut s’en sortir. Et la question n’est pas posée pour connaître le sentiment de Jésus sur la loi, ils connaissent la réponse, mais pour le confondre. De deux choses l’une, en effet, ou bien Jésus avoue que la femme adultère a bien enfreint la loi, et les pharisiens savent bien que Jésus refusera que le châtiment prévu par cette loi soit exécuté et ils lui demanderont pourquoi et le confondront. Ou bien il répond que la faute de la femme ne mérite pas un tel châtiment et en refusant ainsi l’application de la loi de Moïse, il se condamnera lui-même.

Jésus sait bien tout cela et dans un premier temps, il se tait. «  Se baissant nous dit le texte, il se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. » Etrange attitude. Comme si cela ne le concernait pas. Parfois quand on ne répond pas à une question, c’est que l’on est embarrassé. On va voir que ce n’est pas le cas de Jésus. Son silence est plutôt révélateur de la réprobation qu’il manifeste à l’égard des pharisiens. Et le silence peut être parfois celui de la méditation et de la réflexion face à l’agitation du monde, dont Jésus est le témoin, comme nous le sommes aussi face à des situations qui nous déstabilisent. Le silence a la vertu de nous permettre d’accéder à la connaissance de nous-même. Et il n’y a pas de mal de faire silence avant de se prononcer.


Mais ce silence n’est pas une attitude de fuite ou de refuge, et Jésus ne va pas tarder à se faire entendre, car ce monde où le bien est la loi et tout ce qui l’enfreint est le mal, ce monde-là n’est pas le sien. Et s’il manifeste d’abord sa désapprobation par son attitude, en se baissant comme pour s’isoler, ensuite, comme les pharisiens continuent de l’assaillir de questions, il se redresse puis, leur faisant face, il leur dit : «  que celui qui n’a jamais péché  lui jette la première pierre. »


Jésus refuse d’entrer dans un débat stérile sur l’adultère et la loi. Il ne leur fait pas remarquer que la femme est seule, alors qu’il faut être deux pour commettre un adultère et que la loi exige que les deux coupables soient lapidés. Il sait bien aussi qu’elle demande qu’au moins deux témoins soient présents pour les condamner, alors qu’aucun ne s’est présenté, et que c’est l’un d’eux qui doit jeter la première pierre. La demande des pharisiens est donc tout à fait illégale, mais Jésus ne veut pas en rester au niveau de la loi.


Par un extraordinaire renversement de situation, il nous montre bien que ce qui est en cause ici, ce n’est pas l’adultère de la femme, pas même la loi de Moïse, mais bien plutôt nous-mêmes et notre manière de nous comporter face à ces sujets et aux situations qu’ils engendrent. En révélant ainsi la sécheresse de cœur et le manque d’amour des pharisiens, il les renvoie, il nous renvoie, dans un face à face implacable avec nous-mêmes.

Après avoir écouté Jésus, les pharisiens se retirent l’un après l’autre. Les plus âgés les premiers, nous dit curieusement le texte. Peut-être la sagesse de l’âge ? Je ne sais. Ils ont sans doute compris quel abîme les sépare de Jésus, combien leur message et le sien sont incompatibles. Leur départ, c’est la rupture consommée entre deux mondes antagonistes. Là aussi, gestes et attitudes sont révélateurs de la nouvelle situation qui s’instaure.


Si les pharisiens partent, fuient pourrait-on dire, la femme adultère reste. Elle reste parce qu’elle se sent proche de Jésus et de son message. La complicité qui existe entre eux est illustrée par le dialogue final où Jésus la délivre de son péché. Jésus lui dit ; «  va et maintenant ne pêche plus », mais rien ne dit que cet encouragement à ne plus pécher va se réaliser. Et la femme ne dit pas grand-chose. Elle se contente de répondre à Jésus qui lui demande si personne ne l’a condamnée : «  Non, personne Seigneur ».Rien n’est dit de sa conversion possible. Et pourtant, tout nous fait croire qu’il s’est passé quelque chose et que le message de Jésus a été entendu.


Les pharisiens condamnent, Jésus pardonne. Le pardon est un acte qui libère l’avenir. Le pardon est accordé sans restriction mais non sans condition. La condition étant la repentance dont on comprend qu’elle est vraie pour la femme adultère, même si elle ne s’exprime pas directement. Une vie nouvelle s’offre à elle. Sa vie, après un passé douloureux, se tourne maintenant vers un futur plus radieux.

Les pharisiens sont tournés vers le passé qui fige les choses et évite les changements, sources de tous les dangers. Ne sommes nous pas souvent comme ces pharisiens, fuyant la réalité dérangeante du message de Jésus, et préférant le jugement à la réflexion, évitant de nous poser trop de questions, fuyant les remises en cause douloureuses. L’attitude de Jésus dans ce texte nous oblige à nous interroger sur ce que nous voulons pour que s’instaure un monde nouveau où l’amour remplacerait la condamnation. Pas de discours moralisateur, Jésus nous renvoie en nous-mêmes, face à nos choix.


On a ainsi progressivement dans ce texte la transition du monde de l’exclusion illustré par le comportement des pharisiens, à celui de la contestation dans le face à face de Jésus avec eux, pour se terminer par le monde de l’amour illustré dans le face à face final de Jésus avec la femme adultère.

Jésus nous montre dans ce face à face quelle doit être notre attitude face à l’autre, fut-il pécheur. Là non plus, pas de morale. Seulement la mise en évidence de notre responsabilité, de notre capacité à agir. Je te sais pécheur mais je sais que tu peux te sortir de ton péché si tu le veux, semble-t-il nous dire, je ne te condamne pas. C’est l’amour qui remplace la condamnation, la reconnaissance qui remplace l’exclusion, l’espérance qui remplace le désespoir d’une vie.


Jésus nous dit qu’il y a une attitude incompatible avec le message qu’il apporte aux hommes. Il nous dit que l’amour de l’autre, le regard qu’on lui porte est plus important que le respect de lois dépassées ou que des condamnations sans appel.

Il nous dit que si nous laissons le mal s’installer en nous, sans y prendre garde et sans le combattre, ce mal pourrait faire de nous ceux qui jugent et condamnent plutôt que ceux qui écoutent et qui aiment.


Mais il nous dit surtout qu’au-delà d’apparences souvent trompeuses, il existe en tout homme pécheur la possibilité d’une rédemption. Et on est là au cœur du message chrétien. Le péché, le malheur ou le simple fait de s’écarter du message divin n’ont pas un caractère irrémédiable. Avec l’aide de Dieu, avec la volonté de changer ce qui va mal en nous, nous pouvons retrouver la joie du partage de la paix et de l’amour, en nous et dans nos relations avec les autres.


Mais n’oublions pas, il nous faut savoir pardonner


Amen !


Jean Jacques VEILLET