Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 11 mars 2012

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du jour :

Jean 2 13-22

Exode 20,1-17

1 Corinthiens 1, 22-25



Les marchands du temple


Jean, dans son évangile, ne parle pas de miracles mais de "signes". Parfois aussi, Jean appelle "signe" des actes de Jésus qui ne semblent pas à première vue être "miraculeux". Au-delà de l'acte lui même, c'est sa signification, le sens qui en est donné par l'Évangile, qui est important .C'est le cas de ce récit de l’intervention de Jésus dans le temple, à Jérusalem , qui est donné par Jean comme un des premiers "signes" du ministère de Jésus.

Ce récit des marchands du temple est placé par les autres évangiles, ceux de Matthieu, Marc et Luc, au début de la semaine sainte, juste avant la Passion, juste avant la dernière Pâque de Jésus, à la fin de son ministère. Jean, lui, place effectivement cette histoire peu avant la Pâque juive, mais ce n’est pas celle de la Passion. Jésus retourne ensuite en Galilée et est au tout début de son ministère. Cette différence doit attirer notre attention et nous faire comprendre que vraisemblablement l'évangéliste Jean essaye de nous donner un signal particulier, de donner une importance particulière à cette histoire.


Cette histoire, qui est rapportée par les quatre évangélistes, est plutôt mouvementée. C'est même une histoire d'une violence assez étonnante. Jésus se fabrique un fouet avec des cordes et il chasse les marchands, leur bétail et les changeurs dont il disperse la monnaie et renverse les tables. Les frappe-t-il ou les menace-t-il seulement avec son fouet, l’histoire ne le dit pas, mais tout se passe dans la violence, dans un style qu’on imagine difficilement de la part de Jésus, lui qui tout au long de l’ Evangile de Jean est celui qui apporte la paix, qui donne sa paix. On a bien l'impression qu'il est en proie à une fureur, une folie qui le dépasse totalement. Lui dont on pourrait croire qu’il vient pour conforter le culte au temple, qu’il est celui que les juifs attendaient, le Messie annoncé par les prophètes pour rétablir Israël, il détruit ce qui permet justement le fonctionnement du culte.


En effet, les changeurs, les marchands étaient nécessaires au bon fonctionnement du culte, surtout à l'approche de Pâque qui correspond à l'un des plus grands pèlerinages obligatoires pour les juifs pieux, pour tous les juifs qui viennent de toutes les contrées environnantes. Ils ne peuvent pas se déplacer avec leur bétail, gros ou petit, destiné aux sacrifices, et les victimes doivent être conformes, sans défaut. Ils se déplacent avec de la monnaie de leur pays qu'il leur faut ensuite changer. Les monnaies nationales sont interdites d'usage dans le temple, puisque la plupart du temps elles sont frappées aux effigies des différents dieux de l'empire et en particulier de César. Ces monnaies sont donc des monnaies idolâtres, elles ne peuvent pas avoir cours dans le temple qui rejette toute forme d'idolâtrie, comme nous l'avons vu en lisant le texte d'Exode 20. Alors, il fallait bien un endroit où l'on puisse changer son argent, où l'on puisse acheter, pour les sacrifices, les animaux conformes à ce que prescrit la Loi de Moïse. Les changeurs et les marchands du temple étaient donc indispensables à la pratique du culte juif. D'ailleurs ils n'étaient pas à l'intérieur du bâtiment du temple, ils étaient dans la première enceinte, sur l'esplanade, à l'endroit profane où tout le monde pouvait accéder, même les païens.


Alors, on peut se poser la question : Quelle signification Jean tient-il à accorder au geste de Jésus, surtout au début de son ministère ? Qu'essaye-t-il de nous dire ? Jésus veut-il détruire le temple ? Est-il venu abroger le culte ? Rien n'est moins sûr. Mais il essaye vraisemblablement de pointer du doigt quelque chose d'extrêmement important, de pointer du doigt une forme de dérive dans les pratiques religieuses.

Reprenons le texte d'Exode 20 que nous avons lu tout à l’heure.


« C'est moi le Seigneur ton Dieu qui t'a fait sortir du pays d'Égypte de la maison de servitude. Tu n'auras pas d'autres dieux en face de moi ».

Dans ces deux versets, nous avons tout le résumé de l'histoire du salut : Je suis le Seigneur ton Dieu qui t'a fait sortir de la maison de servitude. Tout y est résumé. Le reste n'est en quelque sorte que du commentaire. Je suis le Seigneur ton Dieu et je ne supporte pas que ceux qui mettent leur confiance en moi soient dans la servitude. Et les idoles et la convoitise et les travers de la vie humaine ne sont que des servitudes que l'homme subit, et qu'il subit parfois avec délectation.


Dans le culte au temple, souvent ça n'est pas un chemin de liberté que les gens viennent chercher. Ils viennent au temple à Jérusalem, comme tous les croyants du monde, de toutes les religions et de tous les temps viennent dans les temples. Ils viennent chercher quelque chose, la réalisation d'un souhait, la réalisation d'un désir ; pour les uns, c'est plus de richesses, plus de réussites dans la vie ; pour d'autres, c'est la guérison d'une maladie ; pour d'autres encore, c'est simplement pour trouver une certaine forme de réconciliation avec soi-même. Tous viennent se tourner vers Dieu pour lui demander de résoudre un de ces problèmes personnels. Aucun ne se rend compte que ce Dieu qu'ils viennent voir là dans ce temple leur propose tout autre chose. Il leur propose d'être pour eux un père, un père qui va les prendre par la main et qui va les faire grandir et avancer, qui va essayer de leur apprendre à marcher, à marcher seuls et libres dans la vie.


D'une certaine manière c'est tout la conception juive du culte qui est remise en cause. Et lorsque Jésus bouscule les marchands du temple et les changeurs, lorsqu'il bouscule tout ce qui permet que le culte soit célébré «  de manière correcte », il pointe du doigt la manière dont ses contemporains voient le culte lui-même, la signification qu’ils donnent aux sacrifices, et la manière dont certains essayent de pervertir la Loi de Moïse que Dieu leur a donnée.


Et Jean nous montre un Jésus qui évoque la possible destruction de ce temple, de cette demeure de Dieu qui a pris trop de place dans la cité, qui est devenu le symbole trop voyant de la religion officielle et de l’ordre établi. Un Jésus qui sera lui-même la nouvelle demeure de Dieu, comme le dit explicitement le verset 21 : « Mais le sanctuaire dont il parlait, lui, c’était sa personne ». C’est en écoutant Jésus que l’on peut rencontrer Dieu, beaucoup plus que dans un bâtiment prestigieux, avec tout le fourmillement d’hommes et de bêtes qui l’accompagne.

Il faut changer notre regard. C'est ce que nous entendons depuis le début de cette année ecclésiale avec l'évangile de Marc. Convertissez-vous, changez votre regard, le temps de Dieu est arrivé. Et ce temps de Dieu, ça n'est pas celui que vous imaginez, ça n'est pas de la manière dont vous pensez ; c'est quelque chose de totalement différent, de totalement autre. Vous venez rencontrer votre Dieu pour être libéré, libéré de vos angoisses, libéré de ce qui vous pèse. Et vous n’allez pas rencontrer un magicien. Vous allez rencontrer un Dieu qui veut que vous soyez debout, qui veut que vous avanciez dans la vie en marchant sur vos deux jambes. C'est pour cela qu'il nous donne ses commandements, c'est pour cela qu'il nous donne cette Loi, comme un bâton de marche qui doit nous soutenir et nous aider à avancer.


Le début du ministère de Jésus marque un tournant. Le culte rendu à Dieu change. Non pas que le culte soit aboli, l'histoire de l'Église nous a bien montré le contraire. Mais ce n'est plus la forme que prend le culte, le rituel, qui est déterminante, c'est le comportement du croyant qui est radicalement différent. Vient le temps où l'on "adorera Dieu en esprit et en vérité" pour reprendre la discussion entre Jésus et la samaritaine.

En ce temps de Carême qui nous fait avancer vers Pâques, nous devons nous interroger nous aussi sur notre manière d'aborder notre foi, sur notre manière de vivre notre foi.


Est-ce que nous nous présentons devant Dieu pour lui rendre un culte comme si c'était une sorte de marchandage, marchandage qui s'exprime parfois dans des tractations comme" je te paye tant, je te sacrifie telle bête et toi en contre partie tu réponds à mes demandes "? Ou est-ce que nous nous approchons de Dieu en disant " Seigneur aide-nous à avancer dans la vie comme des femmes et des hommes libres " ?


Le chemin de la liberté n'est pas un chemin facile. Ça n'est pas à partir du moment où il a reçu la Loi que le peuple d'Israël tout à coup et magiquement va traverser le désert en quelques jours. Non. Il lui faudra 40 ans, 40 ans de souffrance, 40 ans, c’est-à dire une génération, toute une vie, de temps de réflexion. Avancer et être libre c'est quelque chose qui est souvent difficile, surtout dans un monde qui rejette assez systématiquement tout ce qui est de l'ordre de la foi. Mais c'est le prix de la liberté. C'est le prix à payer par chacun d'entre nous pour pouvoir être debout, et marcher, non pas comme des moutons, non pas prisonniers et entravés dans toutes sortes de servitudes, mais marcher librement comme des femmes et des hommes aidés et soutenus par la Parole de Dieu.


Amen !


Jean Jacques Veillet