Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 11 Décembre 2011

3° Dimanche de l’Avent

Culte à GAP (05)

Textes bibliques:

Esaïe 61, 1-11

Jean 1, 6-8 & 19-28

1 Thessaloniciens 5, 16-24


La lumière de Noël


La vocation du judaïsme a toujours été de détruire les idoles pour faire place au vrai Dieu. Oui, si l’on veut construire du neuf, il faut détruire l’ancien, et avant de rendre un culte au vrai Dieu, il faut faire un travail de destruction, il faut détruire les idoles, détruire toutes les fausses images de Dieu. Il faut faire un travail d’iconoclaste.


Jean-Baptiste est ici le digne représentant du judaïsme. Pour décliner son identité, il va d’abord détruire toutes les idées reçues, toutes les idées que les gens se faisaient de lui. Il va dire qui il n’est pas. Par trois fois, il va prononcer sur sa personne trois négations :

- Vous dites que je suis le Christ, celui qui doit sauver Israël : Eh bien non, je ne le suis pas

- Vous dites que je suis Elie qui serait revenu pour entrer dans l’achèvement des temps[1] : Eh bien non, je ne le suis pas.

- Vous dites que je suis le prophète, le successeur de Moïse[2] : Eh bien non, je ne le suis pas. 

Et pourtant, des raisons de se mettre en avant, Jean-Baptiste en avait : une vie ascétique, une morale irréprochable, une fidélité indéfectible à annoncer la Parole de Dieu au peuple. D’ailleurs, on dira de lui que jusqu’à la nouvelle alliance, personne n’a été plus grand que lui. Que personne ne l’a égalé[3]. Ce n’est pas un petit compliment.


Alors, ferait-il preuve de fausse modestie ? Certainement pas. Ces trois négations ont un but. Ce n’est pas de la fausse modestie : ces trois négations sont destinées à amoindrir son image aux yeux de ceux qui le suivent.

Jean-Baptiste doit affirmer avec force qu’il n’est pas le Christ, ni Elie, ni un nouveau Moïse. Comme Jésus, Jean-Baptiste avait beaucoup de disciples, des foules entières, jusqu’en Asie mineure[4]. Même les chefs religieux craignaient sa popularité. Ils évitaient prudemment de le critiquer devant le peuple. Dans ces conditions, certains de ses disciples pouvaient être en grand danger : ils pouvaient être empêchés de suivre le Christ : Jean-Baptiste pouvait être un obstacle en faisant écran entre eux et Jésus-Christ.

Jean-Baptiste le sait, et il fait ce qu’il faut pour éviter que ses disciples s’attachent trop à lui. Ce n’est pas à lui qu’ils doivent s’attacher, mais à Jésus-Christ seul. On le voit, Jean-Baptiste est tout le contraire d’un gourou : il ne se met pas en avant, il sait s’effacer devant plus grand que lui. Non, Jean-Baptiste n’est pas un gourou : il est un simple témoin. Sa raison d’être est le témoignage. Il devait rendre témoignage à la lumière, nous dit le texte. Cette question du témoignage revient souvent dans l’Evangile de Jean, c’est une caractéristique de cet Evangile. Vous avez peut-être entendu cette exhortation adressée à notre Eglise d’être une Eglise de témoins.


Toutefois, ici il n’est pas question du témoignage au sens où nous l’entendons aujourd’hui : ici, rendre témoignage est un acte juridique. Dans le contexte biblique, c’est au tribunal que les témoins interviennent, et l’un des dix commandements interdit les faux témoignages.

Le témoignage n’a pas sa fin en lui-même, il poursuit un but : il cherche à dévoiler la vérité, à faire toute la lumière sur Celui qui est lui-même la lumière.

Jean-Baptiste ne cherche qu’une chose : il cherche à établir la vérité, comme au tribunal, comme lors d’un procès, où le témoin est là pour établir la vérité, pour mettre en lumière les faits.

Le témoignage de Jean-Baptiste est rendu en vue de la foi, et la foi n’est possible qu’au moyen du témoignage. La seule foi véritable est celle qui s’attache au concret des choses, qui prend appui sur la réalité objective et non sur les chimères de l’imagination.

Jésus-Christ est la Vérité. Jésus-Christ est la Lumière. La lumière, les peintres ont réfléchi à cette question. Léonard de Vinci fait ce constat : il dit qu’aucun corps lumineux n’a jamais vu l’ombre du corps qu’il éclaire[5]. Si Jésus est la lumière, il ne peut pas voir l’obscurité, et il a besoin de quelqu’un qui n’est pas lui-même la lumière, quelqu’un qui connaît l’obscurité, pour attirer toute l’attention sur lui. Non, malgré son ascétisme, malgré sa morale, malgré sa fidélité, Jean-Baptiste n’est pas la lumière : c’est Jésus-Christ qui est la lumière, lui seul.


La raison d’être de Jean-Baptiste est donc simplement d’attirer les regards sur Jésus. Cela exclut le fait que les regards puissent se tourner vers lui. Jean-Baptiste doit donc dissuader vigoureusement tous ceux qui le suivent de le mettre sur un piédestal. Il doit s’effacer devant Jésus-Christ.

Alors Jean-Baptiste confesse tout ce qu’il n’est pas, et une fois qu’il a fait cela, une fois qu’il a détruit toutes les fausses images de lui-même, il va alors confesser qui il est véritablement, il va pouvoir avancer une affirmation, une affirmation juste. Mais cette affirmation est surprenante, déroutante. Qui est Jean-Baptiste ? Comment se voit-il ? Selon ses propres mots, qu’il reprend à la tradition des Ecritures, celle du livre d’Esaïe, il se présente comme une voix : Je suis la voix qui crie, dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur.

Quelle drôle de manière de se présenter : d’habitude, quand on se présente, on donne son nom, son identité. Ici, rien de tout ça : Jean-Baptiste se présente comme étant une voix, et en plus une voix qui ne dit pas quelque chose d’original, mais qui reprend un texte de la tradition, une voix qui s’inscrit dans la tradition, une simple voix.


Une voix, c’est immatériel, une voix, c’est ce qui s’entend, ce qui s’écoute. Et là on est au cœur de la tradition juive, qui est avant tout l’écoute d’une voix, l’écoute de la voix de Dieu. C’est le Shêma Israël, Ecoute Israël, que les Juifs récitent chaque jour.

Et cette voix de Jean-Baptiste retentit… non pas dans des lieux habités, mais dans le désert, dans le désert, là où il n’y a que des pierres sous un ciel de feu, dans le désert, là où il n’y a personne pour entendre. Oui, même par-delà les limites de tout peuplement humain, la voix de Jean-Baptiste retentit. Si sa voix retentit jusque dans le désert, alors c’est qu’elle atteint toute la terre. Sa voix atteint la terre habitée et la terre inhabitée. Aucun lieu de la terre n’est hors de sa portée, aucun homme n’est hors de sa portée. Oui, la voix de Jean-Baptiste, qui appelle à la repentance, n’est arrêtée par rien.

En ce temps de l’Avent, cette voix de Jean-Baptiste qui crie d’aplanir le chemin du Seigneur, cette voix qui nous vient de très loin, cette voix qui nous vient de la tradition juive, cette voix de Jean-Baptiste s’adresse aussi à nous. Elle nous prépare à accueillir le mystère de Noël, elle nous prépare à faciliter la venue de Jésus dans nos cœurs en ayant la même attitude que Jean-Baptiste : en nous effaçant, nous aussi, devant Jésus-Christ, pour qu’il prenne toute la place en nous.


Alors il faut souhaiter que pour nous aujourd’hui, cette voix de Jean-Baptiste qui crie Aplanissez le chemin du Seigneur, il faut souhaiter que cette voix ne se perde pas dans le désert, il faut souhaiter que cette voix trouve dans nos Eglises une écoute. Alors, nos cœurs pourront accueillir la lumière de Noël.


Amen !


Pr Bernard Mourou.


[1] Elie n’était pas mort, cf. 2 R 2 s / Ma 3, 23-24 ; plusieurs passages de la littérature intertestamentaire et rabbinique annonçaient qu’il reviendrait sur terre, cf. Sirach 48, 10 / Hénoch 90, 31 / Shekalim 2, 5 / Sotah 9, 15 / Baba Met Zia 1, 8 / Eduyoth 8, 16

[2] Moïse avait annoncé la venue d’un prophète comme lui, cf. Dt 18, 15

[3] Cf. Mt 11, 11

[4] Cf. Ac 18, 25 / 19, 3

[5] Léonard de VINCI, Traité de la peinture, CCCXXVIII