Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 19 Juin 2016

Culte à gap (05000)

Lectures du Jour :

Zacharie 12, 10-11 & 13,1

Luc 9, 18-24

Galates 3, 26-29


Nos ancêtres les Galates


Nos ancêtres les Gaulois... Nos ancêtres les Gaulois... Nos ancêtres les Galates !

Eh oui, nous ne sommes pas quelque part en Armorique, dans un village d'irréductibles Gaulois, mais bien en Turquie, dans la province romaine de Galatie peuplée de Celtes pas vraiment bien de chez nous, mais des Celtes quand mêmes. Des Celtes que les historiens nous disent, eux aussi, épris de liberté... Ça tombe bien : la parole du Christ est libératrice et les Galates l'ont accueillie avec enthousiasme.


Le texte de Paul qui nous est proposé aujourd'hui ne fait pas dans la dentelle. Pas de fioriture ; aucun effet  spécial dans sa partition. Son discours est sec, concis, ramassé. Paul entend ici ne faire qu'une chose : mettre les choses au point.


C'est qu'il y a urgence à le faire car la petite communauté chrétienne qui s'est développée dans la province des Galates est en crise,quelque 20 ans après Pentecôte.

Le grand magasin de la chrétienté vient d'ouvrir. Le christianisme connaît ses premiers succès au delà de la Palestine. Il y a peu de temps que le magasin est ouvert, et déjà, une grande question se pose : doit-on reconnaître tous les chrétiens dans leur diversité ou doivent-ils se couler dans un moule d'uniformité et si oui, dans quel moule ?

Le mot " universalité " n'est pas encore prononcé, mais c'est bien de cela dont il s'agit. Il n'y a pas si longtemps, nous écoutions le récit de Pentecôte où Pierre, en chef d'orchestre de la symphonie évangélique, transmettait à une foule cosmopolite un message d'espérance, entendu de tous... Et pourtant, 20 ans plus tard, Paul est obligé de voler au secours de l'orchestre des Galates où les violons ne parviennent pas à s'accorder.

Si crise il y a, il n'y a pas encore de conflit ouvert ; mais Paul veut intervenir dans un débat d'idées qui apparaît encore serein avant que les esprits ne s'échauffent de trop.


D'un côté les helléno-chrétiens (on parle aussi de pagano-chrétiens), issus du monde païen. Ils ont entendu le message de liberté et d'espérance de l'évangile. Pour eux, nul besoin de se convertir, d'être circoncis, de pratiquer le sabbat pour se dire chrétien. Et pour des personnes éduquées dans l'idée que vivre, c'est passer son temps à éviter de courroucer les dieux en marchandant son salut, entendre une parole libératrice qui dit que le salut vous est donné gratuitement, c'est une vrai révolution.

De l'autre côté, les judéo-chrétiens... ou plutôt, ici, d'anciens païens qui se sont mis à " judaïser ", à ajouter à leur foi chrétienne des pratiques juives. Eux, d'anciens païens, ils se mettent aussi sous joug de la loi juive. Ils croient sans doute bien faire mais Paul sent le danger. Il a sans doute entendu parler de ces prédicateurs itinérants qui viennent et veulent imposer la loi juive aux chrétiens non juifs, particulièrement la circoncision.

Voilà le trouble : Trouble qui n'est pas pour Paul la loi juive en elle-même mais l'idée implicite que l'évangile devrait se vivre comme une nouvelle servitude à la Loi. Or, pour Paul, l'évangile n'est pas une nouvelle loi ; ce n'est même pas une nouvelle lecture de la Loi que Jésus aurait dépoussiérée par quelques amendements accommodants.


Jésus a enseigné à tous, sans exclusive, sans distinguer les hommes des femmes, les serviteurs des maîtres et surtout en renvoyant dos à dos ceux qui obéissent scrupuleusement à la Loi (les Pharisiens) de ceux qui s'en sont éloignés (Zachée, la femme adultère...). Quant aux non-juifs, comme le centurion romain, Jésus leur a aussi parlé d'un royaume à espérer.

Jésus n'a eu de cesse de rappeler que la Loi doit être mise au service d'un évangile, celui qui nous dit que ce n'est que par l'amour que nous pouvons nous relever, individuellement et collectivement.


Paul va constamment rester sur cette ligne théologique. C'est pour cela qu'il conclut son propos en disant :

" Et si vous appartenez au Christ, alors vous êtes la descendance d'Abraham, héritiers selon la promesse. "



Cette promesse implique l'égalité de tous les chrétiens qui nous est donnée par le baptême.

Luther et, a sa suite, tous les réformateurs, ont interprété ce passage de manière très radicale. C'est ce que l'on appelle le sacerdoce universel. Mais qu'est-ce à dire ?

Cela signifie selon le mot de Luther que chaque chrétien, oui... chacun d'entre nous aujourd'hui et maintenant, a été consacré prêtre et roi par son baptême...

" Tu as fait par l'effusion de ton sang des prêtres et des rois " , nous est-il dit dans l'Apocalypse.


Prêtres et rois... Diantre ! Quelle promotion ! Quelle élévation !

Mais ne nous emballons pas... Entre le propos de Luther et la vision un peu fantasmée que nous pouvons en avoir, se place la figure de Jésus, celle d'un homme dont la royauté et la prêtrise se sont incarnées dans le dénuement, l'épreuve et la souffrance.


Alors donc, ça signifie quoi être roi et prêtre, ici et maintenant ?

C'est d'abord prendre conscience que notre singularité devant Dieu nous appelle à quelque chose de plus haut que ce que nous donnent à vivre nos existences, les plus communes voire les plus misérables soient-elles ?


Être roi, c'est disposer d'une souveraineté, d'une plénitude d'autorité, de pouvoir et de choix. Sur un plan politique, on peut appeler cela la souveraineté nationale et en ce sens, notre idéal républicain, démocratique et laïc, plonge véritablement ses racines dans le message évangélique.

Sur un plan plus ecclésial, c'est aussi essayer d'incarner dans notre aujourd'hui l'espérance que nous portons lorsque nous disons " que ton règne vienne… "


Être prêtre, c'est quoi d'après vous ? Dans les sociétés anciennes, le prêtre est celui qui fait le lien entre le peuple et le monde divin. C'est celui qui est là pour l'élévation, c'est-à-dire pour rappeler qu'il y a dans l'humanité quelque chose de plus haut à vivre que ce que nous donnent notre contingence humaine autant que nos existences sociales souvent chahutées.


Prêtre, c'est donc élever. Nul besoin de revêtir pour cela un vêtement sacré... Une blouse ou un tablier pourraient même faire l'affaire. Car une infirmière qui aide son patient à se relever ; une mère de famille qui apprend à son enfant à faire ses lacets ; un instituteur qui permet à ses élèves de comprendre le monde ; ou tout simplement quiconque offre une parole de réconfort ou de soutien ; tous alors sont prêtres.


Et dans tous ces quotidiens banals que vivent ces rois et prêtres, nulle loi pour leur dicter ce qu'ils ont à faire... Nulle loi, si ce n'est l'amour et l'empathie... nul sacrifice, si ce n'est celui d'une offrande quelle qu'elle soit.


Mais revenons à nos Galates... et à la photographie finalement formidablement contemporaine que nous en donne Paul. Des hommes et des femmes ; des juifs et des non juifs ; des esclaves et des hommes libres. Au fond, des gens comme vous et moi et une société au fond déjà traversée par les mêmes dangers de discriminations et de particularismes.

L'évangile nous invite à nous dévêtir, à nous mettre à nu et abandonner les oripeaux dans lesquels nous nous croyons si forts ou si élégants : sexisme, nationalisme, snobisme, fondamentalisme, intégrisme... pour revêtir le christ. 

Revêtir le Christ comme on revêt une armure..., ou un tablier, une blouse, un uniforme... Au fond, peut importe la façon dont se vit l'évangile, du moment qu'il se vit comme Paul nous invite à le faire : libres dans notre force d'agir et sereins dans notre confiance et notre espérance d'un royaume à élever.


Amen !


Philippe COTTEREL