Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 10 Janvier 2016

TRESCLEOUX (05700)

Lectures du jour :

Esaïe 40,1-11

Luc 3,15-22

Tite 2,11-3,7



De la loi à la Grâce


Frères et Sœurs,


Le prophète Esaïe

Nos lectures de ce matin nous proposent en vis-à-vis un texte du prophète Esaïe et celui du baptême de Jésus dans l’Évangile de Luc et noua allons essayer de voir comment ils se répondent l’un l’autre.

Esaïe, livre central de l’ancien testament, avec ses 66 chapitres, qui s’étend sur trois périodes de l'histoire d'Israël, séparé en deux royaumes après la mort de Salomon : Israël au Nord avec 10 tribus et Samarie comme capitale et Juda au Sud avec 2 tribus (Juda et Benjamin) et Jérusalem comme capitale.

Trois livrets s’étalant sur deux siècles d'histoire (en gros de -740, quelques années avant la chute de Samarie[1], à -538, année du retour d’exil[2].


Le 1er Esaïe (chapitres 1 à 39) : 

Période contemporaine du prophète Esaïe (-740 à -700). Il appartient à une famille connue à Jérusalem, ce qui lui donna une certaine liberté pour interpeller les grands, les rois[3] du petit royaume de Juda.

Esaïe va constamment protester, face aux «combines» politiques de la royauté en recherche d'alliances douteuses avec l’ennemi, au mépris de la justice sociale. Le prophète criera pour les plus pauvres. Face aux cultes idolâtres, il dressera le visage du Dieu unique et son exigence de fidélité.

Mais devant la persistance des rois dans leur comportement inique et infidèle, il annoncera des conséquences désastreuses pour tout le Peuple, qui se confirmeront quelques décennies plus tard.


Le 2er Esaïe : 

Dans les chapitres 40 à 48, c’est un disciple d’Esaïe, déporté avec l’élite du royaume, qui exhorte le peuple à la patience. Il faut vaincre découragement et critiques pour convaincre les exilés à Babylone que leur Dieu, le Dieu unique, demeure le seul capable de leur ouvrir un avenir,

Dans les chapitres : 49 à 55, L'Exil à Babylone prend fin avec la victoire de Cyrus en 538. Le salut est enfin réalisé. Il va consister en un spectaculaire changement : LE RETOUR, les persécutés sont enfin consolés et les opprimés voient enfin leur salut.

Le 2° Esaïe se termine par l’apparition de la figure du Serviteur souffrant, l’agneau de dieu, qui annonce un autre salut, un salut universel, par celui que l’on nommera le Messie, l’Oint de Dieu.

Ce 2° Esaïe est une prédication de l'Espoir, élargie à toute l’Humanité


Le 3ème Esaïe : 

Chapitres 56 à 66 : Cette fin du livre d'Esaïe a été écrite par un autre disciple, chargé de panser les cœurs de nouveau meurtris car de graves problèmes bousculent les exilés de retour de Babylone, assez mal accueillis par ceux, le petit peuple, qui étaient restés sur place.

Désillusion, souffrance. Leur foi vacille. Ils s'interrogent. Alors, le prophète reprend ses exhortations : comment les contretemps, les difficultés, pourraient-ils entamer ou tordre l'espérance de ce salut universel annoncé ?

Si Ésaïe mérite d’être lu et commenté aujourd’hui par les chrétiens du 21° siècle que nous sommes, c’est que la Bible n’est pas un livre d‘histoire[4]. Elle explore tous les méandres de l’Humanité à travers les relations singulières entre cette transcendance que nous appelons Dieu et un tout petit peuple de semi nomades, le peuple hébreu, justement parce qu’il est un petit peuple. Ainsi il y a une cohérence globale, un continuum, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse[5]. De sorte que les livres de l’AT peuvent tout autant nous parler que les Evangiles, et c’est particulièrement le cas pour Esaïe.


Ce 2° Esaïe est donc celui de l’exil, et il commence au chapitre 40, par ce verset bien connu : Consolez, consolez mon Peuple. D’autres traductions disent réconfortez, ou rassurez.

Consoler ceux qui pleurent, réconforter ceux qui sont attristés, rassurer ceux qui ont peur, peur pour leur vie, peur de l’avenir.

Leur annoncer que l’avenir n’est pas fermé mais ouvert, car l’iniquité des hommes a été expiée, c’est aussi dire que là où le péché a abondé, la grâce de l’Eternel surabonde[6].

Ces versets d’Esaïe n’ont-ils pas des accents évangéliques ?

Et si l’on peut prononcer le mot Grâce c’est qu’Esaïe nous dit l’iniquité du Peuple est expiée, rachetée par un autre, et cela nous renvoie au texte de Luc :


Baptême d’eau/Baptême du Saint esprit

Jean, le cousin de Jésus, baptise, il baptise d’eau les juifs. Dans un geste de purification par l’immersion, les juifs se lavent de leur péché comme s’ils pouvaient se justifier eux-mêmes. Mais c’est ignorer que le péché étant tout ce qui éloigne de Dieu[7], l’Homme passe depuis Adam[8], son temps à s’en éloigner, de sorte que cet acte de purification est vain et sans fin et ne change rien à la condition humaine.


Et c’est à ce moment que Jésus entre en scène, se faisant lui-même baptiser. Lui, l’homme sans péché, endosse totalement, par ce geste, cette condition humaine, mais en même temps son baptême d’eau sera le dernier de cette nature car nous sommes à un temps de bascule : le baptême d’eau correspond à un temps ancien, celui du règne de la Loi. A partir de ce jour, ce sera un baptême signe de la Grâce, baptême de l’Esprit-Saint, symbolisé par les langues de feu de la 1ère Pentecôte. Le feu remplace l’eau. L’eau qui lave mais qui engloutit, le feu qui brûle mais qui purifie.


Et il ne faut pas se tromper en interprétant l’image utilisée par JB, à propos du blé, de la paille et du feu :

Il n’y a pas le blé, les justes, les purs, d’un côté et de l’autre, les autres, la paille, voués au feu éternel. Ça, c’est une représentation à l’ancienne, chère aux pharisiens.


Le grain de blé et sa paille sont indissociables dans la même plante. Nous sommes tous à la fois le grain et la paille. Et Jésus, par Grâce, par ce don d’amour inexplicable, extirpe de nous la paille inutile, dont le principal usage est de servir de litière, notre côté sombre, il nous purifie par le feu du Saint esprit, un feu qui, nous dit JB, ne s’éteint pas, ainsi toutes les générations passées et à venir ont été, sont et seront au bénéfice de cette Grâce.


La voix céleste, par ce verset que vous connaissez tous, confirme cette bascule de temps celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis toute mon affection, certains manuscrits ajoutant aujourd’hui je t’ai engendré. C’est effectivement à partir de son baptême que le ministère de Jésus commence, et qu’il devient pleinement la Parole faite Chair[9]. Commence en ce jour, ce long itinéraire de trois ans qui le conduira à Jérusalem et au Golgotha.


Si JB, au verset 4 du chapitre, cite Esaïe c’est que lui aussi considère que cette exhortation bien connue : Préparez le chemin du Seigneur…[10], s’inscrit dans le temps présent, le présent de JB mais aussi notre présent.

Mais son propos est clair : (repentez-vous race de vipères !), Il n’y a pas de Grâce sans repentance.

La repentance, c’est reconnaître une fois pour toutes que je ne fais pas le bien que je voudrais faire, et je fais le mal que je ne voudrais pas faire[11], et quelles que soient mes (bonnes) intentions, je n’échappe pas à cette conséquence de la vanité de l’Humanité de croire qu’elle peut se passer de Dieu.


En reconnaissant cette incapacité, j’accepte l’idée qu’il serait vain pour moi de chercher à me rendre parfait (à mes yeux) par mes propres moyens. Paul, dans sa lettre à son compagnon Tite, le dit à sa façon : JC s’est donné lui-même pour racheter toute iniquité faisant de nous SON peuple, purifié par lui, justifiés par Grâce.

Ainsi, sauvés de nous-mêmes et non par nous-mêmes, devenus frères de Christ, enfants de Dieu, nous accédons à son Eternité. C’est ce que dit Luc (3/6) : Et toute chair verra le salut de Dieu.

Alors, si notre vie, comme l’herbe des champs ou les fleurs qui fanent, est du domaine de l‘éphémère, nous ne sommes jamais seuls, selon la promesse d’Ésaïe (v.8) : la Parole de Dieu subsiste éternellement, sa fidélité, son amour nous accompagnent jour après jour.


Oui frères et sœurs, notre péché, c’est à dire notre éloignement de Dieu, symbolisé par ces montagnes qui obstruent la vue, ces routes tortueuses, ces chemins raboteux d’Esaïe, c’est à nous de les aplanir, c’est à nous de les combler, pour que nos frères humains puissent enfin voir la Lumière arriver jusqu’à eux.


Par la venue de Jésus Christ, que nous reconnaissons comme Notre Seigneur, Dieu s’est approché de nous et nous avons saisi cette main qui nous était tendue. Il veut s’approcher de nos frères et sœurs en humanité. Il dépend de nous que leur rencontre puisse avoir lieu.


Amen !


François PUJOL


[1] Prise par les Assyriens en -722

[2] Suite à l’Edit de Cyrus, roi de Perse, qui libère le peuple Hébreu, captif depuis sa déportation consécutives à la prise de Jérusalem en -597 (et la destruction du temple en -587) par les Babyloniens (Voir Esdras 1,1-11)

[3] Yotan, Achaz et Ézéchias

[4] Si la Bible n’était qu’un livre d’histoire, son intérêt pour nous serait limité : Pourquoi s’intéresser à ce petit peuple du Moyen Orient, coincé entre de grandes civilisations : l'Egypte au Sud, et l'Assyrie au Nord puis les empires Babylonien, puis Perse, civilisations fondatrices de l’Humanité, à travers par exemple l’invention de l’écriture ou le code Hammourabi.

[5] 66 livres rédigés par plus de 40 auteurs sur plus de 1.500 ans !

[6] Romains 5, 20 ; 1 Timothée 1,14

[7] Le péché n’est donc pas (ou pas seulement) une quelconque faute morale !

[8] Dès le jour où, écoutant « le serpent », Adam s’est mis à douter de la parole de Dieu (« Dieu a-t-il vraiment dit cela ? ») préférant « jouer en solo ».

[9] Voir le prologue de Jean (Jean 1, 1-18)

[10] … Aplanissez ses sentiers Toute vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline sera abaissée, et les choses tordues seront redressées, et les chemins raboteux seront aplanis Et toute chair verra le salut de Dieu

[11] Lettre de Paul aux Romains 7,19