Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 27 mai 2012

(Culte de Pentecôte avec Baptême de Laure F.)

Orpierre (05700)

Textes bibliques:

Actes 2, 1-11

Galates 5, 16-25

Parler le bon langage

Chers amis, Frères et sœurs,

Chaque année, nous relisons ce texte des Actes des Apôtres, écrit par Luc, non seulement pour nous remémorer cet événement mais pour revivre pour nous-mêmes ce moment où les 12 tiennent meeting devant une multitude cosmopolite (on est à Jérusalem, pendant la fête de juive de Chavouot (don à Moïse des tables de la loi).

Mais pour comprendre le caractère miraculeux de cette situation, il nous faut revenir cinquante jours en arrière : la fête de Pessah, la pâque juive (qui célèbre la délivrance d’Egypte et le passage de la mer rouge) où les mêmes 12 (Après la trahison de Judas, les 11 avaient choisi Mathias pour le remplacer), quelques semaines plus tôt étaient réfugiés dans leur local, la « chambre haute », verrouillée de l’intérieur, par crainte des romains et des chefs juifs.

Il faut dire qu’après ce terrible fiasco que représentait la crucifixion de Jésus, (reniement de Pierre) et sa résurrection dont ils avaient été témoins mais dont ils ne savaient quoi penser, ils étaient littéralement anéantis.

Et puis Jésus leur était apparu, 2 fois (Thomas), dans cette chambre, malgré les serrures, et il leur avait dit qu’il ne les laisserait pas orphelins, leur recommandant de rester à Jérusalem, car bientôt il leur enverrait un esprit consolateur, le souffle de Dieu, qui leur enseignera toutes choses et leur rappellera l’enseignement de Jésus, pourvu qu’ils demeurent en lui. (Jean 14/18).

Eh bien nous y sommes, en ce jour de Pentecôte, ces 12 hommes apeurés sont sortis de la chambre haute, voilà le premier effet du Saint Esprit : Ils ont osé !.

Ils sont devant cette foule venue de tout le bassin méditerranéen, des juifs de la diaspora qui parlaient toutes les langues sauf l’hébreu.

Et voici le 2° effet du Saint Esprit, ils parlent dans les langues maternelles de cette foule.

Mais bien sûr, cela nous paraît une évidence : pour que le message passe et qu’il soit compris, il faut d’abord qu’il soit compréhensible.

Or ce que les 12 avaient à dire à ces juifs n’était pas forcément facile à entendre et à comprendre, pour des juifs, car ils leur ont répété que ce Jésus, cet homme qu’ils avaient condamné à mort, était vraiment le fils de Dieu, descendant de David, venu sur terre pour accomplir les prophéties de l’Ancien Testament (que eux, les juifs connaissaient en revanche très bien) afin de sceller une nouvelle alliance, non plus cette fois avec le seul peuple juif, mais avec l’Humanité toute entière.

Cette nouvelle alliance assure son salut (c'est-à-dire sa participation à l’Eternité divine) à quiconque reconnaîtrait la seigneurie de Jésus le Christ, quiconque confessera son état de pécheur et s’en repentira.

Et voici le 3° effet de cette première Pentecôte, écoutant ces paroles dans leur langue maternelle, ils accueillent ce message favorablement et 3000 d’entre eux demandent spontanément le baptême.

Vous comprenez donc pourquoi, par la narration de ce texte, les chrétiens associent toujours pentecôte et baptême.

Mais les chrétiens d’aujourd’hui sont doublement interpellés par ce texte :


-1° Sont-ils capables de sortir de leur chambre haute (leurs temples) pour aller au devant de leurs contemporains plus ou moins hostiles, et leur annoncer haut et fort le message de cet homme, fils de Dieu dont ils ne connaissent rien, sauf le nom et encore…


-2° S’ils font cela, quel langage vont-ils utiliser ? Celui de leurs interlocuteurs, comme nos 12, ou bien une espèce de patois, un dialecte religieux, incompréhensible sauf par quelques initiés, rendant leur message totalement inaudible ?

C’est pourquoi, aujourd’hui encore, nous avons besoin du Saint Esprit, car lui seul peut nous donner la force de sortir de nos chambres hautes et nous donner le discernement nécessaire pour annoncer cette bonne nouvelle pour l’Humanité dans le langage que chacun peut recevoir, et c’est pourquoi, tout à l’heure nous demanderons à Dieu que son souffle descende sur nous.


Mais alors, vous allez me dire, « mais que vient faire cette seconde lecture, cet extrait d’une lettre de Paul aux Galates, un jour de Pentecôte ?

Si ces lectures, communes aux cathos et aux protestants (elles nous permettent de lire la Bible en 6 ans), proposent systématiquement cet extrait ce jour là c’est qu’il doit y avoir une bonne raison.


Eh bien on est au cœur du sujet : Quel langage l’Eglise parle t-elle à ses contemporains qui puisse les amener à demander spontanément le baptême ? Si l’on en croit les statistiques, elles ne l’ont pas encore trouvé.

Lue rapidement, écoutée au 1° degré, cette lettre nous est totalement étrangère : Les désirs de la chair, associés au péché de chair, contraires à ceux de l’Esprit, mais qu’est-ce que cela veut dire pour nous aujourd’hui ?

Il faut dire que les Galates, descendants de tribus gauloises qui avaient conquis cette partie de l’actuelle Turquie 3 siècles plus tôt (et dont il reste le souvenir encore aujourd’hui, club de foot du Galatasaray), influencés par la culture grecque, mais avec des restes de traditions celtes, ne retenant du message évangélique que le fait qu’ils étaient libres, influencés par des prédicateurs de tout poil qui passaient par là, étaient dans un dérèglement social, une confusion philosophique et spirituelle que l’on ne peut imaginer, c’est pourquoi Paul tape assez fort dans ses remises en ordre, et il parle aux Galates le langage qu’il convient pour cela.


Malheureusement ce texte a été interprété durant des siècles de façon erronée opposant la chair et l’esprit, confondant la chair avec le corps, présenté comme l’ennemi de l’esprit. Cette compréhension a provoqué des dégâts catastrophiques chez trop de générations, y compris chez les protestants, dont l’exemple type est le puritanisme nord-américain.

Ce texte a bien autre chose à nous dire, si nous sommes capables de l’entendre avec le langage d’aujourd’hui :

- La chair, c’est le domaine des humains, le matériel, le temporel qui a un commencement et une fin, le domaine de l’affirmation de soi, du moi d’abord, du je m’élève, j’abaisse les autres, de la soif inextinguible de pouvoir, bref, l’humanité telle qu’elle est aujourd’hui. Ce moteur peut s’appliquer aussi bien dans les relations au sein du couple que chez un chef d’état qui assassine son peuple. C’est le même ressort, seule la puissance change.

- L’Esprit, c’est le domaine de l’infini et de l’Eternité, ce souffle divin qui nous ramène à Pentecôte, cette puissance invisible, un peu comme des ondes positives, qui vous mettent en phase avec l’enseignement de Jésus Christ, qui vous font comme les 12 de pentecôte, aller vers l’autre avec son propre langage,

L’Esprit, c’est ne plus être dans l’affirmation de soi, mais accepter d’être décentré de soi, disponible, renouvelé, déjà vivant pour l’Eternité, par la mort et la résurrection de J.C., délivré du souci de justifier le bilan de sa propre vie, plus besoin de se mentir à soi-même, plus d’angoisse devant la mort.

Passer de l'un à l'autre suppose non pas un sursaut supplémentaire de notre volonté, mais au contraire de s'abandonner à celle de Dieu, en lui disant, comme Jésus le fit : que ta volonté soit faite et non la mienne.

Demander le baptême pour son enfant, cela n’apporte rien, il n’y a rien à gagner car tout est déjà donné, nous ne sommes pas dans une logique de rétribution, avec Jésus Christ on ne marchande pas, lui n’a rien marchandé, sur la croix.

Demander le baptême pour notre enfant c’est simplement un signe un signe fort, pour manifester devant la communauté, et avec elle, que nous souhaitons pour lui, qu’il inscrive sa vie en marchant selon l’Esprit tel que je viens de le présenter.

Si Paul devait rédiger sa lettre aujourd’hui, j’ose imaginer qu’il définirait le vice par notre nombril lorsqu’on le regarde un peu trop souvent, de sorte que le contraire du vice ce n’est pas la vertu, mais le service, dans l’humilité, qui n’est pas la dépréciation de soi, mais le fait simplement de considérer l’autre comme notre égal, afin que la main qui reçoit ne soit plus, comme trop souvent, en dessous de la main qui donne. Service dans l’amour, le mot amour étant lui-même à la source de nombreux malentendus. Dans son sens courant, il évoque un sentiment, une inclination du coeur, un élan d'affection alors qu'ici l'amour est d'abord une action.

Dans la Bible, l'amour est le travail que j'entreprends pour permettre la croissance de mon prochain dans toutes les dimensions de sa personne.

Lorsque, dans l'Évangile de Jean, Jésus définit l'amour, il ne l'inscrit pas dans le registre de l'émotion mais de l'action :

« Personne n'a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis. »,

Qu’il complétait par ce commandement que nous pouvons garder pour cette journée :

« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés »


Amen,


François PUJOL