Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

DIMANCHE 8 mars 2015

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Exode 20,1-17

Jean 2 13-25

1 Corinthiens 1,22-25



Dans quel Temple prions-nous ?


Jean, dans son évangile, ne parle pas de miracles mais de "signes". Parfois aussi, Jean appelle "signe" des actes de Jésus qui ne semblent pas à première vue être "miraculeux". Au-delà de l'acte lui même, c'est sa signification, le sens qui en est donné par l'Évangile, qui est important. C'est le cas de ce récit de l’intervention de Jésus dans le temple de Jérusalem, qui est donné par Jean comme un des premiers "signes" du ministère de Jésus, après la transformation de l’eau en vin aux noces de Cana.


Ce récit des marchands du temple est placé par les autres évangiles au début de la semaine sainte, juste avant la Passion, juste avant la dernière Pâque de Jésus, à la fin de son ministère. Jean, lui, place aussi cette histoire peu avant la Pâque juive, mais ce n’est pas celle de la Passion. Jésus retourne ensuite en Galilée et est au tout début de son ministère. Jean déplace cette histoire pour l’utiliser comme moyen de nous faire comprendre ce que sera l’enseignement de Jésus pendant son ministère, enseignement qui l’amènera à sa Passion et au sacrifice de sa personne sur la croix


Relisons le texte :

« La Pâque des juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem »

Tous les juifs pieux montaient à Jérusalem pour les grandes fêtes, et venaient sacrifier au Temple comme le prescrit dans la loi de Moïse .

Et Jésus, sans doute, monte au Temple pour sacrifier, comme il se doit

Mais en arrivant au temple, il est frappé par ce qu’il voit

« Il trouva dans le Temple les marchands de bœufs de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s’y étaient installés »

Pour sacrifier il faut des animaux : bœufs, brebis, colombes étaient là à disposition des pèlerins qui ne pouvaient pas venir de loin avec leurs propres animaux.


Et les changeurs de monnaie aussi, étaient indispensables, car chacun venait avec l’argent dont il disposait sur son lieu de résidence : la population juive au temps de Jésus est très dispersée dans tout le monde antique et l’on venait souvent de très loin, avec une monnaie impropre, impure, puisque frappée de l’effigie d’un monarque local considéré comme un dieu 

«Alors, s’étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple et les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : Otez tout cela d’ici et ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic. »

Et cette action par laquelle Jésus manifeste sa réprobation, personne ne la comprend, car tout se présentait absolument comme à l’habitude.

C’était la routine.


Il faut dire que le Temple de Jérusalem et son fonctionnement, a toujours été et reste encore de nos jours le symbole de l’attachement du judaïsme au Dieu unique d’Israël , attachement à l’alliance ancestrale de Dieu avec son peuple.

A l’époque de Jésus, la pratique religieuse était ponctuée par les sacrifices qui se pratiquaient exclusivement au Temple depuis sa construction par Salomon


Le Temple était composé de plusieurs cours successives, lesquelles n’étaient pas accessibles à tous : La première cour, le parvis du temple, était seule accessible à tous : aux étrangers comme aux juifs et c’était là que se tenaient, comme ils en avaient le droit, les vendeurs d’animaux et les changeurs de monnaie. La foule pouvait y être considérable et bruyante, comme dans un supermarché à la veille de Noël…

Alors pourquoi Jésus réagit-il et chasse-t-il tous ceux qui occupaient le parvis du Temple ce jour-là, comme à la veille de chaque grande fête 

Est-ce un geste de colère, comme on le dit souvent ?:

En a-t-il contre les marchands ? Contre les changeurs de monnaie ? Non, pas en tant que tels. On peut penser que c’est le bétail qu’il pousse dehors avec son fouet et non les maîtres qui vont suivre et il ne touche pas aux colombes, elles s’envoleraient et seraient perdues pour leurs éleveurs. Il ne veut pas faire de tort aux marchands, pas plus que de mal aux animaux. Et s’il renverse les tables des changeurs c’est un moyen de disperser une monnaie impure qu’il ne veut pas toucher.

Il n’en a pas non plus contre les pèlerins qui viennent sacrifier au Temple


Alors est-ce une simple anecdote ?

C’est beaucoup plus profond 

Jésus réalise, pleinement ici, que la pratique du temple qui devrait-être par les sacrifices, la reconnaissance de chacun envers l’amour de Dieu pour son peuple, est aujourd’hui dévoyée de son sens (et est devenue pour Jérusalem, non plus un geste religieux, mais une source de profits économiques et financiers).


Et pour les juifs pieux c’est devenu un simple rite obligé que Jésus dénonce:

« Vous faites de la maison de mon Père, une maison de commerce »

Si chacun fait son travail dans ce grand marché du temple, ce n’est plus uniquement dans le but religieux de répondre à l’amour de Dieu, mais pour faire des affaires. Tout ce qui se passe alors sur le parvis du temple participe à ce dévoiement

Derrière ce commerce et ces profits, ce que Jésus condamne sans le dire clairement c’est ce fonctionnement du Temple qui est aux mains des prêtres qui prennent leur part de tous les profits et surtout du Grand Prêtre dont tout dépend et qui en prend la plus grosse part.

Ce n’est pas la forme des sacrifices au temple que Jésus condamne en premier lieu, c’est l’esprit de lucre des sacrificateurs, et à leur suite des marchands qui ayant le monopole des ventes d’animaux et du change des monnaies gonflent leur prix au détriment des pèlerins.

Les juifs, qui n’auront de cesse de mettre Jésus en difficulté, lui demandent alors :


« Quel signe nous montreras-tu pour agir de la sorte ? »

Ils veulent un signe, un miracle, pour justifier, pour légitimer cette action qui met en péril le fonctionnement religieux habituel, et la prospérité de Jérusalem.

Action qui explique l’attitude future du sanhédrin, du Grand Prêtre, menacé dans sa fonction et ses gains, et de la foule prospère de Jérusalem qui réclamera la libération de Barabas au cours du procès de Jésus, pour garantir sa tranquillité et son niveau social.

Alors la réponse de Jésus,


« Détruisez ce temple et en trois jours je le reconstruirai »,

les laisse abasourdis : ce qu’ils entendent est totalement incompréhensible, impensable, irréaliste pour eux…qui prennent les mots de Jésus au pied de la lettre ; et Jean poursuit le texte:


« Mais Jésus, lui, parlait du temple de son corps » (c’est-à-dire du temple que représente sa personne)

Cet échange n’est présent que dans l’évangile de Jean qui a été écrit, comme vous le savez, longtemps après les faits.

Jésus évoque la destruction possible de ce temple, de cette demeure de Dieu qui a pris trop de place dans la cité, qui est devenu le symbole trop voyant de la religion officielle et de l’ordre établi.


Mais surtout, Jésus, tout imprégné de Dieu, sera lui-même la nouvelle demeure de Dieu, dans sa personne.

Et Jean évoque ainsi, en sous entendu, la crucifixion de Jésus le Christ et sa résurrection après trois jours.

Ce récit en fait est un appel à la conversion, qui, dans l’évangile de Jean, n’est pas explicite au moment du baptême de Jésus.

C’est en écoutant l’enseignement de Jésus et en le mettant en pratique, en étant dans son sillage, dans la même disposition d’esprit que l’on peut trouver la présence de Dieu, beaucoup mieux que dans un bâtiment prestigieux, avec tout le fourmillement d’un caravansérail.

Nous aussi, Il nous faut nous convertir, changer notre regard.


Et en venant ici ce matin, nous ne venons pas rencontrer quelqu’un qui fait des miracles, un magicien, nous venons rencontrer quelqu’un de tout autre,

pour être libéré de nos peurs, libéré de ce qui nous pèse, et réconforté dans notre vie de tous les jours

Nous venons rencontrer un Dieu qui veut que nous soyons debout, qui veut que nous avancions dans la vie en marchant sur nos deux jambes.

C'est pour cela qu'il nous donne ses commandements, cette Loi, comme un bâton de marche qui doit nous soutenir et nous aider à avancer.

Le début du ministère de Jésus marque un tournant. Le culte rendu à Dieu doit changer. Non pas que le culte soit aboli, mais ce n'est plus la forme que prend le culte, le rituel, qui est déterminante, c'est le comportement du croyant qui doit être radicalement différent. Vient le temps où l'on "adorera Dieu en esprit et en vérité" pour citer Jésus dans son échange avec la Samaritaine , un peu plus loin dans l’évangile

En ce temps de Carême qui nous fait avancer vers Pâques, nous sommes interpellés nous aussi sur notre manière d'aborder notre foi, sur notre manière de vivre notre foi, et de participer à la vie de l’église, de notre église,

Mais cependant, nous aussi, il nous faut changer notre regard


Est-ce que nous nous présentons devant Dieu pour lui rendre un culte comme si c'était un simple rite, une sorte d’échange : donnant-donnant? Ou est-ce que nous nous approchons de Dieu en disant " Seigneur aide-nous à avancer dans la vie comme des femmes et des hommes libres " ?

Le chemin de la liberté n'est pas un chemin facile. Et cela Jésus sait que ce sera toujours long et difficile et que cela sera de génération en génération toujours à refaire car  « Il sait ce qu’il y a dans l’homme », comme il le dit la fin de notre texte!


Avancer et être libre, c'est difficile, surtout aujourd’hui, dans un monde qui rejette trop souvent tout ce qui est de l'ordre de la foi. Mais c'est le prix de la liberté. C'est le prix à payer par chacun d'entre nous pour pouvoir être debout, et marcher, non pas comme des moutons , entravés dans toutes sortes de servitudes, mais marcher librement comme des femmes et des hommes aidés et soutenus par la Parole de Dieu exprimée par Jésus le Christ, porteur d’une foi exigeante au service du prochain, d’une indubitable Espérance pour le monde, et de l’Amour de Dieu pour l’humanité toute entière .


Amen !


Jean Jacques Veillet