Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 10 mai 2015

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

2 Rois 16 à 10 et 27 à 11

Jean 15, 9-17

1 Corinthiens 15,16-20


 



« …comme Jésus vous a aimés »


Ce texte fait suite à la parabole de la vigne qui était le texte de dimanche dernier, et fait partie des discours d’adieu de Jésus à ses disciples. Il essaie de les préparer à sa mort, et à ce qui va se passer avant et après. Et comme l’évoquait l’image du cep et des sarments, il leur délivre un message qui doit les faire tenir, tenir ensemble et rester fidèles. Message dont l’actualité ne s’est jamais démentie, et qui vaut pour nous aussi aujourd’hui.


Ce texte semble au premier abord une répétition du même message. En fait, les différences de phrase à phrase, entre amour et amitié et, en écho, entre commandement et service à rendre, sont importantes et donnent tout son sens à ce texte. C’est ainsi que nous allons articuler son analyse.

Les mots « amour » et « aimer » sont au cœur de ce texte ! Entendons nous bien, il y a en grec trois mots de sens différent qui se traduisent tous par amour. L’évangéliste n’utilise pas le mot qui désigne l’attachement filial, amical, ni celui utilisé pour l’amour passion, sensuel, mais celui qui est décrit ainsi par Paul dans la première épitre aux Corinthiens : « l’amour est patient, il rend service, il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout ». C’est de cet amour que Dieu a aimé son fils ; de cet amour que Christ nous a aimés, et qu’il nous invite à nous aimer les uns les autres.

En fait, et c’est un premier paradoxe, Jésus n’invite pas ses disciples à un tel amour, il le leur ordonne : « Demeurez en mon amour », c’est un impératif, et de même plus loin « voici quel est mon commandement : aimez-vous les uns les autres ». Et nous nous interrogeons : peut-on commander d’aimer ? A notre époque, cela parait étrange. Mais pour les disciples, comme pour nous, lecteurs de l’ancien Testament, ce n’est pas étonnant : rappelons nous les textes du Deutéronome et du Lévitique : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée » ; et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».Ce sont déjà des commandements!


Autre étonnement, autre paradoxe : l’amour peut-il cesser, avoir été et ne plus être ? il le semblerait, si l’on fait attention aux temps utilisés dans le texte. Les Bibles en « français courant » ont tout mis au présent : « Je vous aime comme le Père m’aime »; mais le texte grec est bien au passé…. « Je vous ai aimés dit Jésus, comme le Père m’a aimé » ; Cela veut-il dire que c’est fini, que le Père ne l’aime plus ? et que Lui, il ne nous aime plus ?

La réponse à cette question est, bien sûr, dans le texte : Jésus nous rappelle que c’est le Père qui l’a aimé en premier. C’est le préalable de tout, le Père aime d’abord, il donne son amour dès le commencement, il a aimé à jamais ; Jésus demeure donc dans l’amour de son Père. Puis, le Christ nous a aimés, Lui, en premier, il nous a donné son amour. Et désormais nous demeurons dans son amour. Voilà la réponse à ce paradoxe : Celui qui a aimé, a donné son amour, ne le retire pas, ne peut pas le retirer, et celui qui est aimé demeure dans cet amour. C’est cette certitude que nous apporte le texte : l’amour divin, premier et à jamais !


Mais pourquoi alors ce 3ème paradoxe « Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; de même que moi, j’ai observé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour ». Il y a une condition, pour demeurer dans l’amour, il faudrait obéir aux commandements. Mais ces commandements sont ceux d’aimer Dieu et d’aimer le prochain. Alors, en aimant Dieu, en aimant notre prochain, nous demeurons dans l’amour de Dieu, dans celui du Christ !. Il n’y a pas de condition ni de conséquence :. L’amour de Dieu est donné, c’est un don pur, qui nous fait aimer. Il suffit d’accepter ce don.

Il suffit ! c’est vite dit… et si nous ne le voulions pas ? Peut-on se soustraire au commandement d’aimer, comme on peut se soustraire à tout commandement, volontairement ou non ? Ne pas obéir ? L’évangéliste le laisse entendre dans les paroles mêmes de Jésus : oui c’est possible ; Nous pouvons ne pas « garder les commandements », c’est-à-dire que nous pouvons ne pas accepter ce cadeau, ce don ! Nous pouvons rester en dehors de l’amour, celui des autres pour nous, celui que nous portons aux autres, celui du Christ pour nous……Mais dans ce cas, que voulons-nous de Dieu ? Quelle est notre relation au Christ ?


Mais ce n’est pas tout que d’accepter l’amour, de demeurer dans l’amour de Dieu, et d’aimer à son tour, en retour ; c’est un peu trop statique, et ce n’est pas seulement cela que le Christ veut pour ses disciples, pour nous. Les verbes du début du passage sont des verbes d’état : « demeurer » dans l’amour, « observer» les commandements. Et le ton va changer ensuite, le Christ ordonne à ses disciples, à nous, de devenir actifs. Il ne s’agit plus seulement d’observer les commandements d’amour envers Dieu et envers le prochain ; Jésus donne à ses disciples son propre commandement, au moment où il va les quitter : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » ! Et nous allons recevoir, de la part de Jésus, une leçon d’amour actif, de mise en pratique de cet amour qu’il a eu pour eux.


Et le Christ énonce immédiatement ce qu’il y a de plus inaccessible dans ce commandement, la façon dont il l’a lui-même mis en pratique : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » ; Mais Jésus ne s’attarde pas à cette évocation de sa mort ; au moment où il parle à ses disciples, l’important c’est d’affirmer qu’ils sont ses amis ! En effet, il ajoute : «  Vous êtes mes amis ». Il crée ainsi un lien personnel avec eux, un lien concret, comme avec chacun d’entre nous.


Ce qualificatif d’amis est nouveau pour les disciples ; appelés par Jésus, ils l’avaient suivi et accompagné, pour le servir, lui qu’ils appelaient Rabbi, Maître, montrant par là qu’ils reconnaissaient bien à ce Jésus une autorité sur eux. Or, celui-ci leur dit soudain, « vous n’êtes plus mes serviteurs, vous êtes mes amis », semblant ainsi créer une relation d’égalité avec eux. Pas de réelle notion sentimentale dans ce mot d’amis, mais le partage d’une connaissance et d’un message. Jésus leur explique en effet, qu’Il les considère comme ses amis parce qu’Il leur a fait connaître tout ce que lui-même avait appris de son Père. Désormais ceux qu’il a enseignés sont appelés à s’aimer les uns les autres.

Avec cette nouvelle appellation d’ « ami », Jésus va nous plonger dans l’incertitude : Il nous dit « je vous ai instruits, enseignés, et vous êtes mes amis » ; cela parait simple. Mais il ne suffit pas d’avoir été instruits ; il semble qu’il y ait aussi une condition, « vous êtes mes amis, Si vous faites ce que je vous commande ». Et enfin, Jésus nous désoriente avec une affirmation qui contredit et anéantit totalement cette condition : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. »


Ainsi, nous n’avons aucune part dans ce choix, nos réalisations, nos œuvres n’ont joué aucun rôle et ne vont pas non plus en jouer, par la suite. Nous ne sommes donc pas non plus « à égalité » avec Jésus, et ne pouvons donc même pas non plus nous déclarer nous-mêmes ses amis. Nous pouvons seulement dire que lui nous considère comme ses amis. Nous avons à agir en fonction de ce qu’il nous commande, ce qui nous laisse dans la position d’un serviteur, mais un serviteur instruit, informé, conscient de ce que veut son Maître.

Agir, 3 verbes désignent ce que le Christ attend de nous, « allez, portez du fruit qui demeure, demandez ». Ainsi, la relation qui se fait jour entre le Christ et nous, c’est celle d’un serviteur conscient, envoyé pour annoncer, diffuser, partager l’universalité de la bonne nouvelle.

« Allez » ! Il nous envoie dans le monde, vers les autres, sans exclusive, pour porter le message du Christ ; nous n’avons pas à nous demander si celui vers qui nous allons est souillé ou impur, et nous pouvons dire comme Pierre chez Corneille « Dieu m’a montré qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il est souillé ou impur ». Donc allez, sans aucune exclusive.

« Portez du fruit » : rappelant l’image de la vigne du début du chapitre, il exige de nous que nous diffusions sa parole, et que, dans l’action, nous le prenions pour modèle.


Et enfin, « Demandez au père ». Jésus nous renvoie, nous adresse, nous ses amis, à son Père, dont l’amour est premier, préalable à tout. Notre mission est donc (aussi) de revenir au Père, de lui demander, au nom de Jésus, de faire intervenir son amour pour nous, au service des uns pour les autres, et il donnera ce que nous demandons. C’est là aussi où le rôle de l’ami, notre rôle, prend sa pleine dimension : Nous détenons, nous serviteurs, choisis et établis par le Christ, ce pouvoir extraordinaire d’être entendus de Dieu.


La crainte, le vertige, l’orgueil peuvent nous saisir devant un tel pouvoir, et l’ampleur de la mission ! Mais si le Christ nous a choisis, nous pouvons être sûrs que nous saurons observer son commandement d’amour, car il nous donne la capacité, la force, le moyen d’aimer. A nous, littéralement, de lui confier le soin de l’action, de le laisser agir en nous et par nous. Etre ami de Christ c’est mettre en pratique, au service des autres, au sein de l’Eglise et dans le monde, l’amour qu’il a commandé.


Amen !


Jean Jacques Veillet