Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 06 mai 2012

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jean 15, 1-8

ACTES 9, 2-31

1 Jean 3, 18-24



Vrai cep et faux sarments


A la lecture de ce texte, on est frappé par la répétition de l’usage de cette image de la vigne et du vigneron utilisée par Jésus comme pour graver dans les esprits son enseignement. Cette image que l’on retrouve dans l’ancien testament, par exemple au Psaume 80. La vigne était à l’époque omniprésente dans le bassin méditerranéen, elle l’est encore aujourd’hui, mais on peut se demander si la référence à la vigne est encore parlante pour nos contemporains urbanisés.

Elle l’est encore pour nous, tout comme les références nombreuses au troupeau ovin, et c’est tant mieux, car ainsi nous nous sentons un peu plus proches des Ecritures.


Ce texte s’inscrit dans un long discours de Jésus à ses disciples, qui commence juste après la Cène, au chapitre 13, discours au cours duquel il annonce ce qui va arriver, la trahison de Judas, son arrestation, tout en donnant ses dernières instructions à ses disciples. Ce discours d’adieux, centré sur l’amour, se termine au chapitre 18, par la prière sacerdotale. Voilà pour le cadre. On peut aussi ajouter que, juste après notre lecture du jour, Jésus donne à ses disciples ce commandement :


« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. », sans doute la parole de Jésus, et la parole de la Bible, la plus connue de toutes, reprise et développée par Jean, dans sa 1° lettre lue par Palmyre.

Mais il y a assez généralement, confusion autour de l’amour commandé par Jésus. D’abord, on pourrait s’étonner de cet amour sur commande, comme si l’amour cela pouvait se commander. C’est parce que l’on est dans le registre de l’amour sentiment, de l’amour émotion.

Or l’amour dont parle Jésus, c’est un amour action, un amour mouvement, c’est ce que précise Jean dans sa lettre : cet amour qui nous pousse vers les autres. Cet amour là, les sentiments qui l’accompagnent, sont humilité partage et sincérité.

Cet amour là, des hommes comme Gandhi ou MLK, l’ont payé de leur vie, comme Jésus l’a payé de la sienne sur la croix.

Mais revenons aux premiers versets de Jean 15, par l'image du cep et des sarments, si souvent reprise : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. » Etre un sarment, demeurer sur le cep, c'est recevoir en notre vie la sève de l'amour de Jésus. En nous demandant de demeurer en lui, Jésus nous promet que notre vie pourra porter le fruit abondant de l'amour.


Une radicalisation théologique

Mais cette parabole comporte des avertissements sur la portée desquels il ne faut pas se méprendre :

« Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il (le vigneron) le retranche » et « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors ».

Il faut se remémorer le contexte historique de la communauté pour laquelle ce texte est mis en forme, (aux alentours de 85).

Une communauté victime de persécutions par ces mêmes chefs des juifs qui ont persécuté Jésus et qui en viennent à exclure les chrétiens des synagogues. Cette communauté johannique est totalement déstabilisée et il devient nécessaire de prendre parti clairement et résolument. On serre les rangs, on se radicalise, et on exclue les timorés, les hésitants, en réponse à l'exclusion des chrétiens de la synagogue.

Ce contexte de crise donne tout son relief à la double polémique contenue dans la parabole de la vigne, celle qui vise les sarments stériles, mais aussi l'opposition entre Jésus, vigne véritable, et un Israël disqualifié. On remarquera que Jésus ne dit pas « je suis le cep ». Jean lui fait dire « Je suis le vrai cep ».

Dès lors, la rupture avec le judaïsme est consommée; la communauté chrétienne prend son indépendance; Jésus est le tronc unique auquel elle est attachée pour y puiser sa sève, en toute indépendance, en relation directe avec le Père.

Jean est celui qui écrit le plus clairement sur cette nouvelle église dite « Johannique » , qui construit une relation « fusionnelle » avec Jésus: Le vrai peuple de Dieu est cette communauté priante qui garde les paroles de Jésus, communauté des amis du Fils qui vit de son amour et en témoigne en particulier par la pratique de l'amour mutuel. Grâce à cet amour transmis par Le Fils, grâce au Saint Esprit qu’il nous a laissé, elle connaît les desseins du Père, elle se conforme à sa volonté et participe ainsi à sa joie plénière, avant-goût du Royaume de Dieu.


La continuité avec l'Ancien Testament :

Mais Jean s’adresse à des fidèles tout imprégnés de culture juive, même s’ils ont été exclus des synagogues et la référence au « commandement » renvoie à Exode 20, Jésus pouvant ainsi présenter son enseignement comme la nouvelle alliance, qu’il propose avec l’autorité de celui qui dit « Je suis », en référence à l’oeuvre du Dieu Sauveur; dont les dix commandements découlent de la proclamation : «Je suis le Seigneur ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte». Le Père, libérateur du peuple hébreu, Le fils, libérateur de l’Humanité. L'ancienne alliance trouve ici son accomplissement.


La vigne et ses fruits.

Dans notre récit, tout découle du fait que Jésus s'autoproclame la Vigne véritable, et si nous pouvons porter du fruit, ce n'est qu'en demeurant attachés à lui.

Le symbole de la vigne désignait le peuple d'Israël. Jésus, en le reprenant, affirme que lui et les siens formeront le nouveau peuple de Dieu, la vigne véritable. Jean annonce la naissance d’une nouvelle Eglise.

Comme l’image du corps et des membres[1], celle de la vigne montre que le «vous êtes les sarments » adressé collectivement aux disciples leur démontre qu’ils ne sont pas une simple collection d'individus : la réception de l'Esprit-Saint fait entrer les croyants dans une véritable vie communautaire : c'est la réalité décrite en Actes 2,42 à propos des baptisés de la première Pentecôte.

« Ils persévéraient dans l’enseignements des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la prière. »

Le Christ et ceux qui lui sont attachés forment ensemble un tout, un être vivant. La communauté ainsi figurée a pour mission de glorifier le Père en portant du fruit.

L'insistance sur l'unité entre Jésus et les siens souligne que c'est essentiellement par la vie et le témoignage de ses amis que le Seigneur veut poursuivre son action dans le monde. S'il déclare : «hors de moi vous ne pouvez rien faire», en même temps, il en appelle à notre responsabilité, la réciproque est tout aussi vraie : hors de nous, qui témoignons de sa présence parmi les hommes, il ne peut rien faire, le monde ne peut le connaître.


La persévérance nécessaire :

On notera par ailleurs l’insistance de Jésus dans son exhortation à demeurer en lui (9 fois en 8 versets). Et Jésus prédit le triste sort que subiront ceux qui ne « demeurent pas ».

En dehors du contexte historique dans lequel Jean écrit ces lignes, où il était vital de « faire communauté » pour résister aux persécutions, ce qui reste vrai encore aujourd’hui c’est que l’on ne peut être chrétien tout seul, dans son coin.

Que « la persévérance …» ne peut se réaliser pleinement qu’en Eglise, en communauté, que ce n’est qu’au sein de la communauté que notre foi peut être revivifiée à la source, Jésus, même si une relation personnelle, intime avec Notre Seigneur peut nous permettre de ne pas perdre ce qui nous a été donné.


Le travail du vigneron

Mais qu’est ce qui nous est donné au juste ?

Ce qui nous est donné, c’est l’amour du Père, qui, à l’image du vigneron travaillant avec soin dans sa vigne nous suit d’un amour fidèle et agissant, pour nous amener à une vie féconde, produisant du fruit, aujourd'hui comme hier.

C’est un amour exigeant, conduisant à des décisions qui peuvent parfois paraître brutales, comme la taille, intervention nécessaire pour donner une structure, une charpente solide à tout le pied qui sera nourri par une sève abondante.

Que se passe-t-il, sinon ?

Les sarments partent dans tous les sens, s’allongent, s’enchevêtrent, pour former un fouillis inextricable, et pour finir s’épuiser, mourir en quelques années.

N’est-ce pas là la description de la vie de nombre de nos contemporains ?

Mais pour ceux qui « demeurent en Christ », les échecs ou épreuves subis dans notre vie, surmontés avec l'aide de Dieu, nous épurent et nous fortifient, nous rendent plus concentrés sur l'essentiel et finalement, au lieu de nous anéantir, nous font produire plus de fruits.

Voilà le sens de ce «demeurer en lui» : Notre fidélité n’est que la réponse à la fidélité de Dieu, notre amour, une conséquence et un reflet du sien, qui est l'amour dont Jésus nous a aimés : A cette exigence de fidélité est jointe la merveilleuse promesse de participer à la joie du Seigneur.


Le commandement d’Aimer  :.

Dans ce discours d'adieu, Jésus, sachant que son heure approche, martèle les vérités fondamentales qu'il veut graver dans l'esprit de ses disciples. Ce sont essentiellement ces affirmations qui, étroitement liées entre elles, constituent l'épine dorsale du message évangélique : l'amour du Père pour le Fils, l'amour du Fils pour les disciples, et l'amour des disciples entre eux.

Pour que nous demeurions en lui et portions du fruit en abondance, Jésus répète à plusieurs reprises l'exigence de garder son commandement (1 Jean 3/22);


En utilisant ce mot, «commandement», Jésus, se réfère directement à la Loi de Moïse, il inscrit son discours en continuité avec la 1° alliance entre Dieu et Israël. Jésus résume ainsi la Loi dans le double et indivisible commandement de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain. Lui-même étant venu, non pour abolir la Loi, mais pour l'accomplir : Au lieu de la sortie d'Egypte, c'est maintenant la mort de Jésus, éclairée par la résurrection, qui est l'événement libérateur et fondateur de la nouvelle alliance. Dès lors, Jésus est en droit de nous donner ce commandement, qui n'est pas une contrainte, mais un moyen offert pour demeurer dans son amour.


«Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés».


Amen,


François PUJOL


[1] 1 Cor.12