Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 06 Septembre 2009

Culte à Gap (05000)

 

Lectures du Jour :

Esaïe 35, 4-7

Marc 7, 31-37

Jacques 2, 1-5

 

 


Apolitique, l'Eglise ?…

 

"Les Eglises doivent-elles être apolitiques?"

J'en sais certains qui tremblent se demandant bien par quelle belle pirouette je vais m'en sortir. D'autres peut-être se demandent pourquoi je viens mêler Diable et bon Dieu!!

J'ai toujours entendu cette phrase: "Si tu veux conserver de bonnes relations avec ta famille ou tes amis, parle de tout, sauf de religion et de politique"!!

 

Les Eglises doivent-elles être apolitiques?

Clairement, la formulation de la question appelle un NON; Non, nos Églises de la Réforme ne peuvent pas être apolitiques.

Mais avant d'en arriver là, il nous faut nous arrêter sur les deux mots qui font la question: l'Eglise…et la politique…Ou le politique.

 

Parlons d'abord de l'Eglise.

L'image classique qu'ont les gens de l'Eglise en général est souvent que c'est elle qui s'occupe des choses spirituelles; le rôle de l'Eglise, c'est bien de nous parler des hautes sphères célestes, des choses de Dieu… Oui, mais les choses de Dieu, aujourd'hui, on ne sait plus très bien ce que c'est. Alors, on limite les choses de Dieu aux guerres de religion, aux extrémistes de tous bords.

Aujourd'hui, l'Eglise dans l’imaginaire populaire, c'est Dieu avec sa grande barbe blanche qui a assez traumatisé de générations comme ça avec son image de jugement!

Tiens!! Curieusement , quand on parle du domaine politique, on a les mêmes termes: les politiciens sont à côté de la plaque, ringards, magouilleurs; on n'a plus confiance en eux et ils nous ont assez cassé les pieds comme ça!!

Alors si je commence à mêler Eglise et politique…Aïe, aïe, aïe!!

 

Devons-nous simplement constater que tout est "pourri", et nous désintéresser les uns des autres sous prétexte qu'il n'y a rien de bon à tirer?

 

Dans la théologie luthéro-réformée, c'est par la parole que l'Eglise est constituée; il s'agit bien sûr de la parole que l'Eglise reçoit, qui lui parvient, dont elle est destinataire, et non de celle qu'elle émet, qu'elle prononce, qu'elle adresse.

 

Ainsi, pour nous, la réalité de l'Eglise existe quand des gens se réunissent physiquement, se rassemblent en un endroit et en un temps donnés pour écouter la parole de Dieu et recevoir les sacrements. l'église est une réunion, une assemblée!


Ainsi comprise, l'Eglise ne représente qu'un des temps de la vie chrétienne et non sa totalité.

La réforme tente de se garder d'un impérialisme ecclésiastique qui voudrait absorber et régenter toute la vie chrétienne. Mon existence relève entièrement de Dieu, mais pas entièrement de l'Eglise. Car le domaine de l'Eglise ne se confond pas avec celui de l'Evangile.

Ainsi, au regard de cette vision de l'Eglise qui est d'annoncer la Parole, peut-on dire que les Eglises ont un autre choix que celui d'être apolitiques ?

Il n'y a pas de doctrine politique ou de théorie politique spécifiquement chrétiennes. Il n'y a pas une éthique chrétienne unique, fixée une fois pour toutes, et gardant toujours le même contenu. Ceci est bien plus accentué en ce qui concerne la politique car s'il y a un enseignement éthique explicite dans la Bible, il n'en est pas de même pour la politique.


Il est impossible de tirer une Politique de l'Ecriture Sainte. Cela a été fait bien souvent, mais on peut constater que ces essais sont contradictoires parce qu'il s'agit toujours de justifier une prise de position politique antérieure: la Bible devient alors juste un moyen de légitimation!! D'où l'extrême diversité contradictoire de ce que l'on a pu tirer de l'Ecriture sainte. On a pu démontrer la Monarchie, l'aristocratie ou la démocratie; le capitalisme ou le socialisme et aussi la révolution comme autrefois le conservatisme, sans parler de l'apartheid!!

 

Ainsi, je pense qu'il peut seulement y avoir une recherche d'éthique politique pour des chrétiens: quel comportement la foi en Jésus-Christ provoque dans le monde politique, tel que nous le connaissons?

Voilà, je crois, la seule question possible.


L'absence de doctrine politique spécifiquement chrétienne pourrait conduire des chrétiens à se désintéresser de la politique, pour recentrer la vie chrétienne sur la vie privée. C'est ce qui a souvent été fait, et c'est aussi parfois ce que certains pouvoirs politiques souhaitent (enfermer la "religion" dans le cercle de la vie privée).Ce n’est pas acceptable! Tout d'abord parce qu'il est impossible dans la vie chrétienne de dissocier une vie privée et une vie publique!! La personne devant Dieu est un tout et on ne peut séparer la participation à la société ou à l'activité professionnelle ( qui est politique!!).

 

En second lieu, nous ne pouvons pas nous désintéresser du monde dans lequel nous sommes placés, et dont nous sommes responsables devant Dieu, ainsi que des hommes au milieu desquels nous vivons!!

 

Le protestantisme n'est pas un humanisme. En effet, si c’était ça, nous supprimerions les Églises au profit des partis, les cultes au profit des meetings, la prière au profit de la lutte, l'espérance au profit de l'espoir, l'amour au profit de la solidarité et la foi au profit de la seule science.

L’essai d'équilibre que vise précisément la foi protestante est formé de deux dimensions qu'il faut tenir ensemble.

Nous parlons alors de double citoyenneté, spirituelle et séculière des croyants.

 

En ce qui concerne la citoyenneté spirituelle, le chrétien se comprend et s'assume devant Dieu, Dieu tel qu'il s'est manifesté dans l’Évangile de Jésus-Christ.  Justifié par la foi, il se sait accepté, reconnu tel qu'il est.

Fort de cette conviction, la société, l'histoire, le travail, l'action politique ou les œuvres ne constituent pas des sources de justification ultime. C'est dans cet esprit que le croyant aborde sa vie concrète et y assume ses tâches, y relève les défis quotidiens lancés à sa responsabilité.


Et ça vaut évidemment aussi pour ses fonctions civiques.   en même temps que citoyen du règne du Christ, le croyant est citoyen à part entière du monde. Il prend en charge les responsabilités qui lui incombent selon les rôles et fonctions qu'il assume.

Et je crois qu'il faut ajouter que la fonction politique est une fonction fondamentale pour la coexistence humaine et il vaut la peine de l'exercer, sous quelque forme que ce soit, comme citoyen, comme électeur ou comme élu, comme fonctionnaire, comme magistrat.

Un adage dit que "la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires"…Je pousserai le bouchon plus loin encore en disant que la politique est une chose trop sérieuse pour la confier aux seuls politiciens!!

Autrement dit, nous sommes tous appelés à "faire de la politique" au sens le plus noble du terme.

Ce qui signifie qu'il faut lutter contre la tendance actuelle au désintérêt et à l'abstentionnisme pour accentuer l'exigence d'une participation active et créative.
Comme nous avons à redire sans cesse le message premier de la Réforme: "Le sacerdoce, c'est vous croyantes et croyants", nous avons à redire sans cesse le message premier de la démocratie moderne: "Le souverain, c'est vous citoyennes, citoyens!"

Nous avons alors à porter le souci d'une société ouverte, qui instaure des lieux de débat, de rencontre et de convivialité créative, , permettant à tous de vivre ensemble égaux et différents.

 

Fondamentalement, le test décisif d'une société ouverte demeure celui de l'accueil et de l'intégration des exclus, chômeurs, pauvres, personnes sans domicile fixe, personnes sans papier, requérants d'asile, et c'est la tâche des citoyennes et des citoyens que de soumettre ainsi leur État constamment à ce test de l'accueil et de l'intégration des "petits". Comment, je fais de la politique?!!!

"J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger et vous m'avez recueilli; j'étais nu et vous m'avez vêtu; j'étais malade et vous m'avez rendu visite; j'étais en prison et vous êtes venus vers moi"…"En vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un ou l'autre de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites".

 

Le rassemblement des chrétiens qui constitue donc l'Eglise n'a pas à faire de discours politique. La prédication n'a pas à être une manipulation qui entreprend de dire pour qui les fidèles doivent voter, ou ce qu'ils doivent obligatoirement penser.

 

Les Eglises de la Réforme, leurs prédicateurs n'ont pas à délivrer du "prêt-à-penser" d'aucune sorte; ni dans le domaine de l'éthique conjugale et familiale, ni dans le domaine de l'éthique politique, ni d'ailleurs dans aucun autre domaine.

L'Eglise est le lieu du ressourcement, qui incite à la rencontre avec Dieu en compagnie d'autres personnes.

L'Eglise est le lieu qui peut me permettre de remonter mes batteries spirituelles, de recharger mon espérance, non pas pour affronter le monde, mais pour en être acteur responsable, selon la volonté de Dieu qui a un amour fou pour sa créature et sa création.

 

Mais l'Eglise qui se réunit le dimanche, l'Eglise assemblée, si elle est là pour se ressourcer spirituellement, ne peut entendre un message désincarné!! Dieu lui-même a bien pris notre condition humaine en Jésus-Christ pour nous rejoindre dans notre humanité. Alors, si dans la prédication, chacun retrouve le dimanche un sens profond à ces trois mots: la foi, l'espérance et l'amour, ces trois mots ne peuvent rester vains dans le quotidien des six autres jours!


Alors, c'est au chrétien de s'impliquer, fort de ces trois mots, fort de l'amour de Dieu.

Concrètement aujourd'hui, le chrétien est appelé à s’engager dans les cercles du silence.

Concrètement, le chrétien ne peut laisser certaines reconduites aux frontières abusives, sous prétexte que tout ça, c'est de la politique et que moins on s'en mêle, moins d'ennuis on a. Oui, parler de tout ça est génant. Mais l’Evangile est bien là pour nous bouleverser dans nos conforts personnels et bien objet de scandale…

Concrètement, le chrétien a à se préoccuper de l'autre, à manifester son mécontentement pour l'autre, lorsque par exemple son fauteuil roulant d'handicapé physique a tout le mal possible à se frayer un chemin jusque dans les services de l'Administration…

 

Oui, concrètement, celui qui place sa confiance dans le Dieu de Jésus-Christ ne peut faire l'autruche lorsque des abus se passent dans les prisons ou les commissariats; lorsque tout simplement les droits de l'homme ou de l'enfant sont bafoués.


Voilà bien qui s'appelle la politique au sens noble: celle qui mouille sa chemise pour les autres; celle qui ne cherche pas son propre intérêt mais voit en l'autre une image du Dieu qu'il aime.

 

Ainsi, nous sommes appelés à remettre sans cesse notre engagement politique sur le métier, résistant avec courage à la tentation de la résignation, à l'envie de dire "tout fout le camp" et de tout plaquer ou légitimer son inaction. La foi ne pousse pas à la capitulation, à la démission, mais appelle à ce courage, à cette persévérance nécessaire. Persévérance accompagnée, soutenue par Dieu qui, dit le psaume, gardera ton départ et ton arrivée.

 

"Les Eglises sont-elles apolitiques ?"

Les chrétiens qui la forment n'ont rien compris à l’Évangile s'ils croient que l’Évangile n'est qu'une carotte de l'au-delà nous aidant à vivre du mieux possible individuellement l'ici-bas.

Mais si les Eglises, en partageant ressourcement spirituel, fraîcheur de la parole vivante, importance de l'individu et de l'universel,vivent vraiment cette réalité qu'elles ne sont que le lieu d'un instant pour mieux, chacun et ensemble, vivre dans ce monde en étant responsable;, alors, oui, si elles vivent vraiment cela, elles ne peuvent pas être formées de personnes apolitiques!!

 

Amen !

 

Pr Nathalie PAQUEREAU