Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 21 Août 2016

Culte à Orpierre (05700)

Lectures du Jour :

Esaïe 66, 18-24

Luc 13, 22-30,

Hébreux 12,5-13




Une promesse universelle


Frères et sœurs, chers amis,

Nos lectures de ce matin ont mis sur notre chemin deux textes, Esaïe et Luc, qui se répondent, comme c’est l’habitude pour nos lectures dominicales, nous allons voir comment :


Cyrus, un sauveur

Esaïe, c’est un monument, le chapitre 66, c’est le dernier chapitre du plus long livre de la Bible (à part les Psaumes) qui s’étend sur plus de 2 siècles et regroupe en réalité 3 livres, trois périodes, trois rédacteurs.

Le prophète Esaïe est le rédacteur du 1° livre, il assiste à la prise de Samarie en -722 par les Assyriens et met en garde les rois de Judée, qui réussissent provisoirement à conserver leur trône au prix de combines politiques et d’alliances douteuses qui les conduiront finalement à leur perte.

Et en -597 Jérusalem tombe aux mains de Babylone, la nouvelle grande puissance régionale et c’est la destruction du 1er Temple (celui de Salomon) et la déportation de l’élite juive, prélude à 70 années d’exil.

Le 2° Esaïe, un disciple du premier[1], écrit durant cette période d’exil, encourage le Peuple à rester fidèle à YHWH, annonce la fin des tribulations, le retour à Jérusalem et la venue d’un messie libérateur, le serviteur souffrant d’Esaïe 53.

On ne peut pas bien appréhender l’histoire du peuple hébreu si l‘on ne prend pas en compte ces 70 ans d’exil, période courte et pourtant centrale de son histoire.

Car Babylone est vaincue par un jeune roi, Cyrus II roi de Perse qui en -538 publie un édit qui autorise les Juifs exilés à revenir à Jérusalem et à rebâtir le Temple. Et comme ils n’ont pas de statue à ramener chez eux, Cyrus leur rend le matériel cultuel du temple emporté par Nabuchodonosor en son temps. C’est la fin de la période exilique et le retour à Jérusalem.

Dès lors le peuple hébreu va changer complètement sa façon d’appréhender son histoire :

* Dieu, YHWH, ne l’avait pas abandonné, mais le peuple est sauvé par un païen, dont le successeur, Darius I° ordonnera même la reconstruction du temple, ce qui oblige les hébreux à se poser la question de savoir quel sens donner à ce concept de « peuple élu » ?

Et puis vient le 3° Esaïe, autre disciple, qui accompagne les hébreux pendant leur retour, car tout ne se passera pas exactement comme ils l’avaient envisagé : disons qu’ils ne sont pas accueillis à bras ouverts. Dans la conclusion de ce 3° livre, Esaïe apporte une réponse qui est un message universel, qui va à l’encontre de la pensée hébraïque :

Le temps est venu de rassembler toutes les nations; Elles viendront et verront ma gloire (v.18) Plus grave pour les hébreux, YHWH prendra parmi elles des sacrificateurs, des Lévites, pour assurer le service du Temple. De quoi effectivement remettre en cause pas mal de certitudes, mais Esaïe ne fait que renouveler encore une fois la dimension universelle, universaliste, de la promesse faite à Abraham (Genèse 12,3 et 22,18, Galates 3,7) : le salut accordé à toutes les nations, promesse qui doit nous toucher en particulier, nous qui sommes, tous ici, les descendants lointains de païens qui un jour ont cru en cette promesse.


Les derniers versets

Curieusement notre lecture de ce matin, s’arrête au verset 21, mais il en reste 3, et s’agissant des tout derniers versets de ce monument qu’est le livre d’Esaïe, il me semble important d’en faire la lecture, car c’est un peu comme si on omettait de lire le dernier verset de Matthieu 28[2] : c’est le sens de tous les Évangiles qui en serait trahi.

Je vous les lis.

Évidemment, ce qui vient à l’idée c’est que, en ce dimanche matin on a voulu nous éviter un texte trop lourd à digérer, et pourtant, le texte est clair :

Il y a promesse de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre, ce qui nous renvoie à l’Espérance de la 2° lettre de Pierre[3].

Mais pour ceux qui voudront vivre en dehors de la présence bienveillante de Notre seigneur, ceux qui s’appuieront sur la promesse du serpent[4], ce sera la mort annoncée, avec les mots et les images de l’époque.

A propos d’images, celles dont nos écrans nous inondent tous les jours entre le fromage et le dessert, me semblent bien moins digestes que ces derniers versets d’Esaïe. Ce que nos écrans nous renvoient, c’est l’image de l’Humanité sans Dieu, sous l’emprise de la violence poussée jusqu’à la barbarie, violence et barbarie qui ne deviendraient insoutenables que lorsqu’elles frappent chez nous, à notre porte, ou dans nos sanctuaires ?

Voilà la question qui nous est posée ce matin : en quoi sommes-nous des artisans de paix dont parlent les Béatitudes[5], en quoi contribuons-nous à lutter contre le mal, ce mal qui devient absolu lorsqu’il s’attaque au plus sacré : la vie humaine ?


Délivre-nous du mal

Et voici une seconde question, posée cette fois à Jésus : Seigneur, n'y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés?

Evidemment, arrive une autre question, sauvés, mais sauvés de quoi, ou de qui ?

La réponse spontanée est sauvés de la mort, non pas notre mort biologique, à laquelle aucun ne peut échapper, mais la mort éternelle, ce qui est intégré dans le langage commun : de quelqu’un atteint d’une maladie réputée incurable, on dit « il est perdu », mais arrive un nouveau traitement, et l’on se réjouit « il est sauvé ».

Parmi les juifs, les pharisiens croyaient en la résurrection, mais elle était réservée à ceux qui mouraient en martyrs, comme au temps des persécutions dont ils furent l’objet de la part des grecs deux siècles auparavant. C’est pourquoi d’ailleurs ils rejetèrent la résurrection de Jésus (entre autres raisons).


La porte étroite

Et Jésus répond, comme à son habitude, à côté de la question, en parlant de porte étroite, semblant faire un commentaire d’Esaïe 66 que nous venons de lire :

Car il y bien le Maître, et sa maison dans laquelle certains veulent entrer, par la grande porte sur laquelle ils tambourinent, des gens qui semblent bien le connaitre, puisqu’ils ont partagé leur repas avec Lui, mais lui, dit qu’il ne les connait pas et il les jette dehors, préférant inviter des étrangers qui se mettront à table dans le royaume de Dieu.

Et Jésus conclut : C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, et voici, il y a des derniers qui seront les premiers, et des premiers qui seront les derniers. (v.28-30)

Alors, les choses s’éclairent : Ceux qui seront sauvés, ce ne sont pas ceux qui s’obstineront à vouloir passer par la grande porte, au nom de je ne sais quel privilège, de je ne sais quelle généalogie, dans laquelle, au hasard, on retrouverait un galérien de la foi[6], ce qui nous donnerait quelque bon point, à nous 300 ans plus tard, ou au nom de quelle récompense qui nous serait due au vu de quelque bonne action, oubliant que ce salut dont nous parlons n’est pas le résultat d’un marchandage, mais ce salut est un don gratuit de Dieu.

Je ne vous parle pas non plus de ceux qui pourraient penser que leur baptême, ou le partage du pain et du vin comme nous allons le faire, pourrait constituer un ticket d’entrée au Royaume.

Jésus nous le dit, le Royaume est pour ceux qui passeront par la porte étroite : Cette porte de Jérusalem, appelée le chas de l’aiguille, où les chameaux ne pouvaient passer que si on leur enlevait leur chargement.

Pour passer par la porte étroite, il faut nous débarrasser de notre chargement, de tous ces attributs inutiles qui nous encombrent : le rôle de bon mari ou de bonne épouse que voulons jouer, le rôle de bon père, de bonne mère, de bon patron, etc… et évidemment, le rôle de bon chrétien, comme s’il existait de bons et de mauvais chrétiens, non, il n’y a que des chrétiens quelconques[7].

Nous débarrasser de cette obsession permanente qui nous pousse à vouloir nous élever désespérément comme pour atteindre la perfection divine, oubliant que c’est totalement inutile, puisque c’est Dieu qui est descendu vers nous, par son fils Jésus Christ.

C’est en acceptant de passer nus, sans aucun artifice par cette porte étroite, en confessant, comme le centenier : Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri, ou redire dans le Notre Père délivre nous du mal, non pas du mal que l’on pourrait me faire, mais du mal que je pourrais faire, oui, guéris-moi du mal qui est en moi.

Cela s’appelle la repentance, préalable à la grâce, peu importe le moment de notre vie où cette confession de foi, car c’en est une, sera prononcée ; Jésus nous le dit il y a des derniers qui seront les premiers,

Alors, nous pouvons essayer d’être des serviteurs non pas pour être sauvés, mais parce que nous savons que Dieu nous a cherchés et qu’il nous a trouvés, en s’approchant de nous par son fils Jésus Christ.


En conclusion

Le théologien Paul Tillich[8] a écrit qu’être sauvé, c'est découvrir que l'on est aimé tout en sachant que l'on est indigne d'être aimé. Voilà une bonne nouvelle pour l’Humanité toute entière, à nous de la faire savoir.


Amen !


François PUJOL


[1] Il est courant dans la Bible de voir un disciple écrire au nom de son maître, pour en indiquer la filiation. C’est la pseudépigraphie, que l’on retrouvera en plusieurs occasions pour les lettres de Paul.

[2] Matthieu 28,20 : allez, évangélisez les nations et baptisez-les en mon nom,

[3] 2 Pierre 3,13-14 : Nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. C'est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, appliquez-vous à être trouvés par lui sans tache et irrépréhensibles dans la paix. 

[4] Mangez du fruit de l’arbre de la connaissance et vous serez comme des dieux (Genèse 3,5). C’est le mythe prométhéen, totalement actuel !

[5] Matthieu 5,3-12

[6] Voir André Chamson (1900-1983), secrétaire de l’Académie Française : « La Superbe » Plon-1967 : ouvrage dédié « Aux descendants des combattants du désert et des galériens pour la foi. », dans lequel Chamson fait le récit de ces huguenots condamnés aux galères sur « La Superbe ». Dans la même veine : « La tour de Constance » Plon-1970 qui relate l'histoire des prisonnières de cette tour à Aigues-Mortes et de son ultime survivante, Marie Durand, après 35 années d’emprisonnement  au cours desquels elle a gravé sur les murs de sa cellule « resister ».

[7] Luc 17,10

[8] Paul Tillich (1886-1965) « Le courage d’être (et la volonté de vivre) » Casterman-1967