Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 17 Avril 2016

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Jean 10, 23-39

Actes 13, 14-52

Apocalypse 7, 9-17


« Jésus est-il Dieu ? »


Relisons le début de ce texte : « Au temple, Jésus allait et venait sous le portique de Salomon. Les autorités juives firent cercle autour de lui et lui dirent : « Jusqu’à quand vas-tu nous maintenir dans l’incertitude? Si tu es le Messie, dis-le-nous ouvertement ! ». Et la discussion s’engage jusqu’au moment où ces théologiens traditionalistes accusent Jésus de blasphémer:

« Toi, qui es un homme, tu te fais Dieu »

Jésus répond qu’il ne s’est jamais dit « Dieu » mais « fils de Dieu », ce qui n’est pas du tout la même chose. Et Jésus dit aussi qu’il pouvait très bien se présenter comme « Dieu » sans blasphémer puisque la Bible elle-même nous dit que nous sommes à l’image de Dieu, chacun de nous sans distinction ni condition, et donc lui aussi. C’est bien ce que dit le psaume 82 :

« Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut, cependant vous mourrez comme les humains. »

Jésus tenait donc là un argument imparable pour se présenter comme Dieu s’il l’avait voulu. Mais il ne le fait pas. Il ne le fait même pas du tout, il insiste une demi-douzaine de fois dans ce texte pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu et bien faire la distinction avec lui, Jésus. Cela commence par le nom qu’il utilise ici pour parler de Dieu, il l’appelle systématiquement « mon Père » et non « Dieu » comme le font ses contradicteurs. Jésus montre ainsi clairement que oui, Dieu n’est pas sans rapport avec ce qu’il est, car un fils et son père ont beaucoup en commun mais que Dieu est la source, et que lui, Jésus, est un fruit de cette source. Jésus insiste : c’est le Père qui lui donne la vie, c’est lui qui le sanctifie c’est-à-dire qu’il lui donne une place, une dignité et un rôle en ce monde. C’est Dieu, nous dit Jésus, qui lui donne la force de parler et d’agir… et ce qu’il y a de meilleur dans ses actes ne vient pas de lui-même, cela ne vient pas de l’homme mais de son Père.


Alors, Jésus serait-il Dieu quand même ?

Parmi les théologiens chrétiens un courant majoritaire, qui n’a pas nécessairement plus raison qu’un courant minoritaire, un courant majoritaire donc affirme depuis le IVe siècle que Jésus est Dieu et homme, unis en une seule personne.

Dans un certain sens, c’est vrai, nous le voyons dans ce texte de l’Évangile et dans le Psaume que cite Jésus :

  • Jésus insiste sur le fait qu’il n’est pas Dieu, mais en même temps il dit que le Père est en lui et que lui est dans le Père, qu’ils sont un, ou qu’ils sont unis.
  • Et le Psaume 82 cité par Jésus affirme que nous sommes tous des dieux, à la fois des enfants du Très-Haut et des hommes mortels.

Ce n’est donc pas faux de dire que Jésus est à la fois Dieu et homme, dans un certain sens, et que nous sommes tous à la fois dieux et hommes.


Cela voudrait-il dire que Dieu est en nous ?

De fait, nous n’avons aucune chance de rencontrer Dieu dans la rue, car il n’existe pas comme un corps matériel existe. Dans le monde nous voyons de belles choses que nous pouvons raisonnablement considérer comme des traces de l’action de Dieu, comme on imagine le geste de l’ébéniste en voyant une sculpture sur une boiserie, mais ce n’est pas Dieu que nous voyons dans la nature, mais peut-être le résultat de son action, comme un mouvement, une nouveauté.

Dieu, quand il nous arrive de sentir sa présence, se manifeste comme une expérience intérieure qui nous mène plus loin que notre horizon. Cela peut être également dans la relation que nous avons avec une personne, que nous sentons quelque chose de cet ordre, peut-être grâce à quelque trait de personnalité ou d’action de la personne que nous côtoyons, si on l’aime assez pour savoir discerner Dieu en elle. Cela peut être aussi de discerner quelque chose de plus grand que l’homme dans ce qui se passe entre quelques personnes réunies.

C’est donc bien à l’intérieur de l’humain que nous expérimentons Dieu, en réalité. Cela ne veut pas dire que Dieu n’existe pas autrement ou ailleurs, mais en ce qui nous concerne, c’est toujours au cœur de la personne humaine et des relations humaines que nous pouvons trouver une relation à Dieu

Il n’est pas certain que Dieu soit plus présent en Jésus qu’en nous. Dans le passage que nous lisons ce matin, Jésus ne le prétend pas. Bien au contraire, il cite ce verset de la Bible qui nous appelle tous « des dieux » et Jésus explique que cela est un don de Dieu, indépendamment de nos qualités et de nos mérites personnels. En donc pas plus pour lui que pour n’importe qui d’autre. Mais ce que dit Jésus c’est qu’il s’est senti personnellement choisi par Dieu pour une mission spéciale : être l’Envoyé dans le monde, l’Apôtre, celui qui témoigne de l’existence de Dieu.

Et c’est vrai que Dieu est présent en Jésus, comme il le dit ici, c’est vrai qu’il y a une unité profonde entre Dieu et lui. Dans la personnalité de Jésus, il existe des signes de ce qu’est Dieu et de ses œuvres. Mais n’exagérons pas quand même, ce sont, comme le dit ici Jésus, quelques-unes de « ses œuvres bonnes » qui montrent l’action Dieu. Une autre partie de ce que fait Jésus est commun à tous les hommes : manger, dormir, en un mot vivre. Il y a du Dieu en lui, et il est homme.

Mais Jésus se présente lui-même comme «fils de Dieu », il refuse absolument de se dire « Dieu ». Pourtant, c’est ce qu’affirmeront hardiment certains conciles quelques siècles plus tard. Malgré tout, il vaut mieux s’en tenir à ce que dit Jésus sur lui-même, et le considérer comme « fils de Dieu », ou comme « l’envoyé » de Dieu dans le monde.

Faut-il prier Jésus ?

Il arrive cependant que l’on prie Jésus, car Dieu est particulièrement visible en lui, et Jésus est plus concret, plus compréhensible que Dieu. À vrai dire, ce n’est pas facile de prier Dieu authentiquement. On ne le voit pas, on ne sait pas bien qui il est, il est même difficile d’imaginer ce que peut bien être Dieu, source de toute vie, mais au-delà de tout. On ne sait même pas s’il existe, ou plutôt nous ne savons pas bien comment il existe… Il est donc naturel d’avoir envie de prier de prier un être plus concret, et Jésus est effectivement un meilleur candidat, quand même, que le premier veau d’or venu.

Prier Jésus, c’est certainement mieux que ne de pas prier et cela peut apporter des effets positifs bien réels. En priant Jésus, c’est Dieu que l’on prie alors en Jésus, ce Dieu qui se manifeste en lui, que l’on sent grâce à lui être source de pardon, source de guérison et de vie, ce Dieu qui nous rejoint, nous accompagne et nous relève, nous réprimande un peu aussi, mais pour nous stimuler… Tout cela, oui, c’est Dieu. Dieu qui est en Jésus, comme il vient en nous, nous dit Jésus. Effectivement, nous sommes façonnés par l’idéal que nous contemplons et prier Jésus c’est se placer face à une bien belle conception de Dieu, de la foi et de la justice, celle de l’Évangile.

Prier Jésus, c’est prendre le risque aussi d’avoir une prière trop facile, trop confortable. Une prière et une conception de Dieu qui restent trop terre à terre pour nous aider à sortir de nous-mêmes, sortir comme un grain de blé jeté en terre, qui, si les conditions sont assez bonnes, devient vivant et s’élève hors de terre.

D’accord, c’est bien au cœur de l’homme que Dieu s’incarne, comme il le fait en Jésus-Christ. Mais justement, ce qui nous tire vers le haut c’est cet appel, cet ensemencement venu directement de Dieu vers chacun de nous, c’est cette force d’évolution qu’est Dieu. La réussite de l’incarnation de la Parole de Dieu en Jésus nous encourage à vivre à notre tour cette ouverture à l’appel singulier que Dieu a pour chacun de nous

Il ne s’agit donc pas pour nous d’adorer le Christ, ni même Dieu en Christ. Mais reconnaissant Dieu en Christ, nous pouvons saisir que Dieu nous a déjà sanctifié comme il a appelé Jésus, mais pour autre chose car nous ne sommes pas Jésus ; Nous sommes un autre individu dans d’autres circonstances, avec notre propre sensibilité.

Nous pouvons donc méditer sur le Christ, mais c’est Dieu et Dieu seul que nous devons prier. Comme Jésus d’ailleurs nous l’a dit dans de nombreuses circonstances.

Prions Dieu

Nous avons en nous, dès notre création, par le souffle de Dieu qui nous a donné la vie et différencié de toute autre espèce vivante, un esprit, une parcelle de Dieu.

Le projet de Dieu est de nous laisser toute liberté, mais seulement après nous avoir fait lever la tête, après nous avoir donné des yeux pour voir et une intelligence pour comprendre, après nous avoir donné une force qui nous permettre d’être effectivement aux commandes de notre vie.

Et c’est à l'Éternel que nous adressons une prière essentielle pour que notre part divine se lève, ressuscite et gouverne enfin notre dimension terrestre.

Une prière pour qu'il continue son œuvre de création dans le monde et en nous, pour « que son règne vienne sur la terre comme au ciel ».

Alors, non seulement Dieu et Christ seront en nous, mais nous aussi serons en Dieu. Et Dieu ne gouverne pas en ordonnant mais en nous éclairant, en nous bonifiant. Nous serons alors une sorte de bénédiction pour quelques-uns autour de nous.

Pour notre joie et pour la leur.


Amen !


Jean Jacques Veillet