Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 15 octobre 2017

Trescléoux (05700)

Lectures du jour :

Esaïe 25, 6-9,

Philippiens 4, 12-20,

Matthieu 22, 1-14



Banquet final ou inaugural ?


Frères et sœurs,

Les évangiles sont parsemés de sentences dures à entendre, comme celle de notre lecture : il y aura des pleurs et des grincements de dents, beaucoup d’appelés mais peu d’élus, et aussi, ailleurs, celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n'est pas digne de moi, Celui qui conservera sa vie la perdra, etc…

Toutes ces sentences créent une tension, des interrogations, peut-être des doutes qui nous empêchent de profiter pleinement de cette Bonne Nouvelle[1], Jésus le Christ de Dieu, nous montrant le chemin de la résurrection, après la mort, aussi horrible puisse-t-elle être, le chemin de la réconciliation avec Dieu le Père.

Alors pour retrouver un peu de sérénité, nos lectures de ce matin nous proposent de nous tourner une nouvelle fois vers Esaïe, le prophète porteur du message messianique, tout au long de ses 66 chapitres, aux pires moments de l’histoire du peuple hébreu.

Car Ésaïe nous propose un banquet, offert par le Seigneur lui-même.

Cette image nous est familière, à nous qui pratiquons ces banquets lors de nos foires agricoles, banquets conviviaux, de partage entre confrères.

Mais là, il s’agit d’un banquet peu ordinaire, où sont proposés les plats habituellement réservés à Dieu lui-même lors de sacrifices rituels.


Que va-t-on fêter de si important ?

Dieu offre ce banquet pour fêter la réconciliation des nations avec Lui, rien de moins. Nous sommes dans un thème totalement messianique, qui prépare l’annonce qui sera faite quelques chapitres plus tard[2], du serviteur souffrant, le Messie.

Cela mérite quelques précisons :

1. Esaïe annonce un salut offert à toutes les nations. Ce salut leur sera révélé il anéantit le voile, la couverture qui couvre toutes les nations (v.7); et cela, par la seule volonté de l’Eternel  Car l'Éternel a parlé[3] (v.8), indépendamment de toute initiative humaine. Ce salut est un salut par « la grâce de Dieu »[4].

La conséquence immédiate en est l’anéantissement de la mort pour toujours (v.8), ce voile enlevé par Dieu était le linceul de la mort, proclamation magnifiquement reprise par Paul dans sa lettre aux Corinthiens (Chap.15) Mort où est ta victoire ?, annonciatrice de notre propre résurrection après celle de Jésus le Messie.

2. On remarquera que les versets 7 et 8 sont conjugués au présent, alors, lorsque Esaïe déclare l'Éternel essuie les larmes de tous les visages, le Seigneur se fait aussi le consolateur de tous ceux qui ont mille raisons de pleurer, ici et maintenant, tous, c’est-à-dire quiconque, sans exclusive.

3. Mais Esaïe fait aussi une autre annonce, destinée cette fois au peuple Hébreu confronté à la montée en puissance de l’Assyrie qui vient de conquérir la Samarie (-722). Esaïe annonce, dans ses oracles, la défaite de Juda, la déportation, mais aussi le jour où le peuple hébreu sera sauvé (par Dieu), lavé de sa honte, à condition qu’il sache lui conserver sa confiance (v.9). Nous sommes dans des oracles apocalyptiques, qui annoncent non seulement la libération du peuple hébreu par le roi de Perse Cyrus (-538), mais la libération finale, aux fins dernières, où Dieu se révélera[5] à son peuple, sauvé par le Messie. Le banquet dont parle Ésaïe est un banquet final.


Un autre banquet

Et voici que Jésus entame une parabole qui parle elle aussi de banquet. Mais c’est un banquet de noces, donc un banquet inaugural, point de départ d’une vie à deux.

Jésus poursuit l’oracle d’Esaïe, montrant ainsi à ses auditeurs, scribes et pharisiens, qu’il connaît mieux que quiconque les Ecritures[6].

Mais le banquet prévu par Esaïe ne se passe pas comme il l’annonçait. Le peuple élu aurait dû chanter (v.9) : Voici, c'est notre Dieu, en qui nous avons confiance, et c'est lui qui nous sauve. Soyons dans l'allégresse, et réjouissons-nous du salut qu’il nous offre !

Mais voilà qu’il refuse l’invitation, ça ne l’intéresse pas, il a autre chose à faire de plus important, pire il entre dans une spirale de violence qui se retournera contre lui : Sans que ses interlocuteurs n’y prennent garde, Jésus, prenant ainsi la suite du prophète Esaïe, est en train de leur expliquer ce qui va leur arriver 40 ans plus tard[7] : Matthieu va ainsi développer un thème repris également par Luc :

Puisque le peuple juif, le peuple élu, a rejeté le salut offert par Dieu, à travers son fils Jésus le Messie, qu’il a mis à mort, puisqu’il a refusé ce pardon offert par Dieu, à toutes ses infidélités qui ont commencé dès la traversée du désert, alors Dieu se détourne de son Peuple[8] et offrira cette nouvelle alliance aux nations, c’est-à-dire à l’Humanité toute entière.

L’acte fondateur de cette nouvelle alliance est ce banquet de noces, entre l’époux Jésus Christ et l’Église c’est à dire l’ensemble de ceux qui le reconnaissent comme leur sauveur, quels qu’ils soient, méchant ou bon (v.10), il seront tous justifiés par la reconnaissance et l’acceptation du pardon qui leur est accordé.

Vous remarquerez une nouvelle fois l’inversion volontaire faite par Jésus : Il place les méchants en premier, comme il plaçait les ouvriers de la dernière heure en premier, pour toucher leur paie, histoire de bien montrer que personne, pas plus le fils aîné de la parabole que le peuple élu, personne ne peut se prévaloir d’une place privilégiée, d’un ordre prioritaire, car tous sont pécheurs aux yeux du Créateur.

Jésus nous rappelle aussi, comme dans les paraboles du bon grain et de l’ivraie ou celle du figuier stérile[9] que ce n’est pas à nous de faire le tri, de décider qui « mérite ou « ne mérite pas », mais c’est Dieu qui en décidera le moment, « plus tard » .

Le sens de cette nouvelle parabole sur le « Royaume des Cieux », est ainsi bien clarifié, mais il reste un point à éclaircir, celui de l’homme qui n’avait pas revêtu les bons habits. 


Qui est-il ? Que s’est-il passé ?

Le banquet commence, la salle est pleine, pleine de toux ceux qui ont répondu à l’invitation à la fête de l’amour de Dieu pour l’Humanité. Ils sont tous là, ceux qui s’étaient mis en chemin depuis longtemps déjà, comme ceux qui lui avaient tourné le dos ou ceux qui n’osent plus se regarder dans la glace tant ils ont honte d’eux-mêmes. Tous, sont remplis de la même joie, découvrant la grâce qui leur est offerte.

Mais l’invitation du maître est sans conditions, sauf une : il faut revêtir un habit de noces, un habit de joie et de paix.

Alors il y a cet intrus, qui connaît bien le Maître[10], et qui pensait pouvoir venir en gardant ses propres habits, les habits de sa propre dignité, de sa propre justice, lui que tous considèrent comme quelqu’un de bien sous tous rapports, qui n’a jamais fait le mal[11].

Il a même amené son certificat de baptême, au cas où… mais le baptême n’a jamais été un ticket d’entrée[12].

Le ticket d’entrée, c’est de reconnaître devant Jésus, qui l’on est vraiment, sans aucun alibi derrière lequel nous cacher, reconnaître devant Jésus qui nous redit ce matin : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, qui nous redit tout ce que tu veux que les autres fassent pour toi, fais le de même pour eux, reconnaître comme Paul, que je fais le mal que je ne voudrais pas et je ne fais pas le bien que je voudrais. (Romains 7/19).

Le ticket d’entrée c’est être ces ouvriers quelconques[13], qui, là où ils sont, œuvrent à agrandir le Royaume de Dieu sur terre.

Alors nous pourrons endosser l’habit de noces, revêtir l’homme nouveau[14] et l’esprit nouveau qui nous serons donnés par Dieu. Paul va même plus loin : Revêtez le Seigneur Jésus Christ[15]


Il s’agit simplement de cet acte de repentance qui semble pour beaucoup si difficile à accomplir, que nous répétons chaque dimanche dans notre liturgie, pour pouvoir entendre ensuite ces paroles de pardon et de bénédiction : Quand les montagnes s'éloigneraient, mon alliance de paix ne sera pas ébranlée. Je t’aime d’un amour éternel, c’est pourquoi je te conserve ma miséricorde (Esaïe 54/10).


Alors Frères et sœurs, ce culte de ce matin est une occasion de recevoir une nouvelle fois cette invitation inespérée, cette grâce imméritée : participer à ce banquet de noces, à la table du Fils Sauveur. Veillons toutefois à ce que notre joie ne cède peu à peu la place à un légalisme rigide, des traditions et des rituels ennuyeux dont nous aurions perdu le sens ! Ne nous laissons pas non plus enlever cette joie par les épreuves que chacun traverse ici-bas, et revêtons avec humilité et reconnaissance les habits de fête que nous offre Celui qui invite et qui est à nos côtés à chaque instant !


Amen !


François PUJOL


[1] Traduction littérale du mot « Evangile »

[2] Voir le chapitre 53

[3] Ce qui rappelle le prologue de Jean (1/1-14) « au commencement était le verbe ». Dieu est une parole, un verbe Tout Puissant, une Volonté.

[4] Principe au cœur des convictions de Saint Augustin, abondamment repris par Luther, dans ses « cinq Sola » : les Écritures seulement, la foi seulement, Par la grâce seulement, Par Christ seulement, Pour la gloire de Dieu seulement.

[5] Sens exact du mot apocalypse : révélation, dévoilement, c’est d’ailleurs pourquoi le livre éponyme se situe en dernier dans la Bible : la révélation finale.

[6] Le canon de la Bible Hébraïque avait été fixé trois siècles plus tôt (-270) avec la traduction des textes hébreux et araméens en grec à Alexandrie par les septante traducteurs, d’où son nom.

[7] Un soulèvement armé contre l’occupant romain, suite à la destruction du temple en 70, qui se terminera dans le sang, à Massada (en 73), la forteresse symbolique où près d’un millier de zélotes se suicideront collectivement.

[8] Matthieu qui écrit son évangile aux environs de l’an 80, fait ici une allusion claire à l’incendie de Jérusalem par les Romains en 70.

[9] Matthieu 13,24-30 et Luc 13,6-9

[10] Qui l’appelle « mon ami » (v.12)

[11] Ni, d’ailleurs, le bien non plus.

[12] Ni, d’ailleurs, un bon de sortie.

[13] Luc 17/10

[14] Voir lettre de Paul aux Éphésiens 4/24

[15] « Avec le vêtement d’amour et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience ». Romains (13/14)