Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 03 Avril 2016 

Culte à TRESCLEOUX (05700)

Lectures du jour :

Jean 20,19-31

Actes 5,12-16

Apocalypse 1,9-19




8 jours après...


Introduction

Frères et Sœurs, Christ est ressuscité ! C’est ce que nous avons proclamé Dimanche dernier, et ce sera dorénavant Pâques chaque Dimanche, Jésus entrant dans cette pièce, pour nous dire, comme il le fit en ce premier jour : La Paix soit avec vous !

Que s’est-il réellement passé dans cette chambre haute, le soir de ce jour (le premier Dimanche) ? Jean n’est pas très bavard : Les disciples furent dans la joie en voyant le Seigneur, et lorsque Thomas les rejoint, ils sont trop heureux de lui annoncer : Nous avons vu le Seigneur ! » C’est-à-dire, nous l’avons vu, nous !

Rien de plus. Et pour quel résultat ?


Vivants et morts

Car nous sommes dans un paradoxe incroyable :

Le premier Dimanche, malgré les portes verrouillées, Jésus apparaît aux disciples, mais prennent –ils pleinement conscience que celui qu’ils voient, n’est pas celui qu’ils ont quitté le soir de son arrestation ?

Devant eux se dresse le Christ ressuscité, le Fils de Dieu qui par sa résurrection a retrouvé pleinement son statut divin et la puissance qui va avec ? Ce statut qu’il avait abandonné[1] pour partager – pleinement - notre condition humaine.

Ils ont devant eux Celui qui a triomphé de la mort, celui qui nous annonce qu’en le suivant, la fin de notre itinéraire terrestre, ce n‘est pas la mort, mais la Vie, dans l’éternité retrouvée, dans la présence bienveillante de Notre Créateur.

La semaine suivante, malgré cette rencontre inattendue, inespérée[2] malgré le message de Jésus du 1er jour, Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie, la porte est toujours verrouillée, les disciples toujours enfermés.

On serait tentés de dire « tout ça pour ça » ! Quel paradoxe, mes amis : Jésus, le crucifié, mort dans les conditions que l’on sait, roule la pierre du sépulcre et renaît à la vie, alors que les disciples, ayant eu la vie sauve par leur trahison ou simplement l’abandon de leur Maître (sauf un), viennent s’emmurer dans cette chambre haute, cercueil symbolique pour ces hommes littéralement morts de peur !

N’est-ce pas un peu l’image que nous donnons de nous-mêmes de temps en temps si l’on est indulgents, assez souvent si l’on est un peu plus lucides ? Christ vient, nous rejoint, pour mettre à bas nos enfermements.


« La paix soit avec vous »

Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité, mais les disciples pouvaient-ils, pas plus que nous, prendre la vraie mesure de cet événement ?

Même si Pierre et Jean se sont rendus au sépulcre, si Marie de Magdala a vu le Seigneur, quelles conclusions en ont-ils tirées ?

Luc[3] est plus précis que Jean.

Et du coup ils restent murés dans cette chambre haute, leur esprit tournant dans le vide, torturé par des pensées multiples dont le dénominateur commun est la peur :

* Peur des juifs et des romains, qui vont les pourchasser,

* Remise en cause de ces trois années passées à suivre le Maître, durant lesquelles ils ont tout abandonné : et s’ils s’étaient trompés, si Jésus n’était pas celui qu’ils croyaient ? Quel gâchis !

* Mais si Jésus est réellement le Messie annoncé, que vont-ils devenir, eux qui l’ont abandonné au moment décisif, n’ont-ils pas à attendre le courroux du Dieu Créateur, ce courroux, ce jour de colère annoncé par les Prophètes ?

* Et maintenant, ils sont seuls, ils vont dorénavant devoir vivre avec cette absence.

Ils avaient donc Mille raisons d’avoir peur, y compris du Seigneur Lui-même. Et puis lorsqu’il apparaît, ces mots : la paix soit avec vous, redits une seconde fois pour qu’il n’y ait pas de doute :

Je vous connais mieux que vous-mêmes, je sais ce dont vous êtes capables et incapables, mais je vous donne ma paix, moi le ressuscité, le Fils éternel de Dieu.

Un vrai coup de massue, qu’ils reçoivent, les disciples ! Peut-être encore plus difficile à vivre que la peur qui leur tordait les boyaux cinq minutes plus tôt.

Voilà l’état initial de ce que sera l’Eglise du Christ !


Et notre Église aujourd’hui ?

2000 ans plus tard, nous aussi, nous avons bien besoin de cette annonce de paix.

Car nous aussi, nous sommes comme les disciples, comme scotchés par ce monde anxiogène, submergés de tous côtés par mille causes de peurs, chez nous, dans nos familles éclatées, ce chômage qui ne cesse de croître avec les incertitudes, les précarités qu’il véhicule, les flux migratoires sources de tous les fantasmes, ces conflits dont le nombre explose en même temps que celui des réfugiés !

Comment ne pas nous recroqueviller sur nous-mêmes, malgré nous, insensiblement ?

Comment ne pas désespérer, devant cette absence apparente de Dieu ? Se désintéresse-t-il de nous, de son Humanité ?

Et comment, dans cet état moral, pourrions-nous répondre à la mission que Jésus nous confie : Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie.

Cette Paix intérieure, donnée par le Christ est le préalable, le prérequis sans lequel nous ne pouvons répondre à cette mission :

Comment aller vers l’Autre, lui tendre la main, être en empathie avec lui, si nous n’avons pas réglé nos propres problèmes intérieurs ?

De même qu’il ne peut y avoir de Grâce sans repentance, il ne peut y avoir service du Seigneur sans avoir accepté, reçu Sa Paix et il ne peut y avoir de paix intérieure sans réconciliation avec Notre Dieu et pas de réconciliation sans acceptation de son pardon.

Voilà ce que Christ, en forçant nos portes et nos murs, vient nous donner, ce que Lui seul peut faire, car Lui, le crucifié, ressuscité le 3° jour, nous place au-dessus les lois maléfiques régissant l‘Humanité.

Il n’abolit pas le mal, inhérent à notre condition humaine, il nous en libère : avec Lui, nous ne sommes plus du monde, même si nous restons dans le monde.


Thomas, mauvais élève ?

Thomas, le dernier disciple dont Jean nous parle[4], Thomas est présenté le plus souvent comme le douteur de service, le fanfaron à qui on ne la fait pas.

Mais c’est plus complexe que cela : Dans un premier temps, il y a effectivement cette tirade où il exige de toucher la plaie du Christ pour vérifier que c’est bien Lui.


La part au doute

Le doute comme celui de Thomas pourrait nous éloigner, nous séparer de Dieu, mais le doute peut aussi être le compagnon de notre Foi, nous aider à construire notre pensée, à chercher sans cesse une rencontre plus profonde, plus vraie avec Jésus.

Thomas, avec ses doutes, était peut-être un chercheur de Dieu plus réfléchi, plus sincère que ses compagnons avec leurs certitudes naïves. C'est son doute qui lui a fait rencontrer non pas le Jésus d'avant, qu'il connaissait,; mais le Christ ressuscité, Son Seigneur et son Dieu. C'est notre doute qui nous entraîne dans un dialogue permanent avec le Christ. C'est ce dialogue constant qui éclaire nos convictions et finalement conforte notre foi.


Crois !

Et puis, Jésus apparaît devant lui, et lui parle, en concluant : crois ! Jésus place sa relation avec Thomas en dehors du registre de voir, de vérifier, de prouver, mais de croire, et c’est bien de cela qu’il s’agit, car si Thomas exigeait une vérification préalable c’est qu’il avait peur, peur de croire, de s’engager dans cette démarche de foi qui ouvre une porte sur des territoires inconnus.

Et Thomas va entrer dans cette démarche de Foi, non pas par ce qu’il aura vu : un homme au flanc meurtri, mais derrière cette apparence, Thomas aura rencontré Son Seigneur, et d’ailleurs, dès lors que Jésus l’invite à croire, plus besoin de mettre son doigt dans la plaie, Thomas reconnaît en Jésus Son Seigneur et Son Dieu (v.28)

Ce n’est pas de voir, qui nous fera croire, mais c’est croire qui nous fera voir ce qui qui est caché aux autres : Comparez les réactions de Pierre et Jean voyant les bandelettes ! Et Marie de Magdala qui voit le jardinier.

 et cela passe par l’expérience personnelle d’une rencontre, rencontre que Thomas a faite peut-être même bien avant les autres disciples.

D’où cette bénédiction qui nous est adressée par Jésus : Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru !


Conclusion

Nous sommes, nous aussi travaillés par nos doutes et nos hésitations. Mais le plus important, c'est de nous laisser redire qu'aujourd'hui, tels que nous sommes, le Christ vivant vient à notre rencontre, se tient au milieu de nous, nous accueille et nous donne sa paix. Avec elle, nous pouvons repartir, recommencer, nous laisser renouveler, nous laisser mettre en route, renaître pour une espérance vivante [5] .C'est à cela que le Christ ressuscité nous invite aujourd'hui. Avec Lui, nous pouvons prendre le risque de la foi, nous pouvons oser croire, devenir homme nouveau, femme nouvelle qui prendra en confiance, les chemins que Jésus nous indiquera.


« La paix soit avec nous ! »


Amen !


François PUJOL


[1] Voir Philippiens 2

[2] Pensez à la détresse des compagnons d’Emmaüs

[3] Luc 24/11-12 : Ils tinrent ces discours pour des rêveries, et ils ne crurent pas ces femmes. Mais Pierre se leva, et courut au sépulcre. S'étant baissé, il ne vit que les linges qui étaient à terre; puis il s'en alla chez lui, dans l'étonnement de ce qui était arrivé.

[4] Si l’on considère que l’Evangile de Jean se termine effectivement au chapitre 20, avec cette conclusion/programme du v.31 : Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom

[5] 1 Pierre 1,3