Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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L’HISTOIRE DEUTÉRONOMISTE


  • Contexte historique

L’écriture de l’ancien testament (AT) est le fruit d’une multitude de mains qui ont écrit, réécrit des textes, des histoires, au fur et à mesure que les supports évoluaient : Papyrus, rouleaux de cuir, tablettes et que l’écriture se complexifiait, depuis l’écriture cunéiforme des sumériens, permettant d’écrire au sens moderne du terme, à partir du 6° siècle (avant JC).

A -1000, le royaume est une monarchie régnant sur les 12 tribus réparties sur tout le territoire de la Terre Promise, sur les deux rives du Jourdain, qui ont leurs sanctuaires où sont vénérés les dieux.

Naissent de petits récits (Gen 32/24-31), des récits étiologiques qui expliquent symboliquement l’origine des noms de lieux, et en même temps des textes qui édictent des lois (Ex 21/23) : Code de la Loi, « Code de l’Alliance », qui reprend toute la jurisprudence du Moyen-Orient ancien (code d'Hammourabi).

Ils peuvent aussi être des textes épiques racontant les combats (victorieux) des chefs hébreux (victoire de Gédéon sur les Madianites, du pays de Madian).

Mais en -722, chute de Samarie, grande capitale du royaume du Nord : la 1° catastrophe depuis Salomon, et la création de ce royaume en -933 par Jéroboam, opposé à un autre fils de Salomon, Roboam.

Israël n’existe plus. Mais Juda n’est pas détruit, grâce aux talents de négociateur (avec les assyriens) de son roi Ézéchias.


  • La réforme de JOSIAS

Commence pour Juda une période de développement économique, de prospérité et d’euphorie.

Manassé succède à Ézéchias et retourne au culte des idoles. Son règne va durer 50 ans. A cette époque, le culte à YHWH est donc souvent associé à d’autres divinités (Ashera-Astarté).

C’est dans ce contexte que va naître l’AT, sous le règne de Josias, qui va s’élever contre cette façon de concevoir YHWH et le culte que l’on doit lui rendre.

Ce grand réformateur restaurera la relation de confiance avec l’Eternel après la découverte du livre de la Loi dans le temple, et des commandements de Dieu. Le peuple ne les ayant plus mis en pratique depuis plusieurs générations, Josias craint le courroux de l’Eternel. 

Il instaurera les deux concepts suivants :

  • En Juda, il ne peut y avoir qu’un seul Dieu, transcrit dans le « chémâ Israël », avec en corollaire la lutte contre une pratique polythéiste et le retour à « l’exclusivisme Yahviste »[1].
  • La centralisation du culte à Jérusalem (I Rois 22-23) :

1 seul Dieu, 1 seul Sanctuaire.


Traduction française du Chémâ Israël (Dt 6/4-9) :


Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu, est le Seigneur UN

Béni soit à jamais le nom de Son règne glorieux

Tu aimeras l'Éternel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens

Que les commandements que je te prescris aujourd'hui soient gravés dans ton cœur

Tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras (constamment), dans ta maison ou en voyage, 

en te couchant et en te levant

Attache-les en signe sur ta main, et porte-les comme un fronteau entre tes yeux

Écris-les sur les poteaux de ta maison et sur tes portes


Josias va profiter de l’affaiblissement des assyriens (c’est l’empire babylonien qui s’impose progressivement) pour renforcer son pouvoir et son action, qui passe aussi par la naissance d’une littérature juive avec l’écriture des premiers livres (ou de leurs premières versions) :

Le DT est écrit en prenant comme modèle les traités de vassalité assyriens, pour dire que le suzerain d’Israël c’est JHWH et non Assour.

Les premiers livres écrits s’affirment donc comme une littérature de résistance à l’occupant.

Ainsi se constitue une première bibliothèque de livres, un corpus cohérent depuis le Deutéronome jusqu’au 2° livre des Rois, c’est à dire reprenant l’histoire du Peuple Choisi, depuis Moïse jusqu’à l’Exil, suivant la dynastie de David sur plus de 4 siècles.

Son propos est de montrer la grandeur des rois des deux royaumes avec un parti pris : les grandes figures viennent de Juda : David, Ezéchias, et surtout Josias, le dernier grand, alors que rien de bon ne se trouve en Samarie (sauf dans Jean 4/1-42)


ÉPOQUES ET RAISONS DE L’ECRITURE DE HD :

Josias, dernier grand roi de Juda est ainsi celui qui renoue le lien entre l’enseignement de Moïse et le peuple hébreu. Il est celui qui accomplit le Deutéronome (de nombreux passages parallèles entre 2 Rois et DT en attestent – (2 Rois 22 et Dt 31), qui renoue l’alliance avec YHWH et qui donne au peuple le chémâ Israël (2 Rois 23/25 et Dt 6/4-9) juste avant l’Exil.

Car 2 évènements graves vont bouleverser la vie du peuple hébreu :


  1. En 604, la mort du roi Josias, à la bataille de Megiddo contre le pharaon Néchao, qui tentait de traverser Canaan pour stopper les Babyloniens. Cette mort interpelle les judéens : pourquoi notre roi est-il mort, lui qui était juste et fidèle à JHWH ? Pourquoi l’Eternel ne l’a-t-il pas protégé ?

  2. En 597, chute de Jérusalem, investie par les Babyloniens. Pire, en 587, suite aux intrigues des fils de Josias, le Temple sera détruit, Jérusalem rasée et le peuple déporté (en réalité de 5 à 20.000 personnes, le roi, sa famille, la cour, les citadins, artisans, commerçants. Les ruraux restent sur place). Jérusalem devient ville ouverte.

Les déportés emmènent avec eux les rouleaux trouvés par Josias et les textes écrits sous son règne, et approfondissent les traditions prescrites dans ces textes, c’est une façon pour eux de continuer à exister en tant que peuple, car le peuple n’a plus rien :

  • Le roi est mort, il n’y a plus de dynastie,
  • Le Temple est détruit,
  • La ville sainte est rasée,
  • Le Royaume de Juda est anéanti.

Ils cherchent à trouver un sens à ce qui leur arrive car ils sont totalement remis en cause dans leur histoire symbolique, construite par des siècles de transmission orale et écrite. Que se passe-t-il ?

  • Pourquoi notre roi, lui qui était un fidèle serviteur, qui a ramené le Peuple dans le droit chemin a-t-il pu mourir, tué par nos ennemis ?
  • Le Dieu de nos ennemis serait-il plus puissant que Notre Dieu,
  • Ou bien notre Dieu nous aurait-il abandonné ?
  • Pourquoi un tel châtiment ? serait-ce l’accomplissement de ce que déjà Moïse avait réussi à repousser (Ex. 32/9-14) ?

Cherchant à redonner sens à leur histoire, ils vont trouver une clé explicative, et écrire sous un nouvel éclairage l’histoire de leur peuple, de ses relations avec Dieu, former le premier corpus cohérent de l’AT :

« Si Samarie est tombée, si Juda est tombé, c’est que les rois et le peuple ont été infidèles aux lois de JHWH (2 Rois 17/1-12). Il faut donc remettre la Loi au centre de notre vie quotidienne. On va trouver un sens à tout cela et pouvoir rebondir, sinon en tant qu’Etat, mais en tant que Peuple de Dieu, le Peuple choisi, qui gardera son identité. »

Ainsi naît le premier AT : c’est l’histoire deutéronomique, qui raconte d’une façon cohérente l’histoire du peuple hébreu, de Josué à Josias, en un cycle complet, l’homonymie des deux serviteurs de Dieu à chaque bout de la chaîne indiquant que « la boucle est bouclée ». Il en est de même pour les évènements qui bornent cette longue histoire :

  • Avec Josué, c’est l’entrée en Canaan
  • Après Josias, c’est l’exil, la sortie de Canaan.


LES LIVRES DE H.D.


Le Deutéronome : (« La seconde Loi »),

Le Deutéronome précède l’entrée en Canaan et reprend le décalogue sous la forme de « trois discours de Moïse », ce qui fait dire aux fondamentalistes que le Deutéronome a été écrit par Moïse, (y compris sa propre mort ?)

  • chapitres 1 à 30 : « Les trois discours de Moïse »,
  • puis les 4 derniers chapitres où Moïse désigne Josué pour lui succéder, confie la Loi aux Lévites, donne ses dernières exhortations au peuple (« cantique de Moïse ») et donne sa bénédiction à chacune des 12 tribus. Puis Moïse meurt sans « traverser le Jourdain » (Dt 31/2)

    Le Livre de Josué (1 à 12) :

Le livre de Josué traite de l’entrée en Canaan, de la conquête de la terre Promise au-delà du Jourdain, par un Israël triomphant qui vainc ses ennemis. Le livre légitime un Juda puissant.

Puis Josué partage le territoire entre les 12 tribus. Si Josué fut fidèle à l’Eternel jusqu’à sa mort, il n’en fut pas de même pour le peuple, ce qui obligea Josué à lui faire prêter serment de fidélité (Jos 28/25-28).

Ayant été écrit par les contemporains de Josias, on ne peut que faire un parallèle ente Josué et Josias, dans ses aspirations à restaurer le lustre de Juda, qui passe par un retour à la fidélité envers YHWH, selon le schéma d'interprétation suivant :

Infidélité > punition > repentance > grâce > bénédiction,

Qui se vérifiera tout au long de l’histoire du Peuple, ce qui donne à ce livre le ton d’un contenu prophétique.

Le Livre des Juges

Ce livre traite de la succession, lourde, de Josué, où le Peuple s’empressa de s’éloigner de Dieu pour se tourner vers Baal et Astarté (Ashera).

Et tout au long du livre on assiste à une alternance d’infidélité, de sanctions diverses (guerres perdues contre les peuples voisins ou les cananéens), d’intervention de Juges envoyés par l’Eternel dont certains sont restés célèbres (Gédéon, Déborah, Samson), certains n’étant pas exempts d’infidélités.

Ce livre, tout en se présentant comme un précis historique, est une longue mise en garde du peuple contre les conséquences de l’infidélité à l’Eternel.

Les Livres de Samuel :

2 livres consacrés à David. Saül, premier roi, est progressivement rejeté :

- Samuel 1 : Election de Saül, ses erreurs et sa disgrâce, ascension parallèle de David, soutenu par Samuel.

- Samuel 2 : Consolidation, rayonnement puis déclin du règne de David. L’épisode Bethsabée-Urie entache son règne et empêche de le glorifier, car « à YHWH (qui envoie Nathan pour remettre de l’ordre) seul la Gloire ». La succession de David sera assez agitée (règne contrasté de Salomon, schisme en 933-926)
Les Livres des Rois :

- I Rois 1 à 11 : Histoire du règne de Salomon, aux débuts glorieux. Fidèle à YHWH il fait construire le Temple. Empreint de sagesse (« jugement de Salomon »), il se retrouve en fin de règne avec 700 épouses et 300 concubines, et tolère les cultes idolâtres.

- I Rois 12 à 22 : Commence par le schisme des 10 tribus et la double histoire des rois des deux royaumes commençant par Jéroboam au Nord (Israël) et Roboam au Sud (Juda).

Prophéties et miracles d’Elie (la veuve de Sarepta) et vocation d’Elisée. 

- II Rois 1 à 17 : Histoire des rois de Juda et des derniers rois d’Israël.

- II Rois 18 à 25 : Les derniers rois de Juda : Alternance de rois fidèles (Ézéchias, Josias) et infidèles (Manassé, Amon). Prophéties d’Esaïe sur la captivité et l’exil à Babylone (2 Rois 20/12-21).


HD : UN PROJET THÉOLOGIQUE

Tous ces livres donnent la primauté à la relation avec Dieu, à l’écoute de sa Parole, à l’observance de ses commandements. L’institution religieuse, son organisation, arrivent en second plan.

Tous ces livres formeront Le Livre, point central de la religion. Après l’exil, si le peuple a de nouveau un roi (Dt 17/14-20), il devra se placer sous la Loi et être le 1° observant de la Torah. Ainsi seulement le peuple pourra se reconstruire, et la période post-exilique verra la finalisation de l’AT, puis encore plus tard et progressivement, le canon hébraïque dont la traduction grecque (par les 72 traducteurs) daterait de 272 avant JC.


Avec l’historiographie deutéronomiste, on est dans un schéma où c’est le futur qui explique et éclaire le passé et non l’inverse. L’histoire deutéronomiste est une histoire rétrospective, répondant à un projet théologique : Susciter l’espoir pour persévérer dans la résistance « espérer c’est résister ».


[1] L’expression « Yahviste » se rattache à la dénomination de Dieu par les Judéens : Yahvé ou YHWH, le Dieu unique et exclusif de tout autre, proclamé par le « chémâ Israël », par opposition à Elohim, nom donné à Dieu par les Samaritains. Elohim, voisinait assez souvent avec d’autres divinités.