Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 10 février 2007

Culte à GAP (05000)

Textes bibliques:

- Luc 6, 20-23 (Béatitudes)

- Jean 20, 19-23

- 1 Cor. 13, 1-13


Croire...


"Maman, dit Kévin, à quoi ça sert de croire?"…

Les enfants ont toujours le chic pour poser des questions non seulement auxquelles on ne s'attend pas, mais aussi dont on ne sait pas comment répondre…"Maman, à quoi ça sert de croire", c'est aussi rude que "maman, comment on fait les bébés!!".

Et au fonds, les deux questions ont des racines communes…"Maman, comment vient la vie, à quoi sert la vie, c'est qui qui a fait la nature…"…

"Croire, euh…Attends, je réfléchis…"

"Maman, reprend Kévin, et pourquoi Dieu, on ne le voit jamais?"…

La pauvre mère s'effondre! Pourquoi son fils lui pose-t-il tout à coup ces questions-là?!

"Maman, continue Kévin, et Jésus, c'était qui ? C'était un homme ou c'était Dieu? Et puis, il est mort ou il est pas mort?"…

Là, la mère de Kévin a bien envie de répondre à son enfant que pour l'instant, elle n'a pas le temps de lui répondre et qu'on verra plus tard… Mais les enfants, quand ça a quelque chose dans la tête, ça ne lâche pas le morceau si facilement, et ça revient à la charge au moment où on ne s'y attend plus!!

Alors, cette maman décide d'inscrire son petit garçon à l'École Biblique!

Très bonne chose, me direz-vous! Qui dira le contraire?

Et puis, c'est vrai que cette maman se souvient que le jour du baptême de Kévin, elle et son papa s'étaient engagés à donner une éducation chrétienne à leur enfant…

Alors, ça tombe bien, notre Kévin, on va l'inscrire!!

Mais l'histoire ne se termine pas là…

Cette maman-là, elle est perturbée…parce qu'en inscrivant son enfant à l'École biblique, elle sent que c'est important que Kévin puisse trouver des réponses à ses questions…Mais si elle-même n'arrive pas à répondre à ces questions, c'est bien parce qu'elle ne sait pas très bien où elle en est avec Dieu…Elle sent au fond d'elle quelque chose, mais quoi? Elle sent aussi qu'elle ne prend pas trop le temps pour ça, mais du temps, elle n'en a pas!!

Mais en même temps, son enfant qui lui pose la question de l'importance du croire, ça la travaille, ça la remue…

Ça la remue parce qu'elle va voir sa mère tous les jours à l'hôpital, qui se débat contre une sale maladie…

Ça la remue parce qu'avec son mari, en ce moment, leur couple n'est pas en pleine forme…

Ça la remue parce qu'elle a aussi peur d'être dans la prochaine charrette dans son entreprise qui licencie en ce moment…

Et au milieu de toutes ces difficultés, elle se pose des questions sur Dieu, s'il existe…


Comme Thomas, le disciple, et comme nous, cette maman se dit: "Ah! Si seulement je pouvais le voir, le seigneur, mes doutes s'évanouiraient; je me sentirais plus forte pour affronter la vie; je pourrai lui parler avec plus de facilité…"


Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru! Dit Jésus à Thomas…

Croire…

Depuis la première Pentecôte, nous vivons un temps de l'Église ordinaire bien long, que l'on peut parfois vivre comme une sorte d'absence du Christ qui serait inscrit aux abonnés absents…Un vide désappointant…

Et c'est vrai que nous sommes comme cela, perturbés par la non-visibilité de Dieu, ou du Christ, souvent découragés, quelque part orphelins…

C'est notre tentation à tous de vouloir voir Dieu…Souvenez-vous de la femme de Loth, qui a été transformée en statue de sel à cause de ce désir plus fort qu'elle de vouloir voir Dieu…

Et puis, comme Thomas, nous aimons bien voir avant de nous faire une opinion…Dans notre ère du tout-commerce, où on ne conçoit pas qu’une vérité soit vrai si on ne l’accompagne pas d’image…Imaginez un Journal télévisé de 20h00 où PPDA nous annoncerait un attentat sanglant en Irak sans qu’il soit illustré avec des images « gore »… ! Non : on ne va tout de même pas adhérer sans voir!

Kévin, lui, il est perturbé aussi. Depuis son enfance, il a baigné dans des histoires de Père Noël, de cloches ou de lapin de Pâques qui sèment des œufs en chocolat dans son jardin, ainsi que la petite souris ramasseuse de dents de lait… Et lorsqu'il a compris que tout cela, c'était des légendes, il a mis Dieu dans le même panier!!

"Tout ce que je ne pourrai pas voir, maintenant, s'est dit Kévin quand il a compris la supercherie, moi, j'y croirai plus."

Mais le soir, dans ses draps, quand Kévin se retrouve seul, dans le noir, il aimerait quand même bien croire qu'il n'est pas seul; il aimerait bien que ce Jésus soit près de lui pour le rassurer, un peu comme sa petite veilleuse, mais en plus chaud dans son cœur…

D'ailleurs, c'est comme les disciples qui sont rassemblés avec Thomas…C'est le soir…

- A qui n'est-il jamais arrivé de voir l'angoisse surgir, entre chien et loup?

- D'avoir un petit coup de cafard et de voir ses soucis amplifiés devant l'arrivée du noir?

- A qui n'est-il jamais arrivé de se réveiller la nuit et de transformer les petits problèmes en insurmontables difficultés, de transformer les taupinières …en montagnes?…

Cette nuit tombante, c'est l'approche de la petite mort du sommeil, ce sont les ténèbres qui vainquent la lumière; cette tombée du jour, c'est toujours un mauvais petit goût de notre pire ennemie, la mort.

Et les disciples, dont Thomas, vivent dans cette peur, et dans l'enfermement, comme Kévin sous ses draps…

Après ce qui est arrivé à leur maître, aucun d'entre eux n'a envie de finir comme lui…voilà LA préoccupation!

Reste-t-il une lueur d'espoir pour qu'ils soient encore assemblés et non pas partis chacun de leur côté?

On peut imaginer plutôt que cette situation est comme un lendemain de fête…Kévin, lui ,en sait quelque chose: le jour dont il a le plus horreur dans l'année, c'est le lendemain de son anniversaire! …

Les lendemains de fête, on a du mal à se séparer, de peur de briser les souvenirs, ou par envie de continuer ces si bons moments passés ensemble …

Et puis, pour ces disciples, c'est aussi un moyen de se dire: "Non, je ne suis pas fou; d'autres que moi ont vécu la même chose"…Et tous ont besoin de cette mémoire collective, pour vivre, pour survivre.

Et c'est donc dans ce lieu clos, triste et déprimant, morbide, que surgit Jésus. Sa présence n'est plus soumise aux lois physiques et aux contraintes naturelles qui sont celles de l'homme avec son corps…

Voilà la résurrection: elle a opéré cette transformation promise dans les Évangiles: Jésus reste le même tout en étant différent.

Ainsi, tout à coup, il est là, parmi eux, et sa venue devient, comme de son vivant pour ceux qui le suivaient source de paix: "Shalom"! leur dit-il, ce qui n'est pas seulement comme notre bonjour, mais qui signifie le don effectif du salut, de la joie et de la paix…

Voilà ce qui fonde notre foi : un Dieu qui relève les morts, et a ressuscité son fils, Jésus-Christ…

La maman de Kévin, elle, a bien du mal avec cette histoire; elle a du mal à croire que ça ait pu se passer comme ça en vérité…D'ailleurs, quand elle était plus jeune et qu'elle allait au temple, elle a entendu un jour un pasteur dire en chaire que tout ça, le tombeau vide, la résurrection, les apparitions aux apôtres, c'était plutôt une image; que ça s'était plutôt passé dans la tête des apôtres; qu'ils s'étaient raccrochés à ça pour tenir le coup, mais que nous, on en a pas besoin pour notre foi; ce qui compte, c'est que Dieu aime l'humanité, point!!

Alors, même si les pasteurs n'y croient pas…Du coup, la Bible, elle a du mal à savoir ce qui s'est vraiment passé ou pas; et pour le coup, cette maman, elle qui n'a rien vu, elle a de sacrés doutes…

Les traces de crucifixion sur les mains et le côté de Jésus attestent pourtant que, malgré les conditions extraordinaires de la manifestation de Jésus ( que nous avons effectivement bien du mal à accepter, nous qui n'étions pas là!!) l'évangéliste ne veut pas que les lecteurs le prennent pour un fantôme ou une vision collective que les disciples auraient pu avoir grâce à la pénombre et au chagrin…

Les marques des clous et de la lance sont bien là pour proclamer que la personne qui est en face des disciples est bien le crucifié; et Dieu semble bien être là un pédagogue qui connaît le cœur de l'homme et son esprit cartésien bien résistant!

C'est alors que la crainte s'efface pour les disciples. La maman de Kévin connaît ça quand elle n'est pas bien et qu'elle arrive quand même à prendre sa Bible, et aussi un peu à prier, même avec ses mots à elle; tout à coup, elle sent Dieu en elle, elle sent la paix qui prend la place de ses angoisses…

Les disciples comprennent enfin cette résurrection inimaginable, bien qu'annoncée clairement de maintes fois par le Messie lui-même, et ils entrent dans une joie indescriptible.

Mais voilà; les apparitions ne sont pas une fin en elles-mêmes! Va alors commencer le temps de l'Église, ce temps où nous sommes encore aujourd'hui!

Ces apparitions sont "juste" là pour proclamer clairement la victoire de dieu sur la mort et qui, justement s'il peut vaincre la mort, peut continuer à être près de nous, Dieu puissant, Dieu de signes, Dieu vainqueur!

Alors, Jésus souffle sur ses disciples, et leur donne un avant-goût du Saint-Esprit; cet Esprit-saint que Jésus veut leur communiquer, c'est une façon de leur dire: "Ne regardez plus en arrière; ne vivez plus la tête dans le passé; Dieu est là qui sera présent pour vous accompagner dans votre tâche, dans votre vie".

En y pensant, la maman de Kévin se dit qu'elle aimerait bien ne plus s'enfouir dans les souvenirs du passé; elle se rend compte qu'elle est toujours tournée soit avec regret vers ce passé vraiment passé, soit tournée vers angoisse vers l'avenir en se demandant si…, comment…, avec quoi…, avec qui…etc.… Et elle se dit qu'elle ne vit pas le présent; elle a l'impression d'être victime d'une spirale de soucis qui lui fait perdre le temps de vivre le temps présent…

C'est ainsi que Jésus, au moyen de ce geste symbolique qu'il a de souffler sur ses disciples, communique l'Esprit qui, dès la Pentecôte, sera leur guide véritable, leur force et, quand il le faudra, leur consolateur… notre consolateur!!

Pendant ce temps-là, notre ami Thomas n'était pas là avec les autres disciples…Peut-être était-il plus courageux que les autres? Ou peut-être avait-il déjà commencé un travail de deuil…Ainsi, lorsque ses amis lui racontent ce qu'ils viennent de vivre, il ne croît pas!

Quand on a souffert dans la vie, on a du mal à attraper la perche qu'on vous tend…Chat échaudé craint l'eau froide…Le travail de deuil est parfois si dur qu'on n'a pas envie de recommencer tout à zéro parce que certains disent avoir vu le mort…

Thomas aura de la chance; il verra.

Après son incrédulité toute humaine, la foi retrouvée de Thomas va même au-delà de celle des disciples, puisqu'il donne à Jésus le titre le plus grand de tout l'Evangile: "Mon Seigneur et mon Dieu!"

Comme quoi, pense la maman de Kévin, si Dieu se montrait ne serait-ce qu'une fois par génération, au moins, on n'aurait pas tous ces doutes; les églises seraient plus pleines, les écoles bibliques, catéchismes et groupe de jeunes seraient de véritables succès!!

Cette maman, elle aimerait bien un petit signe; oh! Pas un prodige; juste un petit signe…


"Heureux ceux qui n'ont pas vu mais qui ont cru", se rappelle alors la maman de Kévin; et une lueur revient dans son cœur; cette béatitude dit bien toute la difficulté de croire sans voir le maître en qui nous voulons placer notre confiance; et elle peut donc être pour nous une véritable source de réconfort dans les moments difficiles de notre vie, dans les moments où nous nous sentons seuls, incompris, malheureux, mal-aimés.

Le soir est tombé… Il est l'heure de coucher Kévin. Et Kévin aime bien qu'on lui raconte une histoire avant de s'endormir; en ce moment, il lit le petit Prince. Sa maman commence la lecture:

"Moi, se dit le petit prince, si j'avais cinquante trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine… Le désert est beau à cause d'un puits qu'on ne voit pas. Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part"…

La maman de Kévin devient silencieuse…après toutes les questions qu'elle s'est posée, comme Thomas, elle comprend que le fait de ne pas voir Jésus-Christ n'est pas un obstacle à la foi; elle comprend que cette fontaine dont parle le petit prince, ce puits d'eau vive que l'on ne voit pas avec les yeux, c'est bien Jésus Christ, que l'on cache souvent nous-mêmes, que nous enfouissons trop profond dans nos vies, mais qui veut embellir le désert de nos vies, le désert de notre monde…

"Voici mon secret, dit le renard au petit prince. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux" …

Kévin se frotte les yeux, et puis pose une dernière question à sa maman: "Maman, à quoi ça sert, l'amour?"…

Ca fait beaucoup de questions pour cette maman! Mais c'est alors qu'elle se rend compte que la première question et la dernière se rejoignent: « maman, à quoi ça sert de croire? » et "Maman, à quoi ça sert, l'amour" ne font qu'une seule question, à laquelle la maman répond:

"L’amour, ça sert à vivre, Kévin, et croire, ça sert à donner un sens à cette vie".

Voilà la mission de l'Église; voilà la mission de la catéchèse; voilà le sens du culte : annoncer ce que Paul a si bien repris: "Trois choses demeurent: la foi, l'espérance et l'amour".

A nous de faire nôtres ces trois mots; à nous de savoir prendre le temps du culte pour les arroser dans nos vies; à nous de ne pas nous priver de cette eau vive que l'on ne voit certes pas, mais qui ne manquera pas de se révéler, Jésus-Christ, présence invisible pour les yeux,…mais pas pour le cœur!!


AMEN !!


Nathalie Paquereau.