Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 28 avril 2013

Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Deutéronome 10, 1-22

Actes 14, 21-27

Jean 13, 31-35

Apocalypse 2, 1-5


« … Comme je vous ai aimés »


Frères et sœurs,

J'ai choisi dans ces lectures le verset 34 du chapitre 13 de Jean ainsi que des petites références au Deutéronome et notamment les versets que nous avons lus.

On pourrait appeler cette méditation «  comment faire du neuf avec du vieux ».... ou qu'est-ce que la nouveauté?

Le Deutéronome en effet, texte ancien par référence, conclut la pérégrination d'Israël vers la terre promise et marque la fin de la carrière du 1er conducteur spirituel du peuple élu, Moïse. Ce pauvre Moïse ne foulera d'ailleurs même pas le sol de cette terre tant attendue. Dur, dur!

Le but de ce vaste discours de Moïse est de constituer, au nom de l'alliance avec le Seigneur,une communauté fraternelle qui n'oublie pas Celui qui lui a donné la liberté.

Déjà Dieu prend la peine d'assurer son peuple d'un amour à toute épreuve et lui donne « pour son bonheur » verset 13 ... « la Loi ».

Ainsi ces textes se suivent-ils d'une certaine façon.

Sauf que chez Jean, c'est Jésus qui s'adressant à ses disciples avant de les quitter, les assure de son amour en leur donnant un commandement « nouveau » précise t-il et en prenant la peine de le répéter:

« Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres »

Qu'a t-il de si nouveau que ça ce commandement? Dieu n'avait-il pas déjà dit à la communauté des fils d'Israël « c'est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même? » Lévitique 19, 18

Il est tout d'abord nouveau parce qu'ici, entre 2 petites virgules de rien du tout, Jésus précise: « comme je vous ai aimés » . Et tout est là.

L'amour que Jésus a pour les siens est un exemple « aimez-vous les uns les autres  de la même manière que je vous ai aimés ».

L'amour que Jésus a pour les siens est aussi une source: « du fait que je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ».

Et Jésus complètera d'ailleurs sa pensée en faisant de son propre amour pour les siens, le reflet et la conséquence de l'amour que le Père lui porte « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés » Jn 15, verset 9 ou encore « Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore, afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et eux en moi » Jn 17, verset 26.

Dans Deutéronome, la Parole qui doit permettre à Israël d'être un réel témoin de Dieu sur la terre passe par la Loi. Et qui dit Loi dit obéissance sinon.... on redoute toujours ce qui peut arriver! Alors on préfère filer doux...

Jean révèle, lui, un Dieu qui se donne à rencontrer dans la personne historique de l'homme Jésus de Nazareth. C'est quand même un peu étonnant un Dieu qui décide de passer par un humain pour exprimer sa divinité; c'est pourtant ainsi: « la Parole a été faite chair » peut-on lire dès le verset 4 du chap. 1. La Parole passe donc par un homme, elle est inscrite dans cet homme qui en est le contenu.

Dans l'évangile de Jean, on apprend peu de choses sur Jésus lui-même. Tout est centré sur le sens que Dieu veut donner à nos vies. Et Jésus ira jusqu'à donner la sienne. « Comme il est aimé de son Père » il va aimer, c'est à dire avec la même intensité inouïe et jusqu'à la mort.

Pourquoi jusqu'à la mort? « Pour racheter nos péchés » entend-on depuis toujours.


Mais le péché, qu'est-ce que c'est après tout? Dans la Bible, c'est ce qui sépare l'homme de Dieu et par extension les hommes entre eux; c'est ce qui les enferme et les réduit : nos colères, nos aigreurs, nos rancœurs, nos injustices et nos petits mots blessants, nos remords stériles et j'en passe: nous nous connaissons bien nous-mêmes et nous trouverons tout seul!

Alors, Dieu aurait dû, aurait pu envoyer son fils pour montrer, pour dénoncer ce péché du monde. En cela Jésus aurait été conforme à ce que les gens en attendaient un bon défendeur de la Loi.

Dieu aurait aussi pu l'envoyer pour faire disparaître le péché du monde comme par miracle. Ça aussi aurait bien correspondu aux attentes du peuple: un homme doué de pouvoirs surhumains.


Non, il envoie son fils pour « prendre » le péché des hommes, le prendre sur lui. Ainsi ce péché ne sera plus une entrave, un point de rupture entre Dieu et les hommes ou entre les hommes entre eux. Et il l'annonce déjà dans le livre de Jérémie au chapitre 31 et au verset 34 « je pardonne leur crime; leur faute, je n'en parle plus ». C'est la nouvelle alliance.

Jésus meurt pour effacer, « prendre » sur lui le péché des hommes.


Ce geste insensé, il le fait au nom de l'amour, amour de Dieu pour son fils, amour incarné dans son fils, amour donné en cadeau à l'homme pour lui signifier « si petit sois-tu, si mauvais sois-tu, si éloigné de moi sois-tu, viens librement. Je t'assure de mon amour, je te donne mon pardon, je te donne ma grâce parce que tu comptes pour moi ». Et je ne sais pas si vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui, lorsqu'on leur dit qu'on les aime tels qu'ils sont, qu'on leur fait confiance et qu'on est auprès d'eux, ne craquent pas? Pour ma part je n'en connais pas beaucoup et dans le métier d'assistante sociale, je suis toujours émerveillée de constater à quel point des familles arrivent jusqu'à modifier leur fonctionnement pour peu qu'on leur parle de leurs compétences et non plus de leurs défaillances, de confiance dans leur capacité à changer et non plus de « à quoi bon »....

Oui, c'est bien là une nouveauté que cette foi qui ne s'ancre plus dans une peur de la Loi mais bien dans un amour librement accepté.

Oui, Jésus est passé par là, la grâce est passée par là.


Mais pour autant et ce sera là la dernière nouveauté de cette petite méditation, « Vous me chercherez » dit Jésus au verset 33. Cet amour inlassablement donné n'en devient pas une habitude, il n'est pas un principe, une morale... Jésus fait de l'amour une recherche, une découverte et une trouvaille chaque jour différentes. Quoi de plus bousculant que de sortir de ce que l'on connait au risque de ne plus savoir qui on est, où on en est? Mais quoi de plus enrichissant que de se découvrir aimé et capable d'aimer à son tour?

Nous pensions être les pros de l'écoute, de l'entraide, du service et nous nous découvrons gênés à recevoir l'écoute, l'aide, le service que nous propose un ami, un proche, un voisin, un total inconnu...

Nous pensions que nous étions seuls à avoir besoin d'écoute, d'entraide et de service et nous nous surprenons à avoir envie de donner, de défendre, de soutenir...


Nous pensions le connaître cet autre avec ses pailles et ses poutres dans l’œil mais si nous nous lâchons un peu, nous découvrirons ce que nous ne pensions jamais trouver: l'autre ou bien nous-même, l'autre et nous-même.

Un des slogans qui figurent sur les badges de notre nouvelle EPU (tiens, encore une bienheureuse nouveauté!) dit « attention confiance contagieuse ». « Aimez-vous les uns les autres » c'est bien ça: c'est « faites-vous passer cet amour autant que vous le pourrez, autant que vous le voudrez »!

A recevoir sans prétention, à user sans modération, à se transmettre par contagion,!

« La faute, je n'en parle plus ».On devrait se la redire à voix haute tous les matins cette phrase au lieu de s'encombrer de principes, d'exigences, de méfiances et autres prétentions... Je suis sûre qu'on démarrerait la journée, plus légers! Et quand on est plus léger, on regarde la vie autrement, on se regarde autrement et on regarde les autres autrement.

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Jésus dit: « Je vous donne un commandement nouveau ».


Amen !


Isabelle Christophe