Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 05 Juin 2011

Inauguration Orgue GOLL (1856)

Orpierre (05700)

Lectures du jour :

Actes 1, 3-14

1 Pierre 4, 12-16

Jean 17, 1-11



« J’ai prié pour toi »


Les lectures qui nous sont proposées chaque jour ne sont pas choisies au hasard, vous l’imaginez bien, et vous aurez remarqué que ce dimanche étant calé entre l’ascension et la pentecôte, ces tous premiers versets des Actes des Apôtres relatant l’ascension de Jésus, annoncent également la Pentecôte :

« Ne vous éloignez pas de Jérusalem, et attendez ce que le Père avait promis, et que je vous ai annoncé : vous recevrez une puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre ».


Mais vous allez me dire, pourquoi, alors nous proposer la prière sacerdotale qui se situe juste avant la crucifixion de Jésus ?

Eh bien justement, la narration par Jean de cet évènement le place totalement en perspective de la pentecôte, je vais essayer de vous montrer comment, mais auparavant il faut resituer cette scène :

Nous sommes au pied du mont des oliviers dans un jardin où Jésus avait l’habitude se retrouver.

Ce sont les derniers instants de liberté de Jésus, juste avant que Juda n’arrive avec les gardes pour l’arrêter.

Jésus sait ce qui va advenir et arrivé au jardin, il se met à l’écart, avec Pierre, Jacques et Jean, pour prier avant cette terrible épreuve.


Et l’on a deux narrations totalement différentes de cette scène :

- Les trois évangiles synoptiques nous montrent Jésus l’homme, en proie à des angoisses humaines « Mon père, s’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi… puis très vite il se ressaisit : non, pas ma volonté mais la tienne ».

Luc ajoute qu’un ange apparut pour le fortifier, car sa souffrance morale et physique étaient déjà telles que des gouttes de sang perlaient sur son corps.

- Chez Jean, qui était aux premières loges, c’est un tout autre Jésus qui nous est décrit : C’est Jésus le fils de Dieu, qui parle de l’achèvement de sa mission, de l’accomplissement des écritures : « Père l’heure est venue ! Glorifie ton fils afin que ton fils te glorifie », c’est la confiance de Jésus qu’après le martyre de sa crucifixion, viendra la gloire de sa résurrection.


A ce stade, il faut préciser 2 choses :

- Jean a vu la même scène et entendu les mêmes paroles que Matthieu, qui était aussi à Gethsémani, mais pour Jean, Jésus est d’abord le Fils de Dieu, la Parole faite chair. Si Jean présente un Jésus plus serein, pensant à la gloire du Père, c’est qu’il est déjà passé au-delà de la croix et du sacrifice. Tout est déjà dit dans les 14 versets de ce que l’on appelle le prologue de Jean 1, dont je vous lis le verset 14 :

« Et la parole a été faite chair, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père ».

- Jean écrit son évangile très tard, plus de 50 ans après ces évènements, dont les témoins disparaissent peu à peu. Il s’adresse à la 2° génération, qui n’a pas vu mais qui a cru, et qui se sent frustrée car elle ne sait pas exactement si les promesses du Christ sont pour elle, si elle aussi est au bénéfice du Saint Esprit répandu sur les apôtres.

C’est pour cette 2° génération et pour nous, la 80°, ses successeurs, que Jean écrit cette prière, sacerdotale, car elle nous pousse à poursuivre la mission confiée aux disciples.


Alors que les évangiles synoptiques en restent à une narration factuelle, on pourrait dire au 1° degré, avec la prière sacerdotale, Jean est en train de construire la théologie chrétienne, centrée autour de la mission de Jésus-Christ fils de Dieu, venu sur terre pour nous et resté parmi nous, après sa résurrection et son enlèvement le jour de l’ascension par l’intermédiaire du St Esprit.


L’intercession

Et on en vient à la prière elle-même, cette prière où Jésus inaugure quelque chose de totalement nouveau : il prie pour ses disciples, pour les siens, ceux que son père lui a donnés, il invente la prière d’intercession : « Je te prie pour ceux que tu m'as donnés ».

Vous l’avez bien compris, c’est de nous que Jésus parle. Les dernières paroles de Jésus avant son arrestation sont pour nous, les siens, ceux qui un jour ont proclamé « Jésus Christ est mon Seigneur », peut-être bien même, dans ce temple, il y a quelques décennies.

Certaines versions traduisent : « je te prie pour mes frères », ce qui est tout à fait cohérent avec Matt. 5/45, après les béatitudes :

« Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux »


Ainsi Jésus crée une nouvelle filiation. En tant que juif, il ne renie pas sa généalogie, si importante pour les juifs, au point que les premiers versets du NT, retracent toute sa généalogie depuis David, afin que les prophéties se réalisent : 39 générations. Il est pleinement le messie de David, né à Bethléem, mais il vient aussi d’ailleurs, et à partir du message de Jésus le mot fils/fille n’est plus lié au seul lien du sang (ce qui est impensable pour les juifs), il y a là un glissement de sens qui a pour nous chrétiens une forte dimension théologique : on est fils ou fille par la foi, le seul lien du sang qui nous unisse, c’est le sang du Christ.

Jésus instaure une nouvelle filiation, une filiation spirituelle, pour ceux qui croient en lui, en sa mission par la croix, pour ceux qui acceptent la rédemption de leurs péchés, ou si on le dit autrement, la libération de notre condition humaine si imparfaite.

Il fait de nous ses frères et sœurs, et c’est par lui que nous accédons au statut d’enfants de Dieu, ce qui nous permet de commencer la prière qu’il nous a apprise par « Notre Père ». Relisez l’ancien testament, ou simplement feuilletez les Psaumes, vous verrez le psalmiste implorer Dieu, ou louer l’Eternel, ou YWHW, mais jamais à « Notre Père », jamais non plus pour ses frères. Les juifs sont dans une relation strictement verticale avec Dieu. Avec la prière d’intercession instaurée par Jésus, la relation devient aussi horizontale.


Et cette filiation par le Saint Esprit fait que nous sommes, entre nous, de véritables frères et sœurs, unis en Christ, qui nous unira encore plus concrètement tout à l’heure autour de cette table.

Par la prière sacerdotale Jésus nous fait savoir qu’il prie pour nous.

Cette intercession fait entrer Jésus dans notre vie quotidienne, elle met notre communauté humaine en relation directe avec Dieu, le père de notre frère, chaque jour.


Jésus n’a pas été enlevé (ou élevé) il y a 2000 ans pour revenir à la fin des temps et entre les deux on se débrouille comme on peut.

Non, Jésus l’a bien dit « je suis la porte». Il est en effet la porte d’accès, par cette communion dans la prière, à la dimension divine, inaccessible, impensable pour nos esprits, et que nous pouvons pourtant contempler chaque nuit en levant les yeux vers ce beau ciel de nos Alpes du Sud. Et chaque nuit nous pouvons participer à cet Infini, cette Eternité, inaccessibles à nos raisonnements, mais dont nous devenons pleinement membres par notre foi. Et dès lors, notre participation à cet infini de l’Espace, à cette éternité du temps nous libère de la fascination paralysante que peut exercer sur nous notre mort biologique. La vie éternelle commence aujourd’hui.

Donc, Jésus a prié pour ses disciples, sans trop s’éloigner de façon à ce qu’ils le sachent, et Jean l’a écrit pour que de génération en génération, l’Église annonce que le Christ a prié pour toute l’humanité, parce que son Père la lui avait confiée.


Mais croire en Christ, prier pour nos frères ne constitue ni pour nous ni pour eux une assurance tous risques, çà se saurait.

Jésus prie pour son Père de nous préserver du mal.

Le mal qui peut nous atteindre, ce peut être quelque péché, capital ou véniel, mais c’est surtout être submergé par les épreuves que tout un chacun subira au long de sa vie, ne pas pouvoir les surmonter, tomber en désespérance, lâcher prise, laisser notre vie ne devenir qu’une succession de concours de circonstances.


Voilà ce dont Jésus veut nous garder, par son intercession auprès du Père, renforcée par notre propre prière pour nos frères.

Mais comme Jésus l’a fait pour nous, faire savoir à nos frères que l’on prie pour eux participe à l’action de la prière elle-même : Imaginez la force que peut procurer à une personne dans la souffrance, la maladie, la solitude, l’abandon, de s’entendre dire « Je prie pour toi ».

Cela a de quoi redonner l’espérance, la confiance, se remettre soi-même à dialoguer avec notre Seigneur, reprendre la vie dans le bon sens.

C’est peut-être ce que l’un ou l’autre d’entre nous vit en ce moment même.

Alors je vous pose la question : Quand avez-vous dit pour la dernière fois à un frère ou une sœur dans cette situation, « Je prie pour toi ? »


Et depuis combien de temps ne vous a-t-on dit « J’ai prié pour toi » ?

Regardez bien vos agendas de cette année ou peut-être même de l’an dernier ?

Si l’on regarde l’agenda de nos paroisses de la région PACA, on s’aperçoit que moins d’un tiers ont des réunions de prières dans leur propre agenda.


Ce constat doit nous amener à cette question : que seraient nos églises sans la prière d’intercession ? Des associations, comme tant d’autres, porteuses d’un message vaguement humaniste, Est-ce bien cela le message qu’il nous a été demandé de transmettre depuis la première Pentecôte ?


Alors, en sortant de ce temple, soyez fortifié à l’idée que vous êtes dans la prière de quelqu’un qui vous aime. Continuez de porter ceux que vous aimez dans vos pensées et vos prières, portez aussi avec persévérance nos frères et sœurs plus ou moins lointains, mais n’oubliez pas de le leur dire ou de leur faire savoir.


L’orgue

Je voudrais pour conclure vous lire les derniers versets de cette prière sacerdotale :

« Ils sont dans le monde mais ils ne sont pas du monde. Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. »

C’est de nous que Jésus parle. Nous sommes dans le monde, non pas pour vivre à l’unisson de ce monde, mais pour lui rappeler la présence et le message de Notre Seigneur, message que ce monde n’est toujours pas prêt à recevoir tant le spectacle qu’il nous donne à voir est à l’opposé de l’enseignement du Christ.

Par quel moyen, comment témoigner, voilà une question qui nous est posée chaque jour.


Au 18°, un homme, disposant de quelque don particulier, JSB a choisi la musique pour amplifier l’œuvre réformatrice de Luther, entamée 2 siècles plus tôt, et c’est avec l’orgue qu’il a pu le mieux exprimer sa foi, faisant de l’orgue l’instrument privilégié de la musique sacrée et des célébrations cultuelles.

Alors, bienvenue à cet orgue que nous accueillons dans ce temple, et merci à Guy Raffin d’avoir persévéré dans cette idée qu’il nous présenta il y a déjà 2 ou 3 étés.


Si cet orgue peut, par ses accents, joués par des mains expertes, et un pied léger, toucher le cœur de nouveaux visiteurs ou auditeurs, alors nous pourrons en rendre grâce à Dieu, et n’oublions pas que J.S. Bach, que les allemands surnommaient le 5° évangéliste, signait ses œuvres de ces trois initiales : SDG, l’un des 5 piliers de la Réforme : à Dieu seul la gloire. En toute circonstance.


Amen !


François PUJOL