Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Jean-Frédéric VERNIER : Un acteur du Réveil dans la Drôme au XIX° Siècle


Cette page a été rédigée à partir de l‘ouvrage «Le Réveil dans la Drôme au XIX° Siècle (1826-1866) », par Samuel VERNIER (1873-1949), aux Editons Ampelos-2008, avec l’aimable autorisation de son directeur, Éric Peyrard.


Cet ouvrage est à l’origine, une thèse rédigée par l’auteur en vue de l’obtention du « grade » de bachelier en théologie, à la faculté de Théologie de Paris, soutenue en 1897 en présence du doyen Auguste SABATIER[1]. et de Samuel BERGER[2], professeur.


Le thème de l’ouvrage :

L’auteur part d’un constat : le département de la Drôme occupe l’un des premiers rangs dans le protestantisme français. Cette primauté s’exprime de diverses façons : Vocations nombreuses dans différents ministères, nombreuses œuvres chrétiennes nées et actives encore aujourd’hui (en 1897) en son sein.

Aujourd’hui encore (en 2016), on peut recenser de nombreuses œuvres sanitaires et sociales protestantes dans ce département, probable rémanence de cette effervescence spirituelle des 19° et 20° siècles[3].

Il attribue la permanence de cette activité au Réveil de la foi dès le début du 19° siècle, il en recherche l’origine et tente d’en analyser les ressorts.

Pour ce faire, l’auteur a choisi de s’attacher aux pas de ces prédicateurs, évangélistes, pasteurs (certains) qui laboureront de leurs pieds ces territoires, parcourant un nombre incalculable de kilomètres sans que ni leur énergie ni leur enthousiasme ne soient jamais (ou presque) entamés, pour comprendre quel moteur les animait.

Singulièrement, il s’attachera aux pas de son grand-père, Jean-Frédéric VERNIER dont il reconstitue le journal quasi quotidien, en compagnie de quelques grands noms dont il fut le contemporain (et qu’il côtoiera), de cette « mission intérieure » (Neff, Cook, Rostan).

Ce n’est donc pas un essai qui théoriserait le Réveil ou les Réveils, ce que l’on peut trouver ailleurs.

C’est un simple compte rendu, rédigé peu de temps après les évènements, du vécu sur le terrain par ces hommes simples, animés par l’esprit de la première pentecôte, dans une région rurale aujourd’hui désertifiée.

Pour nous qui connaissons la suite de l’histoire, (après 1897), et en particulier le troisième réveil, postérieur à la guerre de 14-18 (Jean Cadier[4] et consorts), c’est tout à fait passionnant.

4. La structure de l’ouvrage :

1. L’auteur dresse tout d’abord le constat de l’état de l’Eglise Réformée en France au début du XIX° siècle. Le tableau qu’il dresse indique tout de suite où vont ses sympathies et antipathies, assez tranchées (mais pouvait-il en être autrement ?) :

Ses griefs visent en particulier :

  • L’Eglise « nationale », c’est à dire l’Eglise Réformée officielle, concordataire[5], et ses pasteurs qui par souci du « politiquement correct », ne s’adressent plus à des fidèles mais à des citoyens, ne prêchent plus l’Evangile[6] de la résurrection mais l’ordre moral et les devoirs du citoyen, non plus dans des temples mais dans le temple de la raison (Il fustige sur ½ page Jean RAME, pasteur de Vauvert).
  • Les rationalistes contre lesquels il a la dent d’autant plus dure que, dit-il «  les protestants avaient cru bon de se placer sous leur protection à la révolution », en particulier sa cible n’est autre que Voltaire, l’homme aux idées malfaisantes ; inspirateur d’une religion laïque « sèche et froide »[7].
  • La « Vénérable Compagnie », assemblée des pasteurs de Genève, fondée par Calvin, gardienne de la doctrine. Dans l’Eglise de Genève, en ce début du XIXe siècle, « la lecture de la Bible est négligée, le Seigneur Jésus-Christ méconnu. La Vénérable Compagnie est acquise à la  théologie libérale. L’Eglise dérive en plein rationalisme. Les grands dogmes chrétiens sont niés ». Pire, la Vénérable compagnie, voulant couper court au « fanatisme méthodiste » avait, « par un décret du 3 Mai 1817 interdit aux pasteurs d’aborder dans leurs prédications les thèmes suivants : la manière dont la nature divine est unie à la personne du Christ, le péché originel, la manière dont la grâce opère, la nécessaire repentance, la prédestination. »[8]

Si la situation à Genève préoccupe Vernier c’est qu’en ce temps là les protestants français regardaient encore beaucoup du côté de Genève, et singulièrement ceux du Dauphiné. C’est en fait de Genève que viendra le Réveil, dès 1816, avec Robert Haldane.

En revanche, il ne tarit pas d’éloges sur :

  • Les frères moraves[9], dont les communautés, très actives, piétistes, sont très souvent à l’origine des mouvements de Réveil en Europe continentale,
  • Ami BOST et la Société des Amis (1810), à Genève,
  • La Société Continentale de Londres, à qui « revient l’honneur d’avoir entrepris la première, l’évangélisation de la France »
  • Charles Cook, présenté comme « le père du méthodisme en France »,
  • Le genevois Félix Neff, « l’apôtre des Hautes Alpes », prédicateur à l’église du Bourg du Four, dont la mort à 32 ans donne un relief particulier à son action évangélisatrice.

Son récit peut donc commencer :

Le premier Réveil de la Drôme

Après une courte biographie de la jeunesse de son grand-père élevé dans une famille protestante du Doubs, l’auteur entreprend d’expliquer ce qui est véritablement à l’origine d’un mouvement de réveil :

  1. Il y a tout d’abord des hommes qui cherchent à comprendre le sens profond de quelques versets des Evangiles, en particulier Jean 3/3 : « Si un homme ne naît de nouveau… »[10].
  2. L’aboutissement de cette recherche passe par une conversion, une re-connaissance de l’amour de Dieu et du sacrifice de Jésus (Jean 3/16) pour chacun. Cette conversion permet « La nouvelle naissance » qui va produire un homme libre, affranchi, « rempli d’une joie infinie ».
  3. S’ensuit l’« ardente obligation de transmettre la bonne nouvelle du salut au plus grand nombre d’âmes », d’annoncer « les insondables richesses de Christ », de revenir « au simple Evangile », au « pur Evangile », et la restauration de la prière comme puissant moyen d’intercession et à travers ce moyen, la recherche d’une relation proche, voire fusionnelle, avec Jésus.

Toutes les expressions entre guillemets, employées par S. Vernier, sont une constante des textes relatant les mouvements de Réveil. Elles ont en ce sens un caractère universel, de même que la nécessaire conversion personnelle, surtout peut-être chez les personnes nées dans des familles protestantes, ayant côtoyé Dieu et Jésus Christ depuis leur plus tendre enfance sans jamais l’avoir vraiment rencontré personnellement. De même la pratique de la prière vécue comme un authentique moment de communion avec Notre seigneur est une constante des Réveils.

  1. La mise en œuvre de ce qui est ressenti comme un ordre de Dieu : « Pars »[11], prendra des formes différentes selon le lieu et le temps mais se traduit toujours par une activité débordante, comme si le temps allait manquer, l’itinérance (à pied), les prédications dans et hors les temples, les assemblées de maisons, les distributions de traités, l’émergence d’une ardeur piétiste chez les convertis, l’essaimage de proche en proche, et la constitution d’équipes autour de ce que l’on pourrait appeler « un leader ».

Ces quatre points se retrouvent dans tous les mouvements de Réveil, tant en France que dans les autres pays d’Europe, tant dans les premiers réveils du début du 19° siècle que ceux du début du 20° dans l’entre deux guerres.

Les deux reproches (fondés ou non) qui leur sont faits sont : la dérive émotionnelle des réunions, et leur faible assise théologique, le recours à la Bible se limitant souvent à quelques livres du Nouveau testament, en particulier les épîtres de Paul.

Mais suivons JF Vernier dans son approche de la Drôme:

  • Avril 1826 : il part du Doubs pour Roybon, dans l’Isère, où il arrive en Septembre après avoir parcouru 400 Kms (à pieds) et être passé par la Suisse où il rencontre Ami Bost. Là il ouvre une école et fait venir des bibles.

Autre constante : si les premiers Réveils sont concentrés sur le salut des âmes et n’interviennent pas dans le domaine social, comme le feront les réveils postérieurs à 1870 (le « soupe, savon, salut » de l’Armée du Salut), ils s’intéressent de très près à l’éducation[12], qui est un autre moyen de propagation de la Foi. Félix Neff ira au bout de cette démarche en ouvrant une école normale d’instituteurs, tout en ne dédaignant pas de s’intéresser à l’agronomie, au génie rural et à l’hygiène.

  • Fin 1827, il est appelé par le pasteur de Mens, dans le Trièves[13]. Chaque réunion est suivie de nouvelles conversions.
  • Mai 1829 : il entre dans la Drôme, appelé par le pasteur de Valdrôme[14] pour l’aider « dans une œuvre particulièrement pénible dans une paroisse ingrate ». Durant ce séjour, il se rend à la Motte-Chalancon[15], à Bourdeaux où le pasteur lui refuse le Temple, le traite de « mômier »[16], et s’étonne que Vernier ne soit pas rétribué, lui qui perçoit un traitement de l’Etat. Les assemblées de maisons compensent largement l’absence de lieu de réunion.

Ce récit montre bien les différentes attitudes des pasteurs de l’ERF où nombreux sont ceux convaincus (les plus jeunes ?) de la nécessité d’un regain de la foi, même s’ils ne sont pas tous prêts à participer activement au Réveil, les autres s’étant « fonctionnarisés ».

  • Avril 1830 : nouvelle campagne d’évangélisation et arrivée par hasard à Aucelon[17], où il prêche en plein air. Aucelon devient un haut-lieu de piété où de « nombreuses âmes sont réveillées » où même le maire se convertit, qui fera construire un temple en 1835[18] (aujourd’hui reconverti en mairie, juste retour des choses !!)
  • 1831 : Le consistoire de La Motte le choisit, avec son ami Masson[19], pour effectuer un recensement exact des protestants du consistoire, du nombre de bibles et de nouveaux testaments et du nombre de personnes sachant lire. Chaque soir ils sont hébergés par des frères et en profitent pour tenir réunion.
  • Novembre 1831 : Vernier se fixe à St Roman (près de Châtillon en Diois) où il restera 3 ans et se mariera avec une fille du pays récemment convertie.
  • Fin 1834 : Vernier est appelé à Saillans, plus en aval dans la vallée de la Drôme, où il « travaille avec beaucoup d’énergie à l’avancement du règne de Dieu ». Il visite ainsi de nombreux villages (Espenel, Vercheny, Pontaix, Barsac, Vachères, St Julien en Quint, Crest, Eure, Livron) où « l’on se réunit dans les maisons, on chante des cantiques, et l’on prie avec ardeur ».
  • Vernier découvre ainsi la plaine de Valence, où il trouvera des communautés passablement « assoupies ».


Le réveil dans la Plaine de Valence

JF Vernier inaugure sa prospection de la plaine de Valence par le village de Montmeyran où il tient des réunions dans des maisons, ce qui ne manque pas d’étonner les paroissiens du pays, qui y viennent plus par curiosité que par ardeur religieuse.

- Février 1935 : des familles entières se convertissent, puis de proche en proche dans les villages voisins, où apparaissent au cours des réunions de nouveaux signes de ferveur : les gens pleurent se frappent la poitrine en implorant Dieu : « que dois-je faire pour être sauvé ? »

- De 1835 à 1838, il se fixe à Labeaume, près de Montmeyran, où il tient jusqu’à 17 réunions par semaine, dans les différents hameaux, (accompagné chaque fois par 15 à 20 fidèles), au point d’être atteint d’une « maladie d’épuisement » durant 6 mois. Il est alors relayé par des « disciples », la flamme ne s’éteint donc pas.

- En 1838, il s’installe à Barcelone, près de Chabeuil où il résidera pendant les 33 dernières années de sa vie.

Vernier entre alors en contact avec les villes de la plaine : Romans (12.000 Habitants à l’époque), Valence. Les pasteurs y sont peu nombreux et accueillent favorablement ces évangélistes qui prêchent le pur évangile sans chercher à faire dissidence.

Romans n’ayant pas de temple, les cultes et réunions sont organisés dans des salles louées, et rassemblent une centaine de personnes. Un temple pourra être construit en 1840.

- A partir de 1841, la société évangélique de Genève envoie des équipes d’évangélistes (dont Merle d’Aubigné[20]) pour quadriller le département et affermir les nouveaux convertis (ce qui est un autre point faible des Réveils).

L’œuvre de Réveil accomplie par les missionnaires méthodistes

Quelques années avant les missions de JF Vernier, une autre région de la Drôme, plus méridionale avait été prospectée par des missionnaires anglais, méthodistes, et en particulier Charles Cook[21] dont les campagnes d’évangélisation durant plus de 20 ans laissèrent une marque indélébile dans les Baronnies et singulièrement à Nyons et la vallée de l’Ouvèze (Saint Auban, Sainte Euphémie).

Le mouvement méthodiste, apparaît en Angleterre au sein de l'Église anglicane un siècle avant le Réveil drômois, suivant ainsi l'industrialisation du pays où l'Église est le plus souvent absente des nouvelles cités ouvrières, avec leurs taudis et leur misère.

Il préconise la sainteté personnelle et une vie chrétienne très disciplinée (ou « méthodique »). Le méthodisme se distingue par la doctrine du libre-arbitre selon laquelle les gens sont libres d'accepter ou de refuser la grâce de Dieu et peuvent atteindre la perfection sur terre en surmontant la tentation de pécher, l’opposant ainsi à Calvin et à la prédestination.

Ce mouvement de Réveil commence avec Georges Whitefield (1714-1770). Il va être structuré par John Wesley (1703-1791), fils d’un pasteur anglican, qu’il trouve tiède et mondain.

En réaction contre l'apathie régnante, influencé par les Frères moraves et le commentaire de Luther de l'épître aux Romains, il va prêcher en plein air aux mineurs du pays de Galles, puis à Londres, réunissant des auditoires considérables grâce à son éloquence passionnée.

Prêchant en dehors des paroisses, là où les gens se trouvaient, sur les lieux de travail, les marchés, en plein air, et acceptant des prédicateurs laïcs, Wesley et Whitefield ont créé l'évangélisation moderne.

Marqué par son expérience de conversion qu'il datait exactement du 24 mai 1738, Wesley donnait une grande importance à la sanctification du croyant par les œuvres, ce dernier ayant le devoir, après son « revival of religion [22]», d'avoir une conduite pieuse et bien réglée.

Ce Réveil britannique sera très impliqué dans les luttes sociales, la promotion féminine et l’abolition de la traite des Noirs. Il trouvera un terrain de choix en Amérique, grâce aussi à ses grands rassemblements populaires, ses magazines religieux, ses cantiques d'où naîtront les negro-spirituals.

L’auteur apparaît très impressionné par le travail de Cook. On le serait à moins :

- après avoir passé un an en Normandie et dans les iles anglo-normandes, véritables colonies méthodistes (où l’on parle français), Cook arrive donc à Nyons en 1820. Il est reçu en grande pompe avec enthousiasme.

Il y déploie une grande activité ainsi que dans les villages alentour : à Vinsobres il prêche en plein air devant 2.000 personnes. A La Motte-Chalancon, siège du consistoire Réformé, tous les membres du consistoire viennent l’accueillir.

- Puis il repart (dans le Poitou en particulier). Son travail est poursuivi par Vernier et son ami Masson[23].

- Cook réapparait en 1835 :jusqu’en 1840, il passera tous les ans faire une courte campagne d’évangélisation pour « raffermir les âmes réveillées », en se rendant dans les Hautes Alpes chez son ami Felix Neff. Outre la région de Nyons, il prêche également à Bourdeaux, Dieulefit et le Poët-Laval[24] où il organise les assemblées de maison, chères aux méthodistes, où il accomplit jusqu’à 3 prédications par jour.

- En Octobre 1838 Cook est relayé par Jean-Louis ROSTAN[25], un élève de Neff. Rostan reçoit « un accueil affectueux, l’évangélisation se poursuit avec une nouvelle ardeur jusque dans les chaumières les plus reculées des montagnes, des familles entières entrent dans la bergerie du seul bon pasteur ».

A Bourdeaux, 70 personnes participent à la Sainte Cène. Rostan est un vrai laboureur : il parcourt jusqu’à 100 Kms (à pieds) et prêche jusqu’à 15 fois par semaine.

- En Mai 1839, Rostan s’installe à Establet (entre La Motte et Luc en Diois) pour 6 mois.

Ce village connaîtra un réveil durable et accueillera 100 ans plus tard la brigade de J. Cadier. On cite également l’épisode d’Août 1922 où Alice PONSON, une paysanne se met à proclamer sa conversion en plein culte, interrompant la prédication du pasteur, tout heureux de voir une manifestation concrète de l’œuvre de l’Esprit dans son temple.

- En Octobre 1839, Cook repasse et prêche dans tous les villages du Haut-Diois (La Motte, Charens, Establet, Luc) puis descend vers la plaine de Valence : Die, Montmeyran, Crest, Beaumont, où il prêche devant des assemblées de 700 à 900 personnes (selon les organisateurs !!)

Indéniablement, l'évangélisation méthodiste et l’action de Charles Cook aidèrent puissamment au réveil des Eglises Réformées du Midi de la France, singulièrement dans la Drôme. En 1870, le méthodisme possédait en France 184 lieux de culte desservis par une trentaine de pasteurs et une centaine de prédicateurs laïcs. Il se tint toutefois à l'écart des Eglises Réformées durant la période concordataire, convaincu, comme les Eglises Libres de l'époque, que l'Eglise doit rester séparée de l'Etat.

Ce n’est qu’en 1938, à l’occasion du Synode réunificateur, sous l’impulsion de Marc Boegner, que les méthodistes rejoindront l'Eglise Réformée, de même qu’une partie de l’A.E.E.L.F. (Evangéliques non concordataires) qui avait fait scission en 1849 derrière Frédéric MONOD. Les « libéraux », qui avaient fait scission lors du synode de 1872, réintégrant le « Maison mère ». Cela n’empêcha pas de nouvelles sécessions, en particulier celle de l’UNEREI qui rejeta le préambule de la nouvelle déclaration de foi de 1938, comme une concession inacceptable faite aux libéraux pour emporter leur signature.

Les deux causes du ralentissement du réveil en 1843 : Le Darbysme et les passions politiques

Après 3 chapitres de louanges et de satisfécits sur les bienfaits du Réveil, arrive le chapitre amer, suite au constat du ralentissement de la ferveur, malgré l’unité d’action, soulignée par l’auteur (ce ne sera malheureusement pas toujours le cas – il faudrait parler des conflits survenus en Ardèche) entre toutes les dénominations : pasteurs réformés (de l’E.R. « Nationale »), wesleyens (méthodistes), évangélistes de la Société Evangélique de Genève, laïcs.

Et comme de coutume, il cherche des responsables.

Les premiers seront très vite trouvés : ce seront les darbystes ou « plymouthiens », autre insulte en cours, en réponse à celle de « momier ».

Le darbysme arrive dans la Drôme vers 1843, par le biais d’évangélistes, bien accueillis par les populations tant leurs prédications sont proches des autres « revivalistes ». Mais dès qu’ils ont créé un noyau de fidèles, ils développent le fond de leur doctrine :

  • le Christ est seul chef légitime de l'Eglise,
  • la nécessité pour les chrétiens de ne plus se réunir sous des dénominations diverses mais uniquement au nom de Jésus-Christ, seul centre du rassemblement des chrétiens (Mt 18:20),
  • le sacerdoce universel, spontané et « immédiat » sans médiation d'un clergé,
  • la nécessité d'une foi personnelle et réelle.
  • Les assemblées sont en communion réciproque et sous la direction directe de Jésus-Christ sans intermédiaire humain

Pire, ils attaquent frontalement les Eglises instituées, parlant des temples comme de « maisons de Satan », des pasteurs comme des « donneurs de la mort aux âmes », d’une Eglise en ruine, corrompue par un « alliage impur avec le monde »[26], etc…

Ces attaques jettent d’autant plus le trouble dans les populations que celles-ci sont peu ancrées théologiquement et n’ont pas une grande réflexion ecclésiale, point faible du revivalisme, plus porté sur la multiplication et l’action que sur le rassemblement et la réflexion.

Cela engendre des divisions « entre les chrétien restés fidèles à la saine doctrine de l’Evangile et ceux convertis aux idées de Darby[27]. C’est ainsi que l’avancement du règne de Dieu fut compromis »

Il est dommage que l’auteur ne soit pas allé un peu plus en profondeur, près de 50 ans après ces évènements, car il aurait probablement constaté que ces « assemblées de frères », (« étroits » ou « larges », car le darbysme a ses propres dissidences) étaient encore bien actives et ferventes, à leur manière, symétrique du revivalisme émotionnel.

Le pasteur Trocmé le constatera, lorsqu’il essaiera d’organiser, en 1941, au Chambon l’accueil d’enfants juifs. Il trouvera des volontaires bien plus spontanément chez les darbystes du Plateau que chez ses propres paroissiens.

Une autre anecdote : en 1982, j’ai eu l’occasion de participer[28] à un culte de Noël, au « local » de l’assemblée de Valdrôme, village cité plus haut, dans une salle comble, alors que le temple réformé est déserté depuis longtemps.

Cela peut conduire à quelques nuances dont l’auteur s’est exonéré.

Le second responsable est l’agitation et le trouble politique de 1848 à 1851 : la Révolution de 1848, l’éphémère Seconde République, qui avait pourtant donné lieu à une refonte des articles 7 et 8 de la Loi organique, plus favorable au libre exercice des cultes, le coup d’Etat du 2 Décembre 1851, cela fait beaucoup.

L’effervescence qui s’ensuivit, les divisions lors des élections, n’étaient plus guère favorables à une sereine proclamation de l’Evangile.

Par ailleurs, dans la première année de son pouvoir, la police du prince-président voyait en tout rassemblement un complot en puissance.

Elle était d’autant plus nerveuse que le département voisin (les Basses-Alpes de l’époque), et le Sud de la Drôme (Bourdeaux) ont résisté au coup d'Etat du 2 Décembre 1851.  Le peuple avait pris les armes et affronté les troupes de Badinguet aux Mées (Alpes de Hte Provence), et remporté une victoire le 8 décembre avant sa dispersion et une sévère répression : incarcérations à la tour de Crest, déportations à Cayenne ou en Algérie.

De ce passé autonome et progressiste, la région tirera une solide tradition républicaine et gauchisante encore vive aujourd’hui.

Mais dès 1852, l’ordre revient et un second Réveil peut s’opérer dans les campagnes drômoises.


Le second réveil dans la Plaine de Valence

L’auteur souligne une nouvelle fois, à juste raison, ce qui est pour lui un signe : l’unité retrouvée au plan local, manifestée en Novembre 1852, par une réunion entre 10 pasteurs de l’Eglise nationale, 4 pasteurs des Eglises indépendantes, 6 évangélistes de la Société de Genève, 2 pasteurs méthodistes (Cook et Lelievre). « Tous étaient venus, poussés par un besoin pressant de s’édifier ensemble dans une communion de foi et d’amour chrétien. »

Ils tiennent réunion ensemble devant 800 personnes, et recommencent ces scènes de conversion, de gens en pleurs tombant dans les bras les uns les autres, de jeunes filles aux mœurs légères donnant leur cœur à Dieu, ce que l’auteur qualifie « d’effusion de l’Esprit comme on n’en a jamais vue».

Cette action commune, faite sous le sceau de l’Alliance Evangélique donne encore plus de force au message des prédicateurs qui endiguent ainsi l’influence des darbystes et d’éventuelles velléités séparatistes.

JF Vernier poursuit donc son œuvre missionnaire, « parlant des insondables richesses du Christ avec une force peu commune, oubliant son âge déjà avancé et les fatigues de ses courses à pieds ».


Le second réveil dans le Nyonsais

Ce second Réveil a comme serviteur, J. Lelievre[29], pasteur méthodiste qui agit dans un triangle Nyons-Bourdeaux-Dieulefit :

  • A Bourdeaux, ce sont 100 personnes qui se convertissent en trois mois,
  • A Dieulefit, c’est à l’école que s’opèrent de nombreuses conversions qui produiront 7 pasteurs et autant d’instituteurs,
  • A Nyons, le pasteur réformé travaille main dans la main avec Lelievre.


Les résultats du second réveil

Des résultats tangibles, pérennisant les effets du Réveil commencent à apparaître. Ce sont :

  • Les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (et Jeunes Filles) : 14 seront créées dans le département, de 1852 à 1857
  • Une vingtaine de pasteurs de la Drôme et de l’Ardèche, « rationalistes ou indifférents » se convertissent au revivalisme.
  • En 1854 est créée une revue : « La vie Chrétienne »,
  • Des chapelles sont construites,
  • Charles Cook, qui s’est fixé à Lausanne, continuera d’entretenir une correspondance intense jusqu’à sa mort en 1858,
  • JF Vernier, fixé à côté de Chabeuil, continuera ses tournées jusqu’à sa mort en 1871, après avoir servi durant quarante années « son Seigneur et maître, par amour pour les âmes égarées, et cela a pu lui suffire ».

Dans les effets durables, il faut également souligner que le Diois a fourni et continue de fournir de nombreux leaders politiques et syndicaux locaux, contribuant à animer et développer cette région rurale frappée, comme bien d’autres par l’exode rural. On retiendra enfin que la Drôme du Sud fut un vivier du Mouvement d’Action Rural Protestant (les rencontres de Chabeuil jusque dans les années 70).


Conclusion de l’auteur

La conclusion de l’auteur de cette thèse est une forme de bilan :

  • Tout d’abord de la formidable diversité des hommes « dont Dieu s’est servi pour produire le Réveil »,
  • Le point commun de tous ces hommes : La prière, « qui a fait la force et la vie spirituelle des hommes du réveil » (et peut-être notre faiblesse aujourd’hui).
  • La joie qui transparaît dans leur vie quotidienne,
  • Une théologie simple, simpliste diront certains :
  • « Le salut par Jésus Christ pour celui qui se repent et accepte de naître de nouveau, la damnation éternelle pour les autres ».

Il conçoit néanmoins quelques points faibles : « l’effervescence de certaines conversions qui ne durent que le temps de l’excitation nerveuse », mais pour finir il met en avant les extraordinaires résultats des Réveils et l’impérieuse nécessité de crier très fort aux églises endormies : « Réveillez-vous, et Christ vous éclairera ».


Commentaire sur l’ouvrage

Cet ouvrage a les défauts de ses qualités :

  • On apprécie ce suivi pas à pas de JF Vernier, et de sa vie quotidienne, au point d’en connaître des aspects très anecdotiques, ces itinérances jusque dans les villages les plus reculés, impressionnantes pour qui connaît ces contrées,
  • On est interpellé par cette constance dans la volonté évangélisatrice de JF Vernier et ses compagnons, et l’on se pose cette question : mais quel carburant ont-ils dans leur moteur ? tout en connaissant parfaitement la réponse…
  • On discerne très bien ce qui relève de constantes dans les mouvements de Réveil et ce qui peut apparaître comme spécifique au mouvement de la Drôme

Les constantes, je les ai retrouvées en feuilletant divers ouvrages (J. Cadier, Champendal, Berrus, Bordigoni, Eberhardt, etc…) sur le Réveil dans la Drôme au 20° siècle cette fois, (1922-1935) :

  • Au départ, des hommes, (30 pasteurs de tout le Sud-Drôme) se retrouvant dans une prière commune, intense, portée physiquement, avec une totale disponibilité pour accomplir la volonté divine, une acceptation à priori, d’en assumer les conséquences,
  • Un souci d’unité trans-dénominationnelle,
  • Un travail d’équipe,
  • Des moyens d’évangélisations adaptés au moment : arrivée des voitures, des hauts parleurs, des affiches, réunions dans des arrière salles de bistrots, revues, etc…
  • D’un réveil à l’autre, on est frappé par la similitude des itinéraires : les mêmes villages, les mêmes temples, probablement les mêmes familles, la similitude des thèmes : nécessité de la conversion (identifiée à une date précise) qui permet une « nouvelle naissance », Dieu n’a pas besoin de religieux mais de témoins[30], c’est un véritable et impressionnant copié-collé.

Les particularités du 1° Réveil drômois :

  • C’est assurément les interventions extérieures, tant financières (Société Continentale de Londres, puis Société Evangélique de Genève) qu’humaines, qui ont bien épaulé les évangélistes locaux (Masson, Neff, Cook, Lelievre, JF Vernier lui-même, etc…)
  • A contrario, le réveil de 1922 est totalement « endogène », uniquement animé par les pasteurs locaux, même si le terrain fut préparé (et de quelle façon !) par « l’alsacien » Tommy Fallot[31], au tournant du siècle.
  • Enfin, ne pas négliger l’absence de conflit majeur entre revivalistes et institutions, sujet sur lequel l’auteur est très discret, alors qu’en Ardèche-Haute Loire, des crises profondes sont apparues (Eglise libre du Riou[32], entre autres), et que le darbysme y fut autrement plus présent, et pérenne. Le chapitre de S. Vernier sur ce thème est assez caricatural, mais cela fait partie aussi de son intérêt.

Pour conclure…

Ce voyage à travers les Réveils Drômois, Haut-Alpin, Ardéchois, nous pose la question de savoir comment en 1 siècle, nous avons pu en arriver à la situation actuelle : nos églises, aujourd’hui, comment les qualifieraient Vernier, Cadier et consorts : assoupies, endormies, en coma dépassé ?

Nos paroisses rurales ne sont-elles pas les victimes d’un irréversible exode rural plus que séculaire, aggravé par la saignée de la guerre de 14-18, par une irréfragable (pour le moment) sécularisation de notre société, contre lesquels les quelques familles huguenotes du terroir[33] restées fidèles au pays ne peuvent pas grand-chose, sinon repenser que la prière peut permettre à l’Esprit de se mettre à l’œuvre…à moins qu’au fond, nous ne souhaitions pas vraiment prendre le risque d’être conduits sur des chemins où nous (à la différence de nos prédécesseurs) n’aurions pas très envie d’aller[34].

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Samuel Vernier obtint son Baccalauréat en Théologie et fut nommé la même année, suffragant de la paroisse de Lemé :

Cette paroisse est un fief du Protestantisme dans le Nord de la France, en Thiérache (département de l’Aisne) dont les origines remontent  aux "Bibliens de Meaux » (Lefèvre d’Etaples, l’évêque Briçonnet)), qui, armés de leur foi évangélique y ont constitué, dès 1525, les premières communautés.

Il obtint son premier poste à Beaurières (83 habitants aujourd’hui), dans le Diois, au pied du Col de Cabre. Ce fut également le premier poste de Jacques Deransart, qui succédera quelques années plus tard à Jean Cadier au poste de Valdrome, tous deux étant signataires des « Thèses de Pomeyrol » en Juin 1941. L’Esprit du Réveil continuait de souffler…


[1] A. Sabatier est le principal fondateur de la Faculté de théologie protestante de Paris (décret du 27 mars 1877) dont il devint le doyen en 1895. Bien que né (en 1839) en Ardèche, dans une famille fortement marquée par la piété du réveil, il développa le concept du symbolo-fidéisme, courant de pensée affirmant la nécessaire adaptation du christianisme aux modernités de chaque époque, rejetant l’idée de la transcendance divine et d’une foi fondée sur la seule autorité des Ecritures, développant la thèse du caractère spirituel de la résurrection, déclenchant ainsi une réaction terrible d’Edmond de Pressensé et de ses amis « évangéliques ».

Sabatier sera toutefois un modérateur dans le tourbillon du synode de 1872, essayant, sans succès, de rassembler les deux Eglises Réformées qui en étaient issues.

[2] Samuel BERGER était un spécialiste des Bibles médiévales et Vaudoises.

[3] On peut citer :

* Le Diaconat protestant à Valence, aux actions multisectorielles : Personnes âgées, Habitat jeunes, actions sociales et médico-sociales à Valence et en Val de Drôme, Accueil de jour, actions en direction des gens du voyage.

* la collaboration de l’Entraide protestante et d’Habitat et Humanisme à Montélimar

* L’Entraide Protestante de Livron

* Le CADA géré par le Diaconat Protestant Drôme-Ardèche à Valence,

* Le C.H.R.S. de l’Entraide protestante à Montélimar

[4] Samuel Vernier, décédé après la seconde guerre mondiale, fut un contemporain de J. Cadier, lequel rédigea la biographie de J.F. Vernier, avec Elie Vernier, le père de Samuel.

[5] S. Vernier ne le sait pas encore, mais ce régime n’a plus que 8 ans à vivre.

[6] Entre 1820 et 1848 apparaissent des communautés indépendantes qui se veulent des Églises de professants, vivant en marge du Concordat, donc « libres » de liens avec l’Etat. Dans le bouillonnement de la révolution de 1848, sous l’impulsion de Frédéric Monod, et Agénor de Gasparin, nombres de communautés se séparent de l’Eglise Réformée et fondent (en 1849) l’Union des Eglise Evangéliques Libres de France (55 communautés aujourd’hui)

[7] De fait, nombre de pasteurs professaient une sorte de Théisme chrétien qui donnera naissance au protestantisme libéral et à la scission du synode de 1872.

[8] Voir au sujet de la V.C. la biographie de César MALAN par Patrick CHENAUX

[9] Disciples du réformateur Jean Hus, originaire de Bohème-Moravie, brûlé vif en 1415, les frères moraves subiront une diaspora dans toute l’Europe et plus tard bien au-delà. Il seront accueillis à bras ouverts en Saxe par Zinzendorf, et à Genève où ils fonderont l’Église du Bourg du Four, de tendance très piétiste.

[10] C’est le « born again » des évangéliques américains revendiqué par plusieurs présidents des Etats-Unis (J. Carter, G. Bush).

[11] C’est le fameux « appel » que relatent par exemple Robert Mac All ou Albert Schweitzer

[12] Appliquant le postulat de Luther, à méditer, « L’école est la pépinière de l’église ».

[13] Qui communique avec le Diois par les cols de Menée (1402 m) et de Grimone (1318 m.)

[14] Valdrôme : 118 hab. aujourd’hui, situé tout au fond du Diois, aux sources de la rivière Drôme, communique avec les Hautes Alpes (Serres) par le col de Carabès (1262 m.)

[15] la Motte Chalancon : Chef lieu de canton (455 hab. aujourd’hui) situé entre Luc en Diois et Rémusat. Cité huguenote depuis le XVI° siècle (Charles Dupuy de Montbrun), était le siège du consistoire de la Dôme sous le concordat.

[16] Cette expression qui vient du verbe « se mômer », « se déguiser », servit à désigner vers 1818 les protestants dissidents dans le canton de Vaud et à Genève, adeptes du Réveil initié par les frères moraves, mais toujours rattachés à leur église d’origine. Cette expression sera reprise sur le Plateau Ardéchois pour désigner les revivalistes puis les darbystes encore très présents aujourd’hui.

[17] Aucelon : commune du canton de Luc (30 Hab. aujourd’hui)

[18] Sur le mur derrière la chaire, est inscrit : "Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé".

[19] Très actif dans la Drôme, l’Isère et les Hautes Alpes. Voir le compte rendu de l’Assemblée générale de la Société évangélique de Genève: tenue le 21 juin 1842

[20] Jean-Henri Merle d’Aubigné (1794-1872), est né à Genève au sein de cette grande famille huguenote. Très influencé par Robert Haldane qui arrive à Genève en 1818, il choisit le ministère pastoral qu’il exercera en Allemagne. Revenu à Genève, il est interdit de prêche par la Vénérable Compagnie. Il se consacrera dès lors au développement du Réveil, en France en particulier.

[21] Charles Cook (1787-1858), pasteur Wesleyen, arrive en France en 1818. Après un séjour en Normandie, il se fixera en 1824 à Congénies en Vaunage, d’où il rayonnera. Il épouse en 1826, à Montauban, Julie Marzials. fille de pasteur. Parmi ses descendants, on peut citer son petit-fils Robert Cook, pasteur à Vabre pendant la seconde guerre mondiale, qui sera distingué comme juste parmi les nations. Vabre est la ville de naissance de Jean Cadier, qui y retourna se cacher durant la guerre, sa tête ayant été mise à prix (1.500.000 Francs) par la Gestapo.

[22] Ce qui donnera naissance aux néologismes « revivalisme, revivaliste ».

[23] Masson était un agent de la Société Continentale de Londres. Son secteur de prédications était plutôt la région de Bourdeaux, où il fut condamné à 2 mois de prison pour infraction à la loi sur les associations, sur requête du maire qui « n’aime pas les cultes non officiels ».

[24] Où se trouve le musée du protestantisme Dauphinois

[25]  Il est né le 8 janvier 1807 à Vars, dans le Queyras, dans une famille paysanne de tradition huguenote. Il devient l’élève de Neff dans la petite école de Dormillouze (1825-1826). Après des études de théologie à Montauban, il sillonnera le Dauphiné et la Provence comme colporteur. C’est ainsi qu’il découvrira Congénies, où il se fixera et développera ses liens avec le méthodisme dont il deviendra pasteur en 1838, travaillant ensuite avec Cook et Lelievre.

Il reviendra périodiquement dans les Alpes pour y poursuivre l’œuvre de réveil, de Neff.

[26] En référence à la Prière Sacerdotale

[27] J. N. Darby fit ses premières tournées en France, en Ardèche : Annonay en 1841, Vernoux en 1843, pour remonter ensuite la vallée de l’Eyrieux, où il développa entre autres ses thèses sur le Sacerdoce Universel.

[28] Ou presque, car n’ayant pas de lettre de recommandation, (puisque non membre d’une autre assemblée), je n’ai pu partager la Sainte Cène. Je n’étais pas un « frère de l’assemblée » mais seulement « un frère en Christ », me dit-on à la sortie, en m’embrassant tout de même. Mon ami, que j’accompagnais, avait pris soin de remettre sa lettre à l’un des « anciens » en début de réunion.

Ce fondamentalisme, qui conduisait, il y a encore peu, les filles à faire du ski en jupes, ce fonctionnement de type secte, assumé, totalement en marge de toute organisation, a connu une assez forte expansion aux Etats-Unis où la Bible la plus diffusée est la version Darby, introduite par Scofield à la fin du 19° siècle, ce qui a généré là-bas la propagation de thèses millénaristes et sionistes, politiquement assez dangereuses, mais c’est un autre sujet.

[29] Ce normand né en 1793 se convertira au méthodisme en 1817 dont il deviendra prédicateur, en Normandie et dans les iles anglo-normandes (fief du méthodisme). Il ne « descendra » dans le Sud qu’en 1832 : à Vauvert, Ganges, La Drôme la Vaunage. Ses prédications, simples, vivantes, et enflammées provoquèrent de nombreuses conversions, mais attiraient aussi beaucoup d’opposition de la part des pasteurs Réformés concordataires.

[30] Ce qui donnera naissance au concept « d’églises de confessants »

[31] On rappellera opportunément que Tommy Fallot était l’oncle de Marc Boegner, lequel eut pour premier poste pastoral la paroisse d’Aouste/Sye (à côté de Crest) succédant ainsi à son oncle, en 1911.

[32] Au Mazet St Voy (Haute Loire), adhérente de l’AEELF

[33] Pour reprendre l’expression du réactionnaire Alphonse Daudet, qui opposait les bons « huguenots de terroir » aux méchants protestants de l’étranger qui irritaient sa xénophobie.

[34] Jean 21/18