Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 25 MARS 2012

GAP (05) – Assemblée Générale

Lectures du Jour :

Jérémie 31, 31-34

JEAN 12, 20-33

Hébreux 5, 7-9


A qui dites-vous qui je suis ?


Quelques grecs voulaient voir Jésus. Mais que viendraient donc faire des grecs dans cette grande fête, Pessah, la pâque juive commémorant la sortie d’Egypte ?

C’étaient plus probablement des juifs de la diaspora, hellénisés, dont les ancêtres avaient suivi Alexandre lors de son passage en Judée pour conquérir l’Egypte.


Ils ne parlaient même pas hébreux, d’où l’expression un peu condescendante de Jean « des grecs », mais ils connaissaient toutes les écritures, la torah, les prophètes, les psaumes, et les descriptions que tous ces livres faisaient du messie, l’oint de dieu, le serviteur souffrant, qu’ils lisaient dans la septante, cette fameuse traduction grecque du canon hébraïque.


Alors, arrivant à Jérusalem, ils voulaient voir ce Jésus, le toucher même, comme on le fait avec une star d’aujourd’hui.

Mais qu’avaient-ils compris de ces prophéties? Que ce Jésus était un prophète, ou Elie peut-être qui serait de retour, ou un mage, ou un thaumaturge (il venait de ressusciter Lazare), ou un libérateur à la Bolivar, ou un théoricien avant l’heure de la théologie de la libération, ou qui d’autre encore ?

Tout au long de son ministère, Jésus souffrira de cette confusion, ce qui le conduit à dire à qui veut l’entendre « Je ne suis pas celui que vous croyez », cette confusion qui expliquera ses réticences à manifester la puissance divine qui est en lui, depuis son premier miracle, aux noces de Cana, qu’il ne consentira à réaliser que devant l’insistance de sa mère, qui lui forcera quelque peu la main, jusqu’à sa descente de la montagne, après sa transfiguration où il recommandera à Pierre et aux fils de Zébédée, de ne rien dire de ce qu’ils avaient vu.


Cette confusion qui conduira Jésus à poser cette question récurrente tout au long de son ministère : « et vous, qui dites-vous que je suis ? », y compris au premier cercle de ses disciples.

Mais que pouvaient-ils dire, sinon que ce qu’ils venaient de voir la veille, l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, illustrant mot pour mot la prophétie de Zacharie (9/9) :

« Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un ânon, le petit d'une ânesse. »


C’est un roi qu’ils ont vu entrer dans Jérusalem, c’est leur roi.

Ils ne pouvaient pas savoir à ce moment, comment allait se terminer cette semaine. Les paroles que Jésus a prononcées devant eux leur reviendront alors en mémoire : « Quand j’aurai été élevé, j’attirerai tous les hommes à moi ». Mais quelle élévation verront-ils ? Jésus élevé sur la croix par le supplice du bois.


Et comment comprendre cette voix entendue, venant des nuées « Je l’ai glorifié, je le glorifierai encore »

Quel fiasco, quelle désillusion pour eux, il ne restait plus qu’aller se cacher dans la chambre haute.

Car eux, les grecs, les disciples, ne connaissaient pas encore la vraie fin de l’histoire.

Nous, nous la connaissons : après le supplice de la croix, Jésus est descendu aux enfers, pour libérer l’Humanité qui depuis Noé croupissait dans le Schéol, en attente de sa délivrance, puis il ressuscitera, et sera glorifié, à la droite du Père, à cause de nous, pour nous, comme l’annonçait la voix céleste.

Et ces paroles de Jésus : « Si le grain ne meurt il ne peut porter du fruit » prennent pour nous, tout leur sens :

Les fruits de la mort sacrificielle de Jésus, c’est le salut de l’Humanité. Toute l’Humanité.

Alors Jésus nous pose, à nous, une question un peu différente, non pas « qui dites-vous que je suis », mais « à qui dites-vous qui je suis » Quand donc pour la dernière fois avons-nous parlé de Jésus à quelqu’un qui ignorait tout de Lui ?

Reconnaissons que le bilan est un peu maigre.


Alors cette parole de Jésus résonne : Si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit », et cette recommandation de Paul, Imitez Jésus !

Alors quoi, l’un et l’autre nous demandent-ils d’aller nous immoler place Jean Marcellin dans l’espoir de remplir de nouveau ce temple ?

L’un et l’autre nous demandent-ils de scruter ligne à ligne dans les Evangiles, les moindres faits et gestes de Jésus, pour nous épuiser à essayer d’en être le pâle fac-similé, Jésus devenant ainsi une seconde Loi ?

Non, il ne s’agit pas de cela ! Jésus nous demande d’imiter son itinéraire, et de comprendre le sens de cet évènement unique dans l’histoire de l’Humanité, son incarnation, ce mot, dont l’usage au sens propre, lui est réservé, à lui seul.

On associe souvent l’incarnation de Jésus à sa double nature « totalement Dieu, totalement homme », chacun mettant un peu ce qu’il veut bien comprendre dans cette expression.


Alors, il ne faut pas se tromper. Parler de la double nature de Christ, ne signifie pas qu’il est à la fois divin et humain. C’est l’un, puis l’autre. L’un ou l’autre.

- Le fils de Dieu devenu le fils de l’Homme, Jésus s’est vidé de sa nature divine pour endosser forme et surtout condition humaine, s’abaisser jusqu’au plus bas de cette condition, pour ensuite, par la volonté de Dieu, être relevé par la résurrection, et retrouver sa nature divine,

Et si cette trajectoire est devenue une trajectoire salvatrice, c’est que c’est un aller sans retour, ou plutôt, que le seul retour possible de Jésus vers le père était le passage par la croix, selon le dessein de Dieu.


Et cet itinéraire est en fait la magnifique histoire de la totale confiance d’un fils dans son père, jusqu’au bout, jusqu’à l’accomplissement total de ce que le Père avait prévu. A peine un instant de trouble au verset 27, un bref moment de doute, sur la croix, puis très vite, « non pas ma volonté, mais la tienne ».

De sorte que lorsque je dis « J’ai foi en Christ », en réalité « j’ai foi dans la foi de Christ », cette confiance totale de Jésus dans la promesse de Dieu le Père, qu’après la mort infâme, il y avait le retour en gloire par la résurrection.

Ce retour de Jésus à la dimension divine, nous en ouvre le chemin qui nous permettra, après des millénaires de rupture avec notre créateur, de retrouver la part de divin qu’il y a en nous.


Voilà ce qu’il faut comprendre de cette parole : « Si le grain ne meurt il ne peut porter du fruit ».

Alors même que Jésus nous enseigne que celui qui s’abaissera sera élevé, pratiquement tous les humains dépensent toute leur énergie depuis Adam, à essayer de s’élever, de s’enfler, de dominer l’Autre. Jésus, lui, a suivi une trajectoire inverse, renonçant à sa nature divine pour endosser la plus humble des conditions, celle de serviteur.


Jésus nous appelle à l’imiter : nous vider de tout ce qui nous a façonnés jusqu’à aujourd’hui, nous libérer de cette gangue, de ce vernis qui nous formate du même moule que nos contemporains, de sorte que nous sommes de moins en moins « dans le monde » et de plus en plus « du monde », ce monde où règnent le moi d’abord, le rapport de forces, l’esprit de domination et l’affirmation de soi.

Jésus me dit : Fais confiance fais totalement confiance au Père, fais le vide en toi, deviens qui tu es. Deviens qui tu es réellement. Largue les amarres, meurs à toi-même, laisse ton vieil homme mourir chaque soir dans les ténèbres de la nuit, et renais chaque matin dans l’aube nouvelle, « d’un cœur nouveau et d’un esprit nouveau ». (Ezéchiel 36.26)

Approche-toi de la croix et laisse toi inonder totalement par Jésus-Christ. Alors seulement, dans cette quête de sincérité, tu seras « justifié », non par tes propres mérites, mais par le don de Dieu. Ainsi réconcilié avec ton Créateur grâce à l’intercession de Jésus Christ, tu seras « sûr de ton salut » (comme disait Luther).


Alors tu pourras porter du fruit, imprégné de l’humilité et de l’amour enseignés par le Christ :

- L’humilité, qui n’est sûrement pas la dépréciation de soi, mais le renoncement à l’affirmation de soi, qui permet à l’Autre, notre prochain, de venir vers nous en confiance.

- l’Amour, cet élan d’empathie qui nous pousse ver l’Autre, notre prochain, pour entamer une relation dans laquelle il sera respecté dans son altérité, cette toute petite différence qui fait de lui un être unique dont Dieu le père se préoccupe autant que de nous-mêmes.

Mais en ce jour d’Assemblée Générale, il faut aussi rappeler que cette parole de Jésus s’adresse également à nous en tant qu’Eglise, communauté.

A elle aussi il dit meurs à toi-même, renonce à tes 5 siècles de traditions, d’organisations, de structures, de dogmes. Fais confiance au Père, redeviens qui tu es vraiment, une Eglise confessante, qui évangélise, qui baptise, qui interpelle et tu porteras du fruit.


Oui, meurs à toi-même, accepte de perdre ta vie car c’est un autre qui s’en emparera et qui te conduira sur des chemins où tu n’avais même pas imaginé d’aller.


A cette communion luthéro-réformée en voie de création, après 5 siècles de cousinage plus ou moins distant, Jésus pose cette question : « As-tu encore quelque chose à dire ? »

Si oui, alors le prochain Réveil, à la suite des Cadier, Eberhardt et consorts n’est pas loin. Si non, alors cette nouvelle EPUF ne sera qu’un rassemblement en peau de chagrin, prélude à une liquidation pure et simple.


Si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit.


Amen !


François PUJOL