Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 1 4 OCTOBRE 2 0 0 7

 Culte animé par l'Entraide Protestante du Gapençais,   Gap (05)

Texte biblique : 

Jean 4, 5-42





L'étrangeté de la différence


Qui donc est l’étranger dans cette histoire de samaritaine ?

L’étranger, pour nous qui connaissons ce texte, et qui connaissons des choses sur Jésus, est bien évidemment cette samaritaine, cette femme aux mœurs légères, issue d’un territoire ennemi de la Palestine, vraie terre du vrai judaïsme.


Elle, c’est l’étrangère, la différente. Lui, c’est le familier, le compagnon, le connu.

Pourtant, avec ce merveilleux récit d’une rencontre, je voudrais ce matin partager avec vous trois pistes inspirés de ce texte :

Tout d’abord l’étrangeté de la différence ; puis la rencontre ; et enfin le partage. Ainsi l’étrangeté de la différence.

Je reprends ma première question : qui donc est l’étranger dans cette histoire de samaritaine ? Et bien, l’étranger, le différent...c’est Jésus !!!

Tout d’abord, c’est lui qui est en territoire étranger ! C’est lui qui traverse un territoire où juifs et samaritains ne peuvent cohabiter. C’est lui qui foule une terre qui n’est pas la sienne !


Ensuite, c’est encore lui qui viole en quelque sorte la bienséance, les bonnes manières.

En effet, c’est bien lui, homme seul, qui va adresser la parole à une femme. Et ça, ça ne se fait pas !!! Non seulement ça ne se fait pas chez lui, mais je dirais encore moins chez les autres.

C’est donc Jésus qui a là un comportement étrange.

Etranger donc ; violant les règles comportementales ; demandeur de surcroît (c’est bien lui qui demande de l’eau à la femme).

Et si on pratiquait sur lui les fameux tests ADN qui font tant débat ces derniers temps, il n’est vraiment pas sûr du tout que l’ADN de Jésus et celui de Joseph auraient un quelconque lien !!!!

L’étrangeté de la différence, c’est bien Jésus qui la porte sur lui, en lui.

Et pourtant, cet étranger, il ne nous est pas étranger ! il nous est familier.


Ce récit nous montre alors bien qu’une situation, une personne, une attitude, des coutumes, des modes de vie nous apparaissent étranges, étrangères, différentes lorsque nous ne les connaissons pas. Et engendrent la peur, l’agressivité et le repli sur soi.

Et je ne parle pas là seulement de nationalité. La différence, quelle qu’elle soit, nous fait peur lorsqu’on ne sait pas comment fonctionne ce différent.

Le Sans Domicile Fixe nous fait peur, parce qu’il a parfois un look particulier, parce qu’il ne fonctionne pas comme nous qui recherchons dans nos maisons un sentiment de sécurité.


La femme battue nous fait peur, parce que la violence, nous ne sommes pas forcément psychiatres pour la comprendre.

La femme violée nous fait peur, parce qu’elle réveille des craintes pour nos enfants, et qu’après tout on ne connaît pas les raisons de ce viol.

La famille roumaine arrivée sur Gap, sans papier, nous fait peur ; parce que nous ne savons rien de leurs coutumes, de leurs habitudes, de leurs façons de vivre.


L’homme sans travail nous fait peur ; parce qu’il est l’image de nos propres craintes de perdre notre travail. On préfère le classer comme fainéant, c’est plus simple, plus rassurant.

Le handicapé physique, mental nous fait peur, parce que derrière un corps abimé, derrière un esprit fonctionnant différemment, nous ne savons pas quelle personne se « cache » réellement.

Le malade nous fait peur ; et si sa maladie était contagieuse...


Deux attitudes devant nos peurs :

Soit nous nous enfermons dans nos réflexes protectionnistes, et ne fréquentons que des clones de nous-mêmes, soit nous nous ouvrons à ces personnes, ces situations, en surmontant notre peur de l’autre.

Nous en venons alors à la rencontre.

Le différent du récit, nous l’avons dit, c’est Jésus. Dans sa simplicité d’homme fatigué, c’est lui qui va déclencher la rencontre.

Et tous les deux, étrangers l’un à l’autre, vont oser. Oser la rencontre. Oser une parole. Même si cette parole peut comporter une pointe d’ironie de la part de la femme.


Mais cette femme, elle a une histoire. Et son histoire pourrait la rendre muette, peureuse.

Cette femme, elle a eu plusieurs hommes dans sa vie. Une femme de mauvaise vie pourrait-on dire.

Elle a déjà une réputation qui lui colle à la peau, forcément. C’est bien pour cela qu’elle va puiser son eau à un moment, midi, où elle ne rencontrera personne.


Au moins, on ne l’accusera pas de s’intéresser aux maris des autres, et elle ne subira aucune réflexion désagréable.

Vraiment, elle a tout intérêt à garder sa langue dans sa poche et à éviter toute rencontre. Avec la réputation qu’elle a, si elle veut garder l’homme sur qui elle a mis le grappin en dernier, mieux vaut se détourner de tout représentant de la gente masculine !!!

Et pourtant, la rencontre va avoir lieu ; et cette rencontre va être possible, envisageable parce que chacun des deux a besoin de l’autre !!!

J’en viens alors au partage.


Cette samaritaine, cette femme que tout un chacun doit éviter, est surprise, déconcertée. En effet, quelqu’un vient de lui demander ...quelque chose !!!

Ca fait certainement bien longtemps qu’on ne lui demande plus rien, si ce n’est peut-être

de ne pas s’approcher à moins de 50 mètres des hommes mariés !. !!!!

Cette femme, elle est enfermée dans un rôle que seule son histoire explique, et que même Jésus ne critiquera pas. La situation est là.

Et au milieu de cette situation, Jésus va être en position de demandeur.

Demander quelque chose à quelqu’un, n’est-ce pas parfois une façon de le valoriser, de reconnaître qu’il a quelque chose à donner. N’est-ce pas parfois tout simplement le faire exister ?


Une relation à sens unique est-elle vraiment une relation ?

La suite de l’histoire, de la rencontre, montre que le désir de Jésus, sa soif physique d’eau, va réveiller progressivement un autre désir chez la femme samaritaine.

Et cet échange est surprenant. Jésus a-t-il besoin de quoi que ce soit ? Jésus fils de Dieu a-t-il besoin des autres ? A-t-il besoin de recevoir quelque chose de qui que ce soit ?

Il est tout de même intéressant de constater que Jésus demande. Il attend quelque chose de cette femme qui n’a rien...qui n’est rien aux yeux des hommes.


Alors, si jésus lui-même attendait d’une autre, peut-on encore croire que nous, nous n’avons rien à recevoir de ceux que nous voulons aider ?

Demander, c’est vraiment dans un premier temps réhabiliter l’autre dans sa capacité à être, dans sa dimension d’être qui a du sens.

Alors Jésus lui-même va pouvoir lui proposer maintenant, à son tour, une eau, une eau vive, une eau vivante, une eau qui donne la vie.

Partager. Partager ce que l’on a , même quand on pense ne rien avoir. Recevoir ce que l’on n’a pas, même quand on pense tout avoir !!

Cette rencontre entre Jésus et la samaritaine, ce sont autant de pistes pour nous et notre perception des autres.

Tout d’abord, souvenons-nous que nous-mêmes sommes étranges, étrangers aux yeux d’autres.

Parce que différents. Nous aussi, nous sommes différents ; et quelle souffrance d’être vus comme étranges par les autres. Quelle souffrance, quand on est âgé, d’être évités. Quelle souffrance, quand on est malade, d’être abandonnés ...

Nous ne sommes pas la norme ; nous sommes tous étranges ! Mais à partir du moment où nous prenons conscience que la rencontre avec l’étranger, celui qui est différent, avec moi qui suis aussi étrange, étranger, est une mutuelle richesse, parce que rencontre, parce que partage, que ce soit d’une main tendue, d’un sourire, d’un merci, d’un encouragement, d’une fleur ou d’un morceau de pain, là, je crois que nous comprenons notre mission, celle d’être ensemble plus humains, plus fraternels.


Et là, nous qui croyions donner, c’est alors que nous pouvons recevoir.

Mettons alors à bas nos à priori sur les autres, et nous aurons la surprise d’être enrichis de ces rencontres ; et le Christ lui-même sera au milieu de ces rencontres.


Amen !


L'équipe de l’Entraide