Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 5 Mai 2013

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jean 14,23-29

Actes 15, 7-11

Apocalypse 21,10-23




L’Esprit Saint que le Père enverra


Entre Pâques et Pentecôte

Frères et sœurs, il ne vous aura pas échappé que nous sommes entre Pâques et Pentecôte, cet évènement rapporté dans les actes des Apôtres, au chapitre 2, que vous connaissez bien, qui se termine par l’exhortation de Pierre devant cette foule cosmopolite « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. ». Et, nous dit Luc, 3000 personnes demandèrent le baptême.


Jésus annonce son départ

Mais aujourd’hui, notre texte se situe juste avant la passion de Jésus, son arrestation au chapitre 18, précédée de la prière sacerdotale du chapitre 17.

Jésus avait déjà annoncé aux disciples, par trois fois, sa passion et cette coupe amère qu’il devait boire, pour qu’à la fin, Son père soit glorifié dans sa résurrection.

Mais aujourd’hui il leur annonce encore autre chose :

- qu’il va partir, rejoindre son Père,

- Mais qu’il reviendra, ou plus exactement, qu’il s’en va et qu’il revient, ce qui sous-entend qu’il s’agit d’un retour immédiat, dans le temps présent, et non son retour ultime, à la fin des temps, comme il l’annonce par ailleurs.

- Et, afin qu’ils ne soient pas orphelins, le père leur enverra l’Esprit Saint, qui les enseignera et leur permettra de ne pas oublier ses enseignements.

- Enfin, à ceux qui garderont sa parole, Jésus et son Père feront leur demeure chez eux

Alors, en bien peu de versets, ça leur fait pas mal de choses à absorber, à nos pauvres disciples, dont nous sommes si proches.

Et même s’il leur dit « je vous dis ces choses par avance, afin que lorsqu’elles surviendront vous croyiez », je ne pense pas qu’ils soient rassurés pour autant. Au contraire, même, car la seule chose qu’ils comprennent, c’est qu’ils vont le perdre, alors que c’est Lui qui est venu les chercher, Lui pour qui ils ont tout abandonné. Il va même les quitter avant que les romains n’aient été boutés hors de Judée, ce qui était l’espoir secret de certains d’entre eux. Ils ne peuvent plus vivre sans le voir, sans le sentir à leur côté. C’est une angoisse terrible qui les envahit : Pourront-ils survivre à cette absence ? Car ils ne peuvent pas encore comprendre ce que sera la Résurrection, ni son sens. Lorsque Jésus leur dit que cette mort annoncée sera un chemin vers le Père, qu’en comprennent-ils ? Et nous-mêmes, sommes-nous sûrs d’avoir tout bien compris ?

Il nous faut alors écouter ce que dit Jésus aux disciples et à nous-mêmes « je vous ai dit ces choses avant qu'elles arrivent, afin que, lorsqu'elles arriveront, vous croyiez ». Il ne s’agit plus de voir, de toucher, comme Thomas, ni de comprendre, mais de croire. C’est ce que Jésus redira à Thomas « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » et Jean insistera au chapitre 20 : « Moi, j’écris toutes ces choses afin que vous croyiez ».

Croire ou refuser de croire, ou être incapables de croire.

Croire et aimer, car c’est l’amour que nous porterons à Christ, amour que nous aurons confessé publiquement lors de notre baptême ou notre confirmation, qui sera la clé afin que Lui et son Père établissent leur demeure en nous, que nous soyons habités, jour après jour par eux, dès aujourd’hui et non pas dans un au-delà lointain et mystérieux.

Jésus sentant leur désarroi, ajoute : « que votre cœur ne se trouble point, ne s’alarme point, mon Père vous enverra, en mon nom, un consolateur, l’Esprit Saint. »


Qui est le Saint Esprit ?

C’est là que ça se complique : Qui est vraiment l’Esprit Saint ? Comment le définir ?

C’est le fameux Paraclet, dont nous parlait Pierre Fichet il y a 2 semaines, l’avocat, le défenseur, le compagnon de tous les jours, les bons et les mauvais.

L’Esprit Saint a pris le relais de Jésus, car il est un autre Jésus, bien présent parmi nous au 21° siècle, poursuivant l’œuvre de Jésus, initiée il y a 2000 ans, son enseignement, sa présence apaisante, rappelez-vous Jésus dans la barque sur le lac de Tibériade, dans la tempête. Jésus dormait au fond de la barque.

Lorsque Jésus dit au verset 27, je vous laisse ma paix, il ne s’agit pas d’une paix-absence de guerre, mais d’une paix intérieure, comme après une grande respiration, une sérénité profonde, malgré TOUT, malgré toutes nos peurs, peur du lendemain et de ses menaces, peur de l’extérieur, peur du monde et de ses dérives, peur de notre propre fin peut-être.

L’Esprit Saint nous protège. Non pas comme une assurance tous risques, ce serait trop simple, mais en nous donnant cette paix qui nous fera surmonter toutes ces menaces, y compris lorsqu’il s’agira pour nous d’annoncer cette Bonne Nouvelle au monde, d’en témoigner, selon la mission qu’il nous a confiée.

Avec le Saint Esprit, nous pouvons dire, comme le petit enfant « il ne peut rien m’arriver de mal, je suis avec mon père »

Et s’il peut dire cela, le petit enfant, c’est qu’il sent intuitivement, sans que cela ne lui ait été dit, le lien d’amour réciproque qui le lie à son père.

Il en est exactement de même pour nous, dans notre relation d’amour réciproque avec Notre Père, dont Jésus Christ est le « chemin d’accès » (14:6) : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »

On pourra m’objecter que ce type de discours ne tient pas en période de persécution. Peut-être mais comment ne pas voir le Saint Esprit, ce compagnon à l’œuvre, par exemple en voyant Marie Durand résister durant 38 ans, malgré cet emprisonnement dans des conditions aux limites du supportable, son père également emprisonné, son frère, pasteur au désert, pendu sur l’esplanade de Montpellier. Elle restera malgré TOUT, ancrée dans sa foi en son Seigneur, pas question pour elle d’abjurer.

Il y aurait ainsi tant d’autres exemples, car notre foi, ne consiste pas simplement à faite mémoire de notre chef spirituel mort il y a 2000 ans, dont nous essaierions chaque dimanche de perpétuer le souvenir.

Non, notre foi est l’expérience quotidienne que notre chef spirituel mort il y a 2000 ans est vivant aujourd’hui, car il est le fils du Dieu Créateur et Sauveur, notre foi est l’expérience quotidienne de sa présence à nos côtés, par le Saint Esprit qu’il nous a donné le jour de Pentecôte.

« Nous établirons chez lui notre demeure»

Jésus affirme même que Lui et son Père établiront leur demeure en nous, à partir du moment où cette relation d’amour réciproque sera établie.

Mais l’expression utilisée par Jésus va beaucoup plus loin :

* Il n’est plus nécessaire de s’épuiser à vouloir monter en tige pour atteindre Dieu dans les hauteurs de la perfection et de la pureté, puisque Lui et son fils sont descendus vers nous,

* Dieu n’est pas une transcendance incompréhensible et étrangère refugiée dans un coin de ciel bleu, mais Il est en nous, il a même pris notre condition humaine, en la personne de son fils, dont la mort sur la croix n’aura d’autre but que nous réconcilier avec le Père.

* Enfin, nous n’avons plus besoin d’églises, les juifs n’avaient plus besoin du Temple pour y enfermer Dieu, puisque nous sommes le temple de Dieu, puisqu’il est en nous (et nous en Lui), comme le confirme Paul aux Corinthiens : «Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ?» (1 Co 3,16). «Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ?» (1 Co 6,15), « …que votre corps est le Temple du Saint-Esprit qui est en vous ?» (1 Co 6,19). La lecture du texte de l’Apocalypse est clairement prémonitoire à ce sujet : « Les douze portes étaient douze perles; chaque porte était d'une seule perle. La place de la ville était d'or pur, comme du verre transparent. Je ne vis point de temple dans la ville; car le Seigneur Dieu tout puissant est son temple, ainsi que l'agneau. » (Ap.21/23)

Dieu le Père, Christ le fils, le Saint Esprit : sans que jamais dans le Nouveau testament, le mot ne soit prononcé, voilà donc affirmée, expliquée, la Trinité, ce Dieu unique en trois personnes, égales, participant d'une même essence.

Là non plus, il ne faut pas être pris de vertige à vouloir tout comprendre. Il nous suffit de croire à ce principe trinitaire qui donne toute sa cohérence à notre foi, car croire en un Dieu seul, juge distant et implacable de nos actes et pensées quotidiens a conduit les juifs dans l’impasse que nous connaissons.

Croire en Jésus seul, c’est ne voir en lui qu’un homme, ne retenir de lui que son message politique et social, en faire un leader de plus.

Privilégier le Saint Esprit seul, c’est courir le risque de n’en retenir que ses manifestations extérieures, glossolalies, guérisons, imposition des mains, ce dont Jésus déjà se méfiait : « Que disent de moi les hommes, mais vous qui dites-vous que je suis ? » (Marc 7/27)

Seule la foi en ces trois « personnes » simultanément peut donner aujourd’hui à l’Humanité entière, l’espérance en un futur ouvert.

Pour terminer, je voudrais reprendre une expression de Charles[1], dont vous connaissez l’affection pour l’Evangile de Jean.

Pour Charles, « La foi chrétienne est la foi en un Absent. »

Dans l'AT, Dieu se cache derrière le buisson ardent ou la nuée. On ne pouvait ni le nommer ni le représenter, et d’ailleurs, souvent le peuple hébreu lui reprochera cette absence.

Dans l'Evangile, il se cache derrière le visage de Jésus, il cache sa divinité sous cette condition humaine dans laquelle il s’abaissera au plus bas qu’il soit possible.

Après sa mort, quand Jésus chemine avec deux disciples sur le chemin d'Emmaüs et leur explique les Ecritures, le moment où ils le reconnaissent coïncide avec sa disparition (Lc 24,31). Ils prennent alors conscience de l'intense émotion qui les habitait quand ils étaient en sa présence.

Notre foi, qui puise sa force dans les Ecritures, est la foi en un Dieu qui se cache. Mais le Saint Esprit a remplacé l'absence, par une présence invisible.

Voilà la promesse de Pentecôte : Cette fête du Saint-Esprit et notre participation tout à l’heure à la Cène du Seigneur nous font vivre très fort cette expérience qu'il n'y a plus de solitude insurmontable.

Voilà notre témoignage : le chrétien qui entre dans une démarche de foi, ne sera définitivement plus jamais seul.


Amen !


François PUJOL.


[1] Charles L’Eplattenier, pasteur en retraite, bibliste bien connu des lecteurs de « Parole pour tous »