Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 13 MAI 2018

Orpierre (05700)

Lectures du jour :

Jean 17, 11-20,

Actes 1,15-26,

1 Jean 4,11-16





Dans le monde, pas du monde !


Frères et sœurs,

Le texte qui nous est proposé aujourd’hui est ce que l’on appelle la prière sacerdotale, dernière partie du dernier discours de Jésus, au jardin de Gethsémané, où Jésus avait l’habitude de se retrouver avec les 12.

Juste après ce texte, Judas arrive avec les soldats et vous connaissez la suite.

Si chronologiquement ce texte est situé juste avant le procès de Jésus, il est intéressant qu’il nous soit proposé ce matin, juste avant la Pentecôte, car s’il se nomme prière sacerdotale, c’est bien parce que Jésus, dans sa prière, demande au Père qu’il nous envoie dans le monde comme il a envoyé Jésus lui-même. Jésus nous envoie donc en mission dans le monde, voilà notre sacerdoce, à nous tous ses disciples, voilà l’origine de ce principe que nous appelons le sacerdoce universel[1].


Le propos de Jean

Ce texte se trouve dans le seul Evangile de Jean. Les 3 autres Évangiles, dits synoptiques car ils ont été écrits plus ou moins à partir des mêmes sources, présentent eux aussi les derniers moments de liberté de Jésus et sa dernière prière avec les disciples, dont ils font une narration factuelle :

Il se met à ‘écart[2] avec Pierre, Jacques et Jean[3], et c’est Jésus-l’homme qui apparaît, pris d’une terrible angoisse, dont les gouttes de sueur se transforment en sang, qui fait cette prière terrible : éloigne de moi cette coupe, puis aussitôt après : non, pas ce je veux ; mais ce que tu veux !

Jean, qui était avec Jésus à cet instant, nous fait un récit tout à fait différent. Que s’est-il passé, y aurait-il un mensonge quelque part ?

Entre les récits synoptiques et celui de Jean il y a au moins une génération de distance. Les communautés se sont développées, mais elles sont dans le doute : Jésus n’est toujours pas revenu, de sorte que Jean doit combattre deux tendances opposées :

* de ceux qui se lassent, dont la foi vacille, dont l’ardeur faiblit,

* de ceux qui sont convaincus que cette fois, son retour est imminent, et qui se retirent du monde pour mieux se préparer à ce retour.

Alors Jean utilise cette prière de Jésus pour exprimer, à travers ses paroles, sa conviction profonde, appuyée sur son expérience personnelle. Cette prière devient ainsi une confession de foi à l’usage de ces communautés adolescentes, que l’on retrouve, sous une forme différente mais avec le même contenu, dans toute la force de ce que l’on appelle le prologue de Jean[4], véritable confession de foi dans le Dieu trinitaire : Père/Fils/Saint Esprit.


L’unité

Et l’extrait de cette prière qui nous est proposé ce matin, commence par garde les en ton nom, afin qu'ils soient un comme nous sommes un.

Combien de fois ce verset aura-t-il été utilisé pour dénoncer les fauteurs de divisions, les dissidents, les schismatiques, qui rétorquent en retour ce verset de Jean 14/2 : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit. Je vais vous préparer une place.[5]

On est dans l’impasse si l’on en reste à cette compréhension de l’unité des disciples du Christ (en Christ).

Leur unité ne se fait pas par l’appartenance à telle ou telle religion, qui prétendrait détenir seule la vérité absolue.

Une telle posture laisse la porte ouverte aux persécutions, violences, bigoterie et pour finir aux guerres de religion. Et n’est-ce pas cette attitude qui est à l’origine de la persécution de Jésus lui-même et plus tard de ses disciples ?

Les religions ne sont que des créations humaines, des béquilles parfois fort utiles pour ne pas succomber dans l’épreuve, auxquelles nous pouvons être légitimement attachés pour des raisons autant culturelles ou familiales que spirituelles, mais la véritable unité, elle se fait par une communion spirituelle entre ceux qui sont en Dieu, garde les en ton nom demande Jésus au Père.

Alors, que nous soyons de telle ou telle famille ou que nos ancêtres aient été de telle ou telle autre, peu importe, dès lors que nous nous reconnaissons frères en Christ, baptisés du même baptême, proclamant le même Credo[6], rassemblés autour de la même prière.

Chacun d’entre nous est appelé à reconnaître qu’il y a dans la famille d’à côté, des hommes et des femmes de bonne volonté, des frères et des sœurs en Christ, et ne jamais nous dire que nous sommes les seuls à connaître Dieu. Dieu en est le seul juge.

Et nous serions pleinement frères et sœurs en Christ si nous pouvions partager cette unité autour de la Table Sainte, dans le partage du pain et du vin, tel qu’il a été institué par Notre Seigneur, dans le respect du sens que chacun donne à ce partage.

C’est certainement sur cette question de l’hospitalité eucharistique que nous avons tous ensemble un combat à mener pour pouvoir vivre pleinement cette unité.

Et puis il ne faut pas oublier l’amour, l’amour du prochain que Jésus nous a enseigné, qui doit nous faire regarder avec empathie et bienveillance tous ceux qui cherchent Dieu et mènent une vie remplie de Dieu. Ce Dieu qu’ils ont trouvé à un endroit différent de nous, mais qu’importe après tout, un endroit que nous nous devons d’honorer car lui aussi est sanctifié.


Dans le monde, pas du monde

Le second thème développé dans cette prière sacerdotale est celui de la sanctification des disciples, c’est à dire, leur mise à part, leur consécration, en un mot la question de notre rapport au monde.

Aujourd'hui, quelle est la quête de nos contemporains dans des domaines aussi divers que la vie personnelle et familiale, les relations sociales, la vie politique pour échapper à cette vie qui tourne en rond ? C’est la quête de sens, qu’ils croient trouver dans des mouvements ésotériques, des hommes providentiels, grâce à des coaches nouveaux gourous ou à travers des stages dits de développement personnel.

Voilà le visage aujourd'hui de ce "monde" dans lequel nous sommes immergés et duquel nous cherchons parfois à nous extraire, par des attitudes de retrait, d'échappement.

Le monde a pris les disciples en haine, nous dit Jésus, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme Lui n’était pas du monde. Oui, les disciples que nous sommes sont bien dans le monde, mais sans avoir été récupérés par lui. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que les autres, ils ne sont pas étrangers aux drames de ce monde, mais ils sont singuliers dans leur vie, sans compromission, sans complicité, une vie vécue dans la fidélité à la Parole qu’il leur a été donnée d’annoncer.

Les disciples que nous sommes ont été, depuis leur profession de foi, mis à part d’un monde où ils sont, mais dont ils se démarquent. En accueillant la Parole, ils parlent un langage de vérité et, en cela, ils seront toujours une singularité imprévisible, une résistance à un monde qui s’accommoderait bien des petits arrangements entre amis du même monde.

Voilà pourquoi ce monde fait obstacle à l'écoute de l'Evangile et à sa mise en pratique.


v.18 : De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde

Le disciple est envoyé, dans le monde, comme s’il venait d’ailleurs… Cet ailleurs a été inauguré par la mort et la vie de Jésus, qui s’est donné pour les croyants. Cet ailleurs, c’est le Royaume de Dieu, ici et maintenant, la patrie des disciples, que nous attendions tous pour nous ouvrir à l’espérance. Jésus, par sa résurrection, nous a montré le chemin, ouvert la porte, indiqué le passage à trouver pour ne plus tourner en rond dans ce monde clos.

On comprend dès lors que le monde, qui désigne ici l’ensemble des hommes qui, dans leur suffisance, ne s’intéressent plus à Dieu, le jugent obsolète, voire une survivance moyenâgeuse à l’usage de gens demeurés, puisse ressentir de la haine pour ces disciples.

La prière de Jésus est là pour nous rassurer, car elle nous place sous la protection du Père. Nous n’avons rien à craindre à rester dans le monde car nous sommes protégés, à travers ou au-delà des épreuves de la vie (v.15).

Ce monde, lieu de l’opposition au message de l’Evangile, voire à la personne même du Christ, est chargé d’une connotation négative. Et pourtant nous devons l’aimer. C’est la seule condition pour que nous puissions pleinement témoigner, annoncer cette Parole de Vie et que cette Parole de Vie soit reçue. Voilà ce pourquoi nous avons été consacrés, voilà notre mission aujourd’hui.


Et à propos de cet amour nécessaire, je voudrais vous lire la 3° lecture qui nous était proposée ce matin, dans la 1° lettre de Jean, 4, 11-16, qui est aussi une profession de foi.


Amen !


François PUJOL


[1] Voir 1 Pierre 2-9 : Luther affirmait ainsi que tous les croyants sont prêtres et égaux entre eux sur le plan spirituel. 

[2] A un jet de pierre : Voir Matthieu 26,36-46, Marc 14,32-42, Luc 22,39-46

[3] Les deux fils de Zébédée

[4] Jean 1, 1-14

[5] Vu le contexte dans lequel cette phrase a été prononcée par Jésus, il n’est pas sûr que cette interprétation soit la bonne, ou la seule possible !

[6] Celui dit « de Nicée Constantinople ». On peut en lire d’autres, écrits dans des circonstances particulières, sur notre site, page « liturgie-confessions de foi »