Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 19 mars 2017

Gap (05000)

Lectures du Jour:

Exode 17, 3-7

Jean 4, 5-42

Romains 5, 1-8




Conversation sur le coup de midi


Quoi de plus simple qu'une petite conversation sous le coup de midi pour faire connaissance?,


Dieu passe son temps à entrer en conversation avec les hommes selon la Bible, avec Ève et Adam, puis avec Caïn, avec Noé, avec les habitants de Babel, avec Abraham, avec les prophètes… Pour Jésus aussi, il semble que la conversation soit pour lui la meilleure des façons de nous permettre d’accoucher de ce nouveau nous-même que Dieu espère.


Le ton dans ce récit, est bien celui de la conversation, avec des phrases courtes, où chacun parle à son tour et rebondit sur ce que dit l’autre. Jésus parle de ce qui les entoure. Il y a un puits, alors ils parlent de puits et de sources. Il a soif et elle vient chercher de l’eau, alors ils parlent de soif et d’eau. Mais Jésus oriente la conversation en utilisant ce quotidien très terre à terre pour en faire comme une image, une parabole des réalités spirituelles et du salut que Dieu donne. Non pas pour en sortir une théologie aussi profonde que le puits de Jacob mais pour creuser en nous une soif nouvelle.


Alors qu'est ce que la Bible, et particulièrement Jésus, cherchent à communiquer ainsi, dans un échange intime avec chacun ?

Si le salut était une certaine connaissance à avoir, si le salut était une Vérité à croire, si le salut passait par des choses à faire, ou une certaine idée de la justice… il aurait été plus efficace pour Dieu de produire une révélation massive et spectaculaire de la vérité. Par exemple avec une vision, ou avec une table de pierre tendue du haut des cieux, ou un texte dicté à un secrétaire méticuleux ? Ce serait clair, net et sans bavures ? Indiscutable et en plus, ça en jetterait!


Jésus aurait pu faire le professeur devant cette femme en lui révélant quelques bonnes vérités éternelles et essentielles. Il aurait pu agir en posant un geste fort, un geste qui montre l’importance de l’amour du prochain et du service de l’autre. C’est comme ça que nous aurions interprété un récit qui nous montrerait Jésus se lever malgré sa fatigue, roulant une lourde pierre comme le fait Jacob pour donner à boire à Rachel et son troupeau. Un peu comme dans les films où l'on en fait des tonnes!

Non, Jésus choisit un tout autre mode de relation.


Il choisit la conversation. Il est assis sur le puits, il est fatigué, il a faim et soif, il a laissé ses disciples partir faire les courses. La femme survenant, il choisit de lui faire la conversation, assis sur la margelle d'un puits. Et pourtant, il n'est pas « chez lui ». Loin de là. En général, il ne passe par la Samarie; il a plutôt tendance à l'éviter même si c'est le chemin le plus direct pour aller de la Judée à la Galilée.

Alors rien dans ce récit n'est anodin. On le sait bien Jésus ne fait jamais rien par hasard!


Voici donc qu'il choisit d'aller vers cette femme d'une autre contrée, d'une autre culture, d'une autre religion pour les juifs de l'époque. Il la rencontre sur ses terres, devant un puits ancestral dont seuls les samaritains ont dû hériter et donc peuvent puiser leur eau quotidienne. Et en plus il est un homme seul avec une femme qui semble ne pas être une femme ordinaire (le terme « plusieurs maris », même s'il n'évoque pas forcément des maris en chair et en os, semble la distinguer des autres samaritaines). Eh bien, il n'a « même pas peur »! C'est donc bien qu'il a un projet... Car Jésus ne fait jamais rien par hasard!


Alors, ils parlent de ce puits profond où semble-t-il, on trouve toujours de l'eau ne serait-ce que pour boire à condition de passer du temps et de l'énergie pour la trouver (je vous rappelle qu'il est midi et midi en Samarie, il fait chaud, le puits est profond et l'eau doit être tout au fond!)


Le puits de Jacob, c'est l'ancienne alliance, où la révélation de Dieu et sa bénédiction sont transmises au peuple par quelques rares champions, un Moïse, un Abraham, un prophète. C'est comme ces réservoirs que se constituaient les bergers, ou ces puits creusés qui contiennent un fond d’eau un peu croupissante. Au sens figuré, le puits de Jacob c’est la bénédiction de Dieu donnée à Abraham, bénédiction transmise à Isaac qui la transmet à Jacob, qui la distribue ensuite à ses fils et petits-fils constituant les 12 tribus d’Israël. La foi de cette femme consiste à puiser dans ce réservoir ancien de bénédictions, de puiser encore et encore dans la Torah, grâce à la science des théologiens, capables d’aller chercher le don de Dieu de plus en plus profondément dans cette ancienne réserve de sagesse et de bénédiction de Dieu.


Mais il est parfois difficile de puiser de l'eau d'un puits si l'on n'a pas de seau, si l'on est pas en forme pour y aller, si on ne fait pas partie des heureux élus qui en ont hérité ... Chaque jour il faut y retourner, certains hommes en sont dépendants, d'autres n'y ont pas accès et ils n'étanchent pas la soif. Autant d'images que Jésus utilise pour nous amener, comme la Samaritaine à voir autre chose.

Et puis, tant que nous pensons que le don de Dieu est un savoir révélé une fois pour toute, tant que nous pensons que le salut est un événement ou un acte comme un sacrifice sur tel lieu de culte, ou comme une personne mourant sur une croix… nous n’avons pas soif d'autre chose...


Alors, ce que Jésus va faire, au fil de cette gentille conversation avec la Samaritaine, c'est qu'il va l'amener peu à peu à voir au-delà de ce qu'elle est, de ce qu'elle présente, de ce qu'elle vit et découvrir elle-même la propre richesse qu'elle a en elle. Celle d'avoir, au plus profond d'elle, une source prête à jaillir. Et c'est en ce sens que Jésus nous fait tous passer de la tradition, du rite, de l'héritage à … un inconnu que nous ne soupçonnons pas toujours. Il a le don, par les conversations qu'il a avec nous et que nous avons avec lui au sujet de nos petits soucis, de nos familles, des autres dont nous lui parlons, de nous faire toucher l'essentiel.... Il nous amène à nous connaître, découvrir nos capacités et faire notre propre expérience, l'expérience de Dieu.


Cette eau, c'est ce que nous sentons jaillir au plus profond de nous lorsque nous nous sentons comme « touchés par la grâce » comme on dit! Je pense que vous avez tous ressenti à un moment ou un autre, l'impression d'être « touché au plus profond de vous »....Un moment magique, qui ne prévient pas mais nous inonde d'une joie immense. Ce n'est pas la tête qui pense, c'est tout notre être qui accueille. C'est ça je crois la source de vie que Dieu découvre en nous et nous fait découvrir... Repensez-y aujourd'hui, demain, je suis sûre que ça vous dit quelque chose à chacun de vous.


C’est le « pouvoir de devenir enfant de Dieu » nous dit Jean dans le prologue de son évangile. Cela rejoint ce que Jésus dit à la femme samaritaine, le salut qu’il apporte c’est qu’ « en elle jaillisse une source ».

Et la femme saisit au quart de tour ce que Jésus lui dit. Elle comprend très bien que Jésus ne parle plus d’eau mouillée, H2O, mais bien de l'eau au sens figuré.


La preuve, c’est que quand Jésus lui dit qu’avec le don de Dieu qu’il lui transmet, elle n’aura plus soif, elle répond immédiatement : Ah c’est bien, je n’aurai plus à revenir encore et encore à ce puits de Jacob, ce puits de Jacob qui laisse sur sa soif, alors que rien ne vaut une source jaillissante au fond d’elle-même. Une source de vie éternelle.


Par cette conversation, Jésus ne cherche pas à simplement élever la femme au-dessus des préoccupations domestiques pour lui faciliter la tâche. Il cherche à ouvrir en elle-même la source vive de la bénédiction et de la Parole de Dieu.

L’eau comme bénédiction, comme nouvelle alliance au-delà de l'ancienne basée sur la transmission de la loi. Une eau qui va être la spontanéité, la découverte de soi et des autres, le partage, l'annonce d'une bonne nouvelle pour tous les hommes (et non pas seulement pour ceux qui auraient hérité du puits transmis par leurs ancêtres).


Cette eau vive (vivante, vivifiante) c'est là l'essentiel du message de Jésus. Nous faire découvrir que nous avons en nous des capacités extraordinaires de « donneurs d'eau »! Il est venu parmi les hommes, il a parlé avec eux de tempêtes et de sècheresses, de pain et de poissons, de vigne et de raisin, de soucis familiaux (ah la vie de père de famille avec des ados ingrats...) etc... mais il nous a surtout toujours amenés à voir plus loin. D'abord en nous, ce qui nous fait nous lever le matin ou nous faire rester au lit, ce que nous attendons de notre bref passage sur terre et ce que nous pourrions faire de notre vie les uns avec les autres.


Il nous fait comprendre que la cruche et le puits auquel nous sommes habituées ne sont pas la source. Il ne se présente pas comme étant lui-même la source, bien sûr. Ni ses paroles. C’est Dieu qui est la source de cette eau de vie nouvelle.


Et pour nous amener à découvrir ce que nous pouvons faire, il ne nous fait pas de grands discours, il ne nous assène pas un code de lois, un modèle de pensée ou une connaissance qui nous écraserait. Il ne nous communique presque aucun savoir sur Dieu, ni d’ailleurs sur le salut qu’il apporte. Ce n’est certainement pas faute de penser Dieu car Jésus est manifestement un très fin théologien et philosophe. Parfois, au détour d’une remarque, comme en passant, Jésus laisse échapper un mot sur le fait que Dieu est bon, qu’il aime jusqu’à ses ennemis. Ce n’est que plus tard que des théologiens entreront dans cette recherche d’un savoir sur Dieu. Jésus manifeste l’amour de Dieu, mais il faudra attendre une lettre de Jean, peut-être 50 ans plus tard, pour voir prononcer ces mots lumineux « Dieu est amour ».

Jésus nous écoute, il entend ce que nous pensons, ce que nous savons (parce que nous avons tous un certain savoir), ce que nous ressentons; il nous laisse converser avec lui, de chose et d'autre et c'est le meilleur moyen pour nous amener à nous connaître et nous découvrir capables de faire avec lui.


Le ton même de la conversation dit déjà quelque chose de Dieu et du Christ . Ce n’est qu’avec quelqu’un dont on se sent proche que l’on peut entrer dans une relation intime. Et c’est là aussi quelque chose de l’Évangile qui se manifeste dans ce Dieu qui chemine avec nous, ce Dieu avec qui l’on a le droit de bavarder et qui est un Dieu qui ne nous prend pas de haut. Nous avons dans ce ton de la conversation déjà une révélation sur Dieu, ce Dieu que l’on appelle en hébreu l’Emmanuel, Dieu avec nous. Ce Dieu qui rend possible cette proximité, cette amitié, cette confiance. Dieu vient vers nous dans la relation qu'il établit avec nous.

Alors comment pouvons-nous faire jaillir cette source?


Et bien, nous pouvons commencer par bavarder entre nous, frères et sœurs de Jésus, nous parler, nous intéresser aux autres et à leur propre soif, comme le fait Jésus, comme le fait la femme en discutant avec Jésus et ensuite avec les gens de son village.

Nous pouvons réfléchir à notre foi comme nous l'avons fait (trop rapidement!) lors de notre AG à notre foi, sa place dans nos vies quotidiennes, au sens de notre existence. Pas besoin pour ça de « monter dans les hautes sphères »! C'est simple comme la conversation de Jésus et la Samaritaine sur un bord de margelle à midi: on parle de l'eau, du printemps qui fait lever les semis, d'une prière qui nous vient devant la neige du Chaillol ou la primevère du jardin; faire la conversation avec Dieu, c'est dire tout ce qui nous passe par la tête et par le cœur.


Donc oui, nous pouvons faire de la théologie, comme Jean, comme Paul, comme Saint Augustin, mais sans nous prendre pour la source, sans prendre notre propre lecture de la Bible ou notre expérience personnelle de Dieu comme étant l’eau universelle de la source.


Jésus nous le rappelle :

Ne vous faites pas appeler Rabbi (maître)

car un seul est votre enseignant,

et vous êtes tous frères et sœurs,

Et n’appelez personne sur la terre votre père

car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux.

Ne vous faites pas appeler enseignant,

car un seul est votre enseignant, le Christ.

(Matthieu 23:8-10).


Dieu est l'unique source et le propre d'une source c'est d'être au-delà de tout. Quant à nous, nous sommes les petits sillons que l'eau de Dieu va emprunter pour couler, se répandre et irriguer; ces petits sillons qui vont se rejoindre, se croiser, grossir, faire des inondations parfois ou disparaître pour mieux resurgir...


Bien sûr, nous ferons toujours des puits, des réservoirs de peur de manquer mais, Dieu dialoguant toujours avec nous et nous avec lui, la source jaillira inlassablement dans un cœur ou un autre et ça continuera.

C'est ça l'eau de vie vue par Dieu!


C’est ainsi que la femme samaritaine témoigne auprès de ses proches. Elle témoigne que le Christ lui a enseigné quelque chose tout en discutant de choses simples. Il lui a enseigné qui elle est, sa soif et sa recherche d’eau, et qu’une source en elle peut jaillir.


Notre théologie, nos paroles ne sont pas un enseignement sur Dieu, c’est un témoignage, le témoignage d'une conversation qui renvoie au Christ, qui lui-même renvoie à Dieu, c'est à dire à la source qui peut jaillir en nous.


Amen !


Isabelle Chabas-Christophe[1]


[1] Inspirée largement de la prédication de Marc Pernot (Culte du 28 sept 2014-Oratoire du Louvre)