Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 07 Février 2016 

TRESCLEOUX (05700)

Lectures du jour

Esaïe 6,1-13 

Luc 5,1-11 

1 Corinthiens 15, 1-11


Frères et Sœurs,


Le prophète Esaïe

Lors de notre dernière méditation nous étions en compagnie du 2° Esaïe, au chapitre 40, qui commençait par Consolez, consolez mon Peuple. Aujourd’hui, nous sommes, au chapitre 6, avec Esaïe lui-même, en cette année de la mort du roi Ozias, ce qui nous permet de dater exactement ce texte : 736 avant JC. Ozias et ses descendants constitueront une lignée de ce que l’on pourrait appeler « les rois infidèles », comme nous eûmes nos rois fainéants.

Esaïe n’est pas encore prophète, mais il va le devenir sous nos yeux, car un évènement hors du commun va se produire : Dieu va se montrer à lui, à travers un nuage de fumée, comme il se montre à Moïse dans le buisson ardent.

D’où la réaction immédiate d’Esaïe : Malheur à moi, je suis perdu (v.5), car dans l’esprit des juifs on ne pouvait voir Dieu sous peine de mort car l’impur ne pouvait côtoyer et encore moins regarder la pureté absolue de Dieu. Ce qu’Esaïe confirme : car mes lèvres sont impures.

Simon-Pierre a exactement la même attitude vis-à-vis de Jésus, lorsqu’il se rend compte que celui qui est devant lui n’est pas un simple prédicateur, un docteur de la Loi, mais le Fils de Dieu annoncé. Eloigne toi de ma vue, car je suis pécheur (v.8).

Ni Esaïe, ni Simon-Pierre ne sont morts, mais leur vie a été totalement transformée, bouleversée.

Car ayant vu Dieu, on dépasse le domaine du croire, on est dans la certitude, dans l’évidence et ces hommes sont alors habités d’une détermination intérieure, d’une force de conviction, qui dépassent les hommes et femmes ordinaires que nous sommes et pour lesquels Jésus a pourtant une pensée : heureux ceux qui auront cru sans avoir vu.


Ils l’ont vu

Et Paul développe dans sa lettre aux Corinthiens, cette question à propos du Christ ressuscité : lecture de 1 Corinthiens 15, 1-11

A propos de ce texte, je voudrais ouvrir une parenthèse : Paul dit par 2 fois selon les Écritures. Or il écrit sa lettre depuis la prison d’Ephèse en 55-56.

L’Evangile de Marc, le plus ancien, ne sera écrit que 15 ans plus tard, les trois autres encore 10 à 15 ans après. Alors de quelles Ecritures Paul parle-t-il, sinon de l’ancien testament, la Bible Hébraïque dont le livre le plus récent, n’est pas le dernier (Malachie) mais celui de Daniel (bien qu’inséré au cœur des livres prophétiques), qui a été rédigé 2 siècles auparavant.

Cela signifie que pour Paul, la crucifixion de Jésus, sa mort et sa résurrection, qui ouvrent la porte au salut de l’Humanité sont déjà annoncées par la Bible Hébraïque.

Paul s’en remettait totalement à l’Autorité des Écritures et en particulier aux prophéties d’Esaïe, dont ce texte qui annonce que par les turpitudes de ses rois, le Peuple Hébreu sera rayé de la carte au point d’en perdre toute trace, comme sur le sable du désert, mais que par la fidélité et l’amour de Dieu, le Peuple renaîtra comme le rameau qui jaillit d’une souche que l’on croyait morte depuis longtemps.

Et cela, c’est un message d’espérance absolue : Dans la pire des situations, dans la plus noire des obscurités, la lumière peut apparaître de nouveau. Message d’espérance qui a permis à nos ancêtres huguenots de rester ancrés dans leur foi, coûte que coûte (et on sait quel prix ils durent payer) après l’édit de révocation. C’est aussi le message d’espérance que Jésus, par sa mort et sa résurrection nous transmet pour aujourd’hui. Ton iniquité est enlevée et ton péché est expié. Cette promesse de grâce est déjà clairement exposée dans l’ancien testament puisque nous venons de la lire (v.7).

Et si nous sommes libérés, réconciliés avec Notre Créateur, ce n’est pas par nos propres efforts mais par la grâce, le don qui nous est fait par Jésus Christ, Sauveur.


L’appel

Si nous poursuivons la lecture de notre texte d’Esaïe, nous sommes témoins d’une scène que l’on retrouve fréquemment : Dans tous les récits de personnes ayant consacré leur vie au Seigneur, on retrouve l’appel, c’est à dire un moment précis, que l’on peut dater, où l’on se souvient d’une force intérieure, une petite voix qui nous pousse à prendre une décision totalement inattendue sans aucune hésitation, et ceci n’est pas valable uniquement pour les prophètes ou les apôtres[1].

Nos lectures de ce matin sont centrées sur ces appels : Esaïe, Simon-Pierre, Paul, auxquels on pourrait ajouter Moïse, Jérémie et d’autres.

Mais leur première réponse, à chacun, leur premier réflexe, c’est plutôt un geste de recul : mes lèvres sont impures dit Esaïe, je suis pécheur dit Simon-Pierre, je ne sais pas bien parler dit Moïse, je suis trop jeune dit Jérémie, etc…

Ce n’est qu’après cet appel : Qui enverrai-je, pour Esaïe, je te ferai pécheur d’hommes pour Simon-Pierre, ou l’appel de Jésus à Paul[2], que survient l’engagement de toute une vie : Me voici, envoie moi, pour Esaïe, ils laissèrent tout et le suivirent, pour Simon-Pierre et les fils de Zébédée, et pour Paul vous savez ce qu’il en a été après cette rencontre sur le chemin de Damas.

Alors vient la question fatidique : Et nous, dans cette histoire, en quoi nous parle-t-elle, en quoi nous concerne-t-elle, car nos lectures chaque dimanche n’ont d’autre but que de nous interpeller, nous faire réfléchir sur nous-mêmes, dans une sorte d’introspection et ce n’est pas par hasard si la prière de repentance précède l’ouverture des Ecritures.

Il y a quelque temps, un de mes clients voyant des bibles sur une étagère dans mon bureau, me sort cette phrase incongrue : vous lisez la Bible, c’est bien, moi aussi je suis un peu chrétien !.

Sur le moment, je n’ai pas relevé, et puis plus tard je me suis mis à penser que finalement moi aussi j’étais peut-être un peu chrétien : En proximité avec Dieu, mais pas trop, la compagnie de Jésus me rassure, mais il ne faudrait pas qu’il devienne trop envahissant, alors que justement ce qui ressort de nos lectures c’est que si l’on a une vraie rencontre avec Dieu, on se laisse alors envahir par Jésus qui prend toute la place dans notre cœur.

Un peu chrétien, un peu pécheur, rester dans l’entre deux, cela peut finalement devenir un bon alibi pour rester assis. Voilà effectivement de quoi réfléchir !

Et il y a un autre thème de réflexion : Esaïe est prévenu : la proclamation de la Parole de Dieu, au lieu de provoquer un retour du peuple sur lui-même, suscitera une réaction inverse, un endurcissement, les hommes seront sourds aux paroles prononcées, ce qui précipitera leur perte. Réaction classique des hommes imbus d’eux-mêmes, sûrs de détenir la vérité, incapables de la moindre écoute d’autrui.

Jésus dira la même chose aux 70 disciples qu’il envoie 2 par 2 à travers la Judée : C’est dans Luc 10,10-11.'[3]


Témoigner

Par ces paroles de Jésus, nous aussi, nous sommes prévenus, paroles on ne peut plus actuelles lorsque l’on voit les raidissements à propos de la laïcité, l’inculture totale de nos concitoyens concernant les religions, et cette volonté de les faire disparaitre de l’espace Public.

Alors il est temps pour nous, pour notre Eglise de réagir contre cette insidieuse inquisition, en revenant aux trois piliers de notre Foi :

* la prière, seul moyen d’entrer en relation avec Notre Seigneur pour lui faire part de nos désarrois et de nos attentes

* La lecture des Ecritures, lecture simple, entre frères, comme nous le faisons ce matin, lecture en confiance, comme Paul le faisait.

* le témoignage : Jésus a fait de nous des témoins, témoins de notre Espérance en Lui, témoins de son enseignement, unique voie de salut pour l’Humanité.

Le témoignage, c’est partager ce trésor, notre foi, dans notre vie de tous les jours, partager l’espérance qui nous anime : en famille, entre amis et même sur notre lieu de travail :

Et vous aurez remarqué que Jésus va chercher ses disciples sur leur lieu de travail il les prend comme ils sont, mais il leur dit d’aller en des endroits où ils n’ont pas l’habitude d’aller, des endroits qu’ils jugent dangereux, et pourtant c’est là qu’ils feront une pêche miraculeuse, en allant chercher ces poissons/hommes au plus profond des ténèbres, dans ces nouvelles abysses que sont le coin de la rue ou le bout du chemin.

Sommes-nous prêts frères et sœurs, sommes-nous prêts à écouter cette voix qui nous appelle par notre prénom et nous dit : Qui enverrai-je ? Que lui répondrons-nous ?


Amen !


François PUJOL



[1] On pourrait utilement retenir l’appel reçu par Robert Mac All, par la voix d’un ouvrier qui l’interpelle dans les rues de Belleville juste après la répression de la Commune de Paris, Il y restera et fondera la mission populaire évangélique, ou l’appel reçu par Albert Schweitzer à la belle carrière toute tracée (professeur à la faculté de théologie, organiste reconnu) qui, à 30 ans, reprend des études (de médecine) et part à Lambaréné – on connait la suite. Ou l’appel de Ruben Saillens, et tant d’autres.

[2] « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Actes 9, v.4)

[3] Mais dans les villes où vous entrerez et où l'on ne vous accueillera pas, allez dans les rues et dites : "Nous secouons contre vous même la poussière de votre ville qui s'est attachée à nos pieds. Sachez cependant que le royaume de Dieu s'est approché de vous"