Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 18 Mai 2014

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jean 14, 1-12

Actes 6, 1-7

1 Pierre 2, 4-9



Montre-nous le Père


Un double contexte

Le dernier repas vient de se dérouler, Jésus a lavé les pieds des disciples (l’Evangile de Jean ne relate pas le dernier repas), leur a donné ce commandement nouveau « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », a remis le morceau de pain trempé dans le vin à Judas, et entame, dans ce chapitre 14, ce que l’on peut appeler son discours d’adieu. C’est un genre littéraire bien connu du judaïsme, on a ainsi dans Gen. 49, le discours d’adieu de Jacob, dans Dt 31, celui de Moïse, dans Jos 23, celui de Josué, et puis aussi les adieux de Paul en Actes 20. Discours d’adieu qui se terminera par la prière sacerdotale au chapitre 17.

Une ambiance lourde, sûrement, que Jean nous restitue très bien, mais il faut avoir à l’esprit que Jean écrit ce texte 50 ans après cette scène.

Sachant cela, on comprend qu’il écrit en réalité, surtout pour enseigner et conforter ces jeunes communautés « johanniques », de juifs convertis, exclus des synagogues, longtemps après le Vendredi-Saint, Pâques et Pentecôte : ainsi, Jean réécrit cette scène à la lumière de la résurrection qu’il a vécue de très près.

Et pour être sûr de répondre aux interrogations de ces nouveaux disciples de la fin du 1° siècle, il utilise une technique qui est celle du dialogue :

Ces questions plus ou moins naïves prêtées aux disciples, permettent à Jean de revenir sur une parole de Jésus, pour l’éclairer ou la développer dans une sorte de catéchisme en train de naître, répondant aux questions qui taraudent non pas Thomas ou Philippe, mais ces jeunes communautés auxquelles il s’adresse. Le thème central de ce catéchisme étant : croyez que le Seigneur est vivant, encore aujourd’hui, comme Jean le croyait déjà au pied de la croix, et comme il le crut tout de suite devant les bandelettes au tombeau vide, bien qu’il n’ait pas compris ce qui se passait, comme il le dit lui-même (Jn 20,8-9).

D’ailleurs tout l’Evangile de Jean est écrit dans ce même but : « Pour que vous croyiez » (Jn 20, 30-31)


Une double incompréhension

Donc, le dialogue commence, par cette parole de Jésus « Que votre cœur ne se trouble pas. » Sage précaution oratoire, car ce qu’il va leur annoncer aura de quoi les troubler :

Et l’on retrouve là une nouvelle fois l’originalité du 4° Evangile :

Jésus n’annonce pas ici sa mort sur la croix, comme il le fait par exemple dans Marc, par 3 fois :

- Il faut que le Fils de l’Homme soit mis à mort et que 3 jours après il ressuscite (Mc 8,31)

Chez Jean, Jésus annonce qu’il va rejoindre le Père: « Je m’en vais vers le Père... Là où je vais, vous en savez le chemin. ».

On retrouve ici le thème présent dans le 4° Evangile, dès son prologue, celui de la totale union, la fusion entre Dieu le Père et Dieu le Fils, développant ainsi plus clairement que les 3 autres évangiles, le thème de cette parfaite trinité qui sera complétée par L’Esprit Saint, ce compagnon consolateur que Jésus promettra aux disciples quelques versets plus loin. (Christologie Haute)


La question de Thomas

Ces paroles de Jésus sont trop abstraites pour la compréhension des disciples, et au lieu d’être rassurés, ils sont au contraire inquiets par la perspective de sa mort et déstabilisés par ses annonces : il va rejoindre le Père, il reviendra.

La protestation de Thomas fait rebondir le dialogue : « Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? » répond-il à Jésus qui évoque la seule possibilité pour eux de rejoindre le Père : «Je suis le chemin...» (v. 6).

Parce que dans leur compréhension, ils voient dans ce chemin un itinéraire qui conduirait à un ailleurs, plus tard, par exemple après notre mort, tout comme le « retour » de Jésus qui se ferait dans des temps ultimes

Jean fait éclater ces notions géographiques (de la terre au ciel) chronologiques (il est là, il ne sera plus là, il reviendra), par l’emploi du présent « je suis », «Dès maintenant, vous le connaissez »,

Car Jésus n’est pas simplement un sage qui indiquerait un but à atteindre et le chemin à suivre pour y arriver : c'est par sa personne même, par notre rencontre avec Lui, Dieu le Fils, que nous pouvons approcher du Père, et pas seulement après notre mort, dans un hypothétique Royaume céleste, mais dès à présent, ici et maintenant (v. 7).


La question de Philippe

La demande de Philippe « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ! » (v. 8), perdu dans toutes ces affirmations du maître, semble naïve, mais elle exprime bien le constant désir religieux de l'homme de se rassurer par la vision directe de Dieu (épisode du veau d’or). Jésus, déçu devant la lenteur du cheminement mental des siens (v. 9), insiste au v. 7 : «Dès à présent vous l'avez vu !».

Rappelons-nous que Jean s’adresse à ses contemporains ½ siècle après l’ascension du Christ, que nous allons bientôt célébrer. Eux, comme nous, comment pourraient-ils connaître Dieu à travers Jésus puisqu’il n’est plus là ? Alors ils se perdent dans d’inutiles spéculations (où, quand, comment), qui les détournent des vrais enjeux : accomplir la mission qu’il nous a confiée, en Matthieu 28,


La réponse de Jésus est triple :

- En Jn 14,1 : Croyez en Dieu et croyez en moi

- En Jn 14,17 : Je vous donne l’Esprit de Vérité

- En Jn 20,29 : Bienheureux ceux qui auront cru sans avoir vu


Pour connaître Dieu il n’est donc pas nécessaire de le voir, mais de croire, non pas « croire que » ou « croire à » comme on le ferait d’une simple opinion, mais « croire en », ce « croire en » porteur de confiance et d’espérance comme on dit à son enfant « je crois en toi ».

C’est par ce croire, par cette foi, (bien que Jean n’utilise jamais ce mot), que l’on peut oser prier le Christ dans nos intercessions, que nous pouvons oser lui demander de se servir de nous pour rendre visibles, par notre vie, les traces de son enseignement parmi nous, que nous pouvons le connaître lui-même, connaître Dieu comme Père et le rendre présent au monde.

Cette connaissance de Dieu par la foi passe par une rencontre personnelle avec Christ à laquelle chacun peut accéder : voilà l’événement qui peut transformer une vie, nos vies, la vie de l’Humanité toute entière, voilà la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur que nous avons à transmettre.

Ainsi les deux questions de Thomas et Philippe ont elles trouvé leur réponse.

Dans L’Évangile de Jean, Jésus se qualifie de 7 manières différentes. Celle qui est le plus parlante et éclairante pour ce matin, est celle en Jean 10 : « Je suis la porte ».


Une porte fermée en permanence créée deux espaces totalement séparés, le dedans et le dehors. Pour celui qui est dedans, le dehors est invisible, inconnu, peut-être source d’inquiétude. Franchir cette porte devient motif d’angoisse, de peur, pouvant faire reculer, renoncer à « franchir le pas ».

Avec une porte continuellement ouverte, il n’y a plus que l’encadrement, le dedans et le dehors deviennent un espace continu, on voit de l’autre côté, on peut passer en permanence de l’un à l’autre, plus d’angoisse plus de crainte, mais pour aller de l’un à l’autre il faut obligatoirement passer par cet encadrement de porte et éventuellement s’incliner à son passage.

Il en est ainsi avec Jésus. A travers Lui (au sens propre), nous pouvons passer de l’un à l’autre du dedans au dehors, du visible à l’invisible, sans rupture, sans angoisse, il n’y a plus d’en dedans et d’au-delà.

La présence de Jésus en nous, donne à notre vie terrestre la dimension de l’Eternité, qui nous permet de rejoindre le Père, de l’autre côté de la porte, dès à présent.

Mais il appartient à chacun d’entre nous, non seulement de solliciter cette présence mais de l’entretenir. Il nous faut donc multiplier les rencontres avec Lui, par la prière, et nous soumettre à son enseignement : Tu aimeras ton prochain …

Ce prochain que Dieu aime autant que nous-mêmes, Jésus nous demande de l’aimer à notre tour, car c’est la seule façon pour que Dieu soit présent au monde : (Spontané 130)

Ainsi, dans un mouvement d’aller-retour, si nous pouvons connaître le Père à travers Jésus Christ, c’est à travers nous, à travers la qualité du regard que nous poserons sur eux que les hommes pourront eux aussi reconnaître Dieu.

Il n’y a pas d’autre chemin pour l’avenir de l’Humanité


Retenons donc ce matin que Christ est vivant aujourd’hui. Il nous appartient de repérer sa présence dans notre vie chaque jour. Celui/Celle qui a compris cela est déjà dans la résurrection du Christ et les portes de l’Eternité lui sont déjà ouvertes. La mort n’est plus qu’un passage. L’au-delà n’existe pas.

Et pour conclure cette méditation, je voudrais vous lire les versets du chapitre 14 dans lesquels Jésus promet aux disciples, nous promet à nous ce matin, le don de l’Esprit Saint, passage dans lequel vous pourrez repérer comment Jésus fait alterner le présent de l’indicatif et le futur :

« Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure avec vous pour toujours, l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il est en vous.


Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez, vivant, et vous vivrez aussi.

En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, je l'aimerai, et je me ferai connaître à lui.


Amen !


François PUJOL