Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 15 mars 2015

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du jour :

2 Chroniques 36, 14-23

Ephésiens 2, 4-10

Jean 3, 14-21





Bonne nouvelle !


Il serait plus normal de lire dans l'Évangile : « Dieu a tant détesté le monde - ce monde corrompu, tordu, injuste, cruel - qu'il a envoyé son Fils unique pour mettre de l'ordre, une bonne fois pour toutes », comme un super-héros.

Mais, on sait comment ça se termine le type en question meurt à la fin, comme un criminel.

Non seulement l'histoire finit mal, mais en plus, c'est un échec puisque le monde est toujours aussi pourri qu'avant. Et 2000 ans de christianisme n'ont rien changé à ça.

Voire même l'on peut-être aggravé. Car quand on sait le nombre de personnes passées au fil de l'épée ou par le feu des armes au nom de la foi chrétienne...

Du coup, comment entendre ce texte où Dieu semble aimer le monde plus que nous.

Mais en fait, c'est quoi « le monde » ? C'est la planète terre ? Ce sont les 7 milliards d'humains qui la peuplent ? C'est les civilisations successives qui ont laissé tant de monuments ? Ou peut-être ce qu'on appelle le patrimoine immatériel mondial : les langues, les cultures, les cuisines, les musiques, les paysages etc. ?

En fait, le mot grec qui nous intéresse et que l'on traduit par « monde » ‑ existe en français dans des mots comme « cosmonaute » ou « cosmétique ;

Le cosmos ! Pour nous, c'est l'univers peuplé d'astres, de galaxies (et de beaucoup de vide). Mais pour l'auditeur de l'époque de l'Évangile, le « cosmos ne veut pas dire « monde » au sens où nous l'entendons : la planète Terre avec tout ce qui y vit, comme a pu l'admirer Thomas Pesquet depuis la station spatiale internationale.

Un petit détour par le dictionnaire de grec et l'on découvre que le mot « cosmos » veut dire plusieurs choses.

La première, c'est l'ordre. Le cosmos, c'est d'abord un principe qui régit et organise un ensemble.

La deuxième, c'est une fonction qui permet d'être équitable, juste et précis.

La troisième, c'est le système, comme le corps humain, l'univers, la nature rythmée par les saisons.

La quatrième, c'est la gratitude, qu'on manifeste par le présent d’un objet rare et précieux, comme un bijou.

Bref, le cosmos c'est un principe qui organise un tout pour que toutes les parties qui le constitue fonctionnent ensemble de manière à être bon, juste et beau.


C'est quoi ce monde que Dieu a tant aimé ?

Du coup, le monde que Dieu a tant aimé n'est pas le monde tel que nous le voyons - pollué, terrorisé, torturé, cruel - tel que nous le voyons, tel que nous le vivons, ou tel que nous voudrions qu'il soit.

Le monde reste un projet. Un projet de Dieu. Le projet de Dieu pour nous. C'est pour cela que le Christ est Christ et que nous sommes ensemble avec lui ce matin.

Le monde, reste une promesse à accomplir chaque jour. Patiemment et partiellement.

Le monde, c'est un ordre d'amour, universel, intemporel, éternel.

Le monde, c'est une fonction vitale qui nous conduit vers la justice, la paix et la liberté.

Le monde, c'est un système où tous sont solidaires et dépendants les uns des autres.

Le monde, c'est une gratitude dont Dieu nous témoigne en nous offrant la vie, en nous donnant la foi.

C'est ce monde que Dieu aime tant qu'il nous donne le Christ afin que nous ne nous perdions pas. Dans nos peurs imbéciles, dans nos questions futiles, dans nos haines débiles.

Pourtant, nous nous perdons quand même. Parce que la télévision nous renvoie une vision pessimiste de l'humanité. Parce qu'internet nous envoie des informations brutes, sans filtres, sans analyse critique.

Parce que les médias nous prévoient les pires catastrophes, écologiques, économiques, sociales et humanitaires.

Parce que notre quotidien nous voit vivre au ralenti, nous voit mourir à petit feu, nous voit nous confiner, nous calfeutrer dans nos habitudes, nos certitudes.

Ce monde-là, notre monde tel qu'il fonctionne, Dieu ne l'aime pas. Sinon, il n'aurait pas envoyé son Fils unique comme le dit le texte. Il ne l'aime pas, mais il ne le juge pas. Au contraire, par la figure du Christ, nous pouvons voir le monde avec compassion.

Ce monde qui souffle, qui souffre, qui suffoque... et qui ne sait pas qu'il est un projet de vie, de paix, d'amour.

Ce monde qui ne sait pas qu'il a un Père, un Créateur.

Or si le monde n'a pas de Créateur, alors il n'est pas une création. Alors il n'est qu'un pur hasard. Alors nous sommes des naufragés dans l'espace infini.

Alors la survie est le privilège des plus forts et des plus violents.

Comme une arche sans Noé où les animaux se dévoreraient les uns les autres.

C'est justement la loi du plus fort que l'Évangile conteste violemment.

C'est la loi du plus fort que le Christ condamne en se laissant condamner par elle.


Le monde n'est pas ce que nous voyons

L'Évangile nous dit ce matin que le monde n'est pas ce que nous voyons de lui. Car le monde c'est d'abord un univers régi par une ordre nouveau qu'on appelle l'amour. Cet amour qui est aussi concret que l'est la loi de la gravité terrestre. Cet amour qui est la fonction première du monde aimé par Dieu.

Cet amour qui fait de l'Église un système où la loi du plus fort ne s'applique pas.

Cet amour qui est la gratitude la plus simple et la plus précieuse à la fois.

Ce monde que Dieu aime, il est invisible, parce qu'il est en nous.

Chacun de nous en est un élément.

Et en vivant, non pas sous la loi du plus fort, du plus performant, du plus malin, du meilleur (parce qu'à force nous finissons nous-mêmes par devenir cyniques et pervers), mais avec la loi de l'amour, alors ce monde que Dieu aime tant, pourra exister.

Peut-être un temps, peut-être même qu'un instant... mais exister quand même.


Ce monde, c'est le Royaume de Dieu. Ce monde, c'est l'Évangile.

Et c'est le Christ qui en est le centre, de ce monde.

C'est ce monde que Dieu a tant aimé qu'il t'a appelé à en être citoyen.

Citoyen d'un monde vivable, désirable, agréable.

Sujet d'un royaume où l'amour est roi.

Oui, Dieu est amour.

Dieu n'est qu'amour.

Et en nous aimant les uns les autres, le monde verra qu'un autre monde est possible : celui de Dieu.


Amen !


Pr Arnaud Vandenwiele