Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 13 mai 2012

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Actes 10, 25-48

Jean 15, 9-17

I Jean 4,1-11




Le texte de ce jour se situe à la fin du discours d’adieu de Jésus à ses disciples, peu avant son arrestation.

Jésus, une fois de plus, leur explique comment ils doivent se comporter pour lui rester fidèles et cette fois, il reprend pour cela l’image de la vigne et du vigneron, maintes fois utilisée dans l’ancien testament. Cette image y a été appliquée au peuple d’Israël, choisi et aimé par Dieu, son vigneron, qui l’a planté et protégé pour lui faire produire des fruits de justice et de sainteté., comme nous lisons dans Esaïe « La vigne du Seigneur, c’est la maison d’Israël, et les hommes de Juda, c’est le plant qu’il chérissait ».

Mais ici, la situation diffère, c’est Jésus qui est la vigne de son Père et les hommes sont les sarments. Et « tout sarment qui, en lui, ne porte de pas de fruit, il l’enlève et tout sarment qui produit du fruit il le purifie en le taillant, afin qu’il en produise plus encore ».Ce qui veut dire que, comme le sarment participe à la vie du cep auquel il est attaché, le croyant, par son adhésion au Christ, s’impose de vivre selon ses préceptes et sera rejeté s’il ne le fait.

Et Jésus insiste sur la liaison entre lui et les fidèles : « De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même produire de fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi ». C’est évident pour les sarments, et nous le savons tous bien, mais que veut-il dire par « demeurer en lui » ? il faut comprendre que, pour l’homme, « demeurer » c’est s’en tenir fermement et activement à ce qui a été donné dans le passé et envisager l’avenir en fonction de cela, comme « demeurer dans la parole », « demeurer dans l’amour » et là « demeurer en Christ ».. Puis, quand Jésus insistera, « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui là produira du fruit en abondance », il faut comprendre que pour Jésus demeurer en quelqu’un signifie que le salut lui a été donné et que ce n’est pas réversible. Autrement dit, par sa fidélité, le croyant attache sans esprit de retour sa vie au Christ, par qui les dons de Dieu lui sont accordés à jamais.

Nous sommes loin dans tout cela de l’image de la vigne de l’Ancien Testament ; il n’est plus question du peuple d’Israël ni de la loi de Moïse, mais des hommes, juifs ou non, et de leur fidélité en Christ…

Puis, dans les versets suivants, Jésus explicite ce qu’il attend du croyant, de celui qui demeure en lui. Et c’est un « commandement » que donne Jésus : «Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il faut que les chrétiens se comportent entre eux et s’aiment mutuellement comme Dieu aime le Christ et comme le Christ aime ses apôtres. Entendons nous bien, il y a en Grec trois mots de sens différent qui se traduisent tous par aimer. Il s’agit là d’avoir de l’amitié, de manifester de la charité ou d’être attaché à quelqu’un. C’est à ce prix que les chrétiens pourront demeurer en Christ.

Là encore, nous voyons la distance que Jésus a créée avec le Judaïsme : Il ne s’agit plus de l’observance d’une loi, d’un acte identique pour tous mais essentiellement personnel. Ce que Jésus commande, c’est une vie des chrétiens en communauté fraternelle.

Et Jésus applique son commandement : Il considère ses disciples comme des amis et non des serviteurs. En effet, « les serviteurs restent dans l’ignorance de ce que fait leur maître » : Jésus condamne là l’observance scrupuleuse et obsessionnelle des juifs restés fidèles à l’Ancienne Alliance, à ses lois et à ses prescriptions tatillonnes, et il y oppose son modèle personnel : « Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime » : c’est une annonce de la Passion du Christ ». Cette phrase annonce la mort de Jésus sur la Croix, et le don de sa personne pour sauver l’humanité.

Les disciples, même s’ils n’ont pas encore perçu toute la réalité de la passion, de la mort du Christ et de sa résurrection, qu’ils ne percevront qu’après les apparitions du Christ à Emmaüs, l’Ascension du Christ et la Pentecôte, en ont été instruits par le Christ. Le Christ leur a fait connaître tout ce qu’il a appris lui-même du Père, et il leur annonce qu’ils devront, par leur amour mutuel, témoigner du message du Christ pour l’humanité entière. « C’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure ».

L’utilisation de cette comparaison de Jésus et ses disciples avec une vigne et ses sarments, pour bien expliquer aux disciples ce que Jésus attend d’eux après sa mort ne se trouve que dans l’Evangile de Jean. Pourquoi ? Jean l’a-t-il imaginée pour guider et donner du courage aux chrétiens de son époque ? C’est possible.

En effet, au moment où il écrit, la fin du premier siècle de notre ère approche et la communauté chrétienne traverse une crise spirituelle majeure qui aurait pu être la cause de sa disparition et de l’effacement du christianisme de la mémoire des hommes. Mais elle a su traverser cette épreuve, elle a résisté et son message est parvenu jusqu’à nous : Il nourrit l’espérance de millions d’hommes et femmes dans le monde. Cette crise a été majeure, semblable à celle que la foi chrétienne traverse en ce moment, une crise de crédibilité et de transmission, pour ne pas dire une crise de la foi.

Il est vrai que la foi chrétienne a toujours été en crise, c'est-à-dire remise en question de manière virulente et dérangeante. Cela a été vrai au Moyen Age, période d’hérésies, au Siècle des lumières, avec le culte de la raison, au XXème siècle avec les doctrines matérialistes. Cela ne nous dispense pas de rechercher les causes des difficultés qu’ont connues les communautés chrétiennes de l’apôtre Jean.

  • Des juifs devenus chrétiens à la suite de la diffusion de la prédication de Jésus, dans les années 85-90 vont se trouver peu à peu dans une situation intenable : eux qui fréquentent normalement les synagogues comme leurs compatriotes, et qui en plus de la foi juive commune confessent Jésus comme leur messie, vont commencer à déranger leurs proches. La confession de foi en Christ mort et ressuscité, première cause de la crise, montrera une telle différence de conviction avec le judaïsme de l’époque que les juifs devenus chrétiens seront excommuniés. Ce sera un déracinement et une marginalisation pour les premiers chrétiens ;
  • Le deuxième aspect sera la situation de précarisation due à l’obligation dans laquelle les chrétiens vont se trouver alors de se regrouper ailleurs et de former des communautés, des sortes d’églises de maison dont le statut restera précaire. En effet, ces communautés dispersées ne seront pas reconnues par l’occupant romain comme « religion  autorisée », ce qui facilitera leur persécution le moment venu.
  • Le troisième aspect sera caractérisé par la tentation de tout abandonner, parce que l’on ne sait plus comment préserver l’essentiel du message et de la foi, d’où ce mot de l’Evangile de Jean, qui remplace le mot même de « croire », par l’expression « demeurez en moi », c'est-à-dire « restez attachés », « ne faiblissez pas ». Au moment où dire « je crois » est difficile, voire risqué, cet appel à rester attaché est illustré par la parabole de la vigne et des sarments que nous avons lue : Elle redit l’attachement de Dieu à son peuple et le lien qu’il ne veut pas rompre avec les croyants. Le contexte social et spirituel se tend dans les communautés, entre chrétiens, entre juifs et chrétiens, entre juifs, chrétiens et païens et il porte en germe le risque de l’intolérance, de la crispation identitaire ou du renoncement.

Ce déracinement cultuel et culturel, cette précarisation et cette tentation de l’abandon (ou de l’intégrisme) ne sont pas des éléments sans ressemblance avec les éléments qui caractérisent notre situation présente : l’effacement progressif des références cultuelles et culturelles chrétiennes de notre société, l’évolution du statut et du poids des Eglises dans leur rapport au monde politique, social et économique, et, dans certains cas, la précarité que connaissent bien des communautés chrétiennes, de même que l’érosion du nombre de chrétiens pratiquants, décrivent assez justement ce qui se passe (Il faut évidemment aussi prendre en compte des aspects plus positifs pour décrire la situation : développement des mouvements évangéliques, engagement d’adultes dans la catéchèse, œcuménisme, dialogue interreligieux...). Devant cette situation de crise, l’Evangile de Jean demande de porter des fruits, en toutes circonstances, par une obéissance fondée sur cette compréhension d’une Eglise faite de disciples-sarments dont Jésus est la vigne, vigne dont Dieu prend soin et qu’il préserve de tous les malheurs.

Le motif essentiel de la communauté du premier siècle pour résister, pour garder sa crédibilité et pour développer son œuvre de transmission, apparaît donc dans cette conviction d’être une Eglise reliée définitivement à Dieu par Christ, comme les sarments au cep de vigne. Ainsi, les membres de cette communauté n’ont pas tous douté, ainsi ils n’ont pas tous abandonné leur maître, ainsi ils ont su faire valoir leur crédibilité et poursuivi leur travail de transmission.

Au moment où notre temps et nos Eglises connaissent une crise de la foi, l’Evangile de Jean nous appelle inlassablement à porter du fruit, c’est-à-dire à donner avec nos meilleurs moyens du crédit à l’espérance chrétienne, du crédit enraciné dans un credo imprenable; et puis à transmettre à d’autres qu’à nous-mêmes cette espérance, à ceux qui en ont besoin et que le Seigneur place sur nos chemins. C’est pourquoi, comme cette première communauté de Jean, fragile et peu nombreuse, nous ne sommes pas appelés principalement à garder les yeux sur les indicateurs numériques, à faire du chiffre, à augmenter les effectifs, mais en premier lieu à porter du fruit comme une vigne peut en porter, à savoir du fruit en quantité suffisante, certes, mais surtout du fruit de bonne qualité pour que le monde goûte les merveilles de Dieu et s’en réjouisse, et pour que notre joie soit complète, dans l’attente de son royaume.

C’est vraiment à nous, maintenant, de porter du fruit au monde, à notre tour, et dans la situation qui est la nôtre, par notre foi, notre amour et notre espérance.

Amen

Jean Jacques Veillet