Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 20 JANVIER 2013

Trescléoux (05)

Lectures du Jour :

Esaïe 62 1-5

JEAN 2 ,1-12

1 Corinthien 12,4-11



Noces de Cana : Le 1° Signe


Ah, les noces de Cana ! Ça tombe bien, en ce moment où l’on n’a jamais autant parlé de mariage, pour tous, Jean va peut-être nous éclairer.

Eh bien pas du tout, c’est loupé, car ce mariage n’est en fait qu’un prétexte, pour Jean, de nous donner un signe, un premier signe, à travers ce premier miracle de Jésus, en marche vers Jérusalem.


Un signe, des signes

Car le propos de Jean est clair : il nous le dit au chap.19: « Je vous ai écrit ces choses, afin que vous croyiez au nom du Fils de Dieu, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, » et son Evangile, nous en donne les signes : 7 signes, 7 miracles choisis par Jean, pour confirmer son prologue : Jésus est de toute éternité le Fils de Dieu, la Parole faite Chair, la véritable lumière qui éclaire tout homme.

Jean est singulier parmi les évangélistes, ce miracle n’est relaté que par lui, et si sa réalité historique n’est pas prouvée, ce sont les symboles qu’il véhicule qui comptent. Jean est aussi singulier parmi les disciples : Il est le seul à accompagner Jésus au Golgotha, les autres sont déjà allés se barricader dans la chambre haute, et en quittant la croix, après le dernier souffle de Jésus, il part en murmurant « Il est vivant », juste devant le centurion qui s’exclamera alors « Cet homme est vraiment le fils de Dieu ».

Donc en fait de noces de Cana, on ne sait pas grand-chose de ce mariage, on ne nous présente même pas les mariés, mais on nous parle de l’organisateur du mariage, de la fête, piètre organisateur, qui est en train de tout gâcher, qui n’a rien prévu comme il fallait. Seule l’intervention de Jésus, va permettre que la fête soit réussie, qu’elle se termine bien, sans que l’organisateur n’en sache rien, de cette intervention, puisque c’est le marié qu’il va féliciter.

Est-ce que nous ne sommes pas un peu, beaucoup, cet organisateur ? Que serait, qu’aurait été notre vie, si Jésus n’était pas intervenu pour en faire une fête, jusqu’à la fin ? N’aurait-elle pas été un triste gâchis, comme ces noces ratées ?

Mais nous pouvons aussi être comme les serviteurs, des intermédiaires, des transmetteurs de joie et de réussite, entre Jésus et ceux qui sont en train de se gâcher la fête, de transformer leur vie en catastrophe. N’est-ce pas d’ailleurs ce que Jésus nous assigne de faire, au dernier verset de Matthieu : « Allez, évangélisez les nations ».

Voilà déjà un 1° signe : Là où il y a désordre et confusion, Jésus est le seul à pouvoir remettre les choses, les gens, donc l’Humanité, à l’endroit, même s’il le fait en catimini, sans en avoir l’air, sans qu’on le sache forcément.

Le second signe, il est dans le texte lui-même. Si je relie la première et la dernière phrase du passage, cela donne ceci «Trois jours après, il manifesta sa gloire et les disciples crurent en lui ». On peut se demander : « Trois jours après quoi ? » pourquoi cette expression justement là dans ce texte ? Ou alors, Jean ne nous parle plus d’un mariage à Cana dont on ne sait pas grand-chose, mais du Christ ressuscité qui va épouser l’Eglise des nouveaux croyants ? Et comme au Golgotha, Marie est là, avec Jean, les premiers membres de cette nouvelle Eglise.

Car Jésus s'est en quelque sorte substitué au marié, en redonnant du vin lorsqu'il a commencé à manquer. Et Jean présente clairement à ceux qui entrent dans une démarche de foi, Jésus comme le véritable époux de ces noces messianiques annoncées par les noces de Cana. Voilà le second signe.


Les Jarres

Mais il nous faut aussi parler de ces six jarres de pierre, destinées aux purifications des juifs, donc des jarres utilisées pour les rites de l'ancienne alliance. Ces 6 jarres nous dit le texte, ne contenaient que 2 ou 3 mesures, d’eau, bien sûr, et servaient le plus souvent aux ablutions dans les rites funéraires.

Parce qu'elles sont vides, presque sèches, comme ont pu s'assécher les relations des hommes avec le Dieu d'Israël, Jésus les fait remplir d'eau – et les serviteurs les remplissent « à ras bord », jusqu'en haut, et comblent ce vide laissé par les « deux ou trois mesures » de chacune. Les vases de la mort contiennent désormais l'eau jaillissante et débordante d’une source de vie éternelle !

L'eau peut être en effet, un signe de mort, c’est l'eau de nos doutes, de nos désespoirs, de nos rancœurs, de nos désillusions, en un mot, de nos échecs. L’eau est aussi, par le baptême, signe de la mort de notre vieil homme. Changée en vin par le Christ, elle est le premier signe, signe pour nous de joie et d’espérance qu’une vie nouvelle peut jaillir de la dureté de notre cœur, comme le bon vin peut jaillir de la dureté d’une jarre en pierre.

Des objets liés au passé (les six jarres de cérémonial funéraire) contiennent désormais l'eau et le vin d'une vie nouvelle.

Mais le chemin sera long pour atteindre le septième signe, celui de la résurrection, là où nous pourrons goûter le bon vin, celui de la fête finale, mais il faudra passer auparavant par la croix et le sang de Jésus.

Voilà peut-être pourquoi Jésus dit à sa mère « Mon heure n’est pas encore venue », voilà pourquoi ce premier miracle se réalise en coulisses, car Jésus ne veut pas être pris pour un magicien, sa mission est d’un tout autre ordre, sa gloire annoncée est une réalité discrète, il faut le regard de la foi pour la discerner. Car seule la foi peut saisir ce paradoxe des évangiles : reconnaître le fils de Dieu dans cet homme agonisant sur une croix au milieu de 2 brigands.

L’organisateur des noces nous en apporte la démonstration, lui qui félicite le marié, ignorant la présence même de Jésus, ce qui fait rire en douce les serviteurs, eux qui, nous dit le texte « savaient bien » que seul Jésus était capable de remplir ces jarres, c’est à dire de combler tous nos vides tous nos manques, et de changer l’eau de la tristesse de nos vies en vin de joie d’une vie nouvelle en compagnie de Jésus.

Mais il y a autre chose à dire à propos de ces jarres : Elles sont 6, vous ne trouvez pas cela curieux ? alors que je vous parle des 7 signes de l’Evangile de Jean, que tous les évènements symboliques de la Bible tournent autour du chiffre 7 : la création en 7 jours, 7 jours entre les rameaux et la résurrection du Christ, vus comme une seconde création, celle d’un monde nouveau, les 7 Eglises de l’Apocalypse (de Jean), et là il n’y a que 6 jarres, comme si elles attendaient la 7°, comme si les temps nouveaux, inaugurés par la résurrection du Christ, n’étaient pas totalement achevés. Ils sont simplement « à l’œuvre ».

Cette 7° jarre ne nous sera offerte que lorsque « toutes choies seront accomplies », et c’est à nous qu’il revient de la faire advenir, et il ne suffit pas de demander à Notre Seigneur, dans notre prière « que ton règne vienne », mais il nous faut nous retrousser les manches pour que les choses commencées dans le désordre rentrent complètement dans l’ordre, et vous conviendrez qu’il y a encore du boulot. Mais notre Espérance est que la Gloire du Christ se manifestera un jour totalement dans son Royaume à venir, alors nous verrons les serviteurs apporter la septième jarre de vin nouveau, alors l’union du Christ et de son Eglise pourra être célébrée dans une noce symbolique, dans une harmonie enfin retrouvée, comme nous l’annonce Esaïe : « Comme un jeune homme s'unit à une jeune fille, ainsi tes fils s'uniront à toi»


Marie

Avant de conclure il nous faut aussi parler de Marie, qui n’est pas là pour faire de la figuration, car Marie fait le lien entre le peuple d’Israël dont elle porte la tradition et Jésus, dont elle sait, mieux que quiconque qu’il est le Fils de Dieu, porteur de la nouvelle Alliance. C’est elle encore qui après avoir été témoin de sa résurrection, devient servante du Seigneur et fondatrice de son Eglise.

Son intervention est donc déterminante : assise auprès de son fils, ou l'ayant rejoint pour l'interpeller, elle fait remarquer que le vin manque et que la fête risque d'être compromise. Jésus réplique un peu durement, mais elle ne s’en laisse pas compter, sa foi est capable de surmonter cette épreuve. Imperturbable, elle encaisse, comme on dit aujourd'hui, et prononce alors une toute petite phrase, qui est le résumé de tout le message évangélique, une petite phrase qui s’adresse à nous, aujourd’hui, les serviteurs qu’elle charge de remplir d'eau les jarres de la désespérance et des deuils des hommes, afin que Jésus, son fils, transforme cette eau en vin de la grâce surabondante.

Alors, écoutons Marie nous dire : « Faites tout ce qu'il vous dira. »

Amen !

François PUJOL