Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 16 Août 2015

Orpierre (05700)

Textes bibliques:

Proverbes 9,1-6

Jean 6,51-58

Ephésiens 5, 15-20



Soyez circonspects


Frères et Sœurs,

Ce court passage d’une des lettres attribuées à Paul[1], consiste en quelques recommandations qui pourraient passer inaperçues tant elles sont nombreuses dans ses épîtres, en particulier dans celle-ci. Si ce court texte a retenu mon attention, ce n’est pas pour son exhortation à la modération. Non, celle-ci concerne exclusivement les éphésiens qui prolongeaient leurs repas communautaires par des dégustations accentuées de diverses boissons, source de désordre, ce qui n‘est pas du tout notre cas, nous l’avons encore vérifié dimanche dernier à Creyers.


Être circonspect

Non, ce qui m’a accroché, c’est ce bout de phrase : conduisez-vous avec circonspection[2].

Bon, ce n’est pas un mot que l’on emploie tous les jours dans la conversation courante, et pourtant on en voit assez bien l’étymologie : circum spectio : inspecter, regarder autour.

Paul nous demande de regarder autour, et plus précisément, de prendre garde à ce que l’on dit, à ce que l’on fait, en ayant égard aux circonstances, au contexte. De ne s'engager qu'après examen; de faire preuve de prudence et n'agir qu'après réflexion ».

Autrement dit, chaque fois que l’on vous propose de participer à une action, de voter pour l’un ou l’autre, de voter pour un texte ou un autre, une loi ou une autre, de prendre position, de signer une pétition (c’est très à la mode actuellement), avant de dire oui ou non de dire je suis pour ou je suis contre, la première chose à faire c’est justement de ne rien faire sauf de faire preuve de circonspection, de froncer un sourcil et d’enlever l’écume, de gratter le vernis.

La Réforme est née de cette recommandation, car qu’ont fait nos ancêtres sinon ne pas gober tout cru ce qu’on leur disait, mais aller vérifier par eux-mêmes dans les Ecritures, dès qu’ils en eurent la possibilité, grâce à cette véritable révolution que furent l’imprimerie et les premières traductions de la Bible en français (avec une mention particulière pour la Bible de Sébastien Castellion, traduite en 1555 en "français courant" de l’époque, aujourd’hui encore considérée comme l'une des plus fidèles tant à la Septante qu'aux textes massorètiques, dont ce "cher" Calvin prétendait qu'elle sentait les écuries, et l'imprimeur Etienne surenchérissant en prétendant que c'était  une bible pour les gueux ! Que ne firent-ils preuve eux aussi de circonspection !

Notre président Schlumberger[3], lorsque la loi dite du « mariage pour tous » fut votée, et que les églises furent pressées de se positionner, il répondit : « le temps de l’Église n’est pas le temps du politique », et il fit preuve, alors de circonspection.

Et Paul ajoute : la circonspection, c’est l’antichambre de la Sagesse.


Ne pas rester dans une posture

Mais Paul nous met aussi en garde : Agissez ! La circonspection n’est pas une posture.

C’est le reproche que l’on a fait en son temps à Stéphane Hessel, à propos de son petit livre Indignez-vous, tiré à 4 millions d’exemplaires dans 34 pays !

L’indignation, c’est une réaction à chaud, devant un évènement ou une situation particulière, sous le coup de l’émotion, qui tient lieu de réflexion. Mais, l’émotion passée, le soufflé retombe. S’être indigné, l’avoir fait savoir, cette posture exonère de l’action, dont elle tient lieu.

Ici, rien de tout cela : Si Paul nous exhorte à nous engager avec prudence, et seulement après examen, mais après la réflexion, l’action doit suivre.


Le temps est compté

Car le temps nous est compté. Rachetez le temps, nous dit-il, que la TOB traduit par mettez à profit le temps présent, c’est-à-dire saisissez les occasions, et il ajoute, car les jours sont mauvais.

On pourrait penser que Paul fait allusion à une situation bien précise de l’église d’Éphèse, mais cette remarque concerne toute l’Eglise, car pour une Église qui a choisi le sentier escarpé du chemin de Christ, les jours sont toujours mauvais, quelle qu’en soit la raison, et le temps nous manque, car nous sommes dans l’urgence, l’urgence d’annoncer à nos contemporains cette bonne nouvelle de leur salut par Jésus-Christ qui éclairera leur vie, et qui ouvre la voie du salut pour l’humanité.

Et pourtant, notre vie n’est qu’une succession d’occasions manquées : Ah ! J’aurais dû lui dire, lui parler, j’aurais dû le retenir, lui donner ceci ou cela, trop tard, il est parti et je ne le reverrai plus. Ah si je pouvais racheter le temps ! Voici à quoi ressemble notre vie, jalonnée, encombrée de regrets.


Ne vous conformez pas

Mais ne vous découragez pas, nous dit Paul, ne rejoignez pas le troupeau des insensés qui bêlent comme des moutons, qui suivent le premier berger venu, persévérez, ne vous conformez pas au monde présent, et vous vivrez la glorieuse liberté des enfants de Dieu dit-il aux romains (12/2).

En nous appelant à racheter le temps, Paul nous invite à veiller, à nous réveiller : Réveille-toi, toi qui dors. Ressuscite d’entre les morts, et le Christ resplendira sur toi. (v.14)

Il n’est pas impossible que cette attitude nous crée quelques désagréments. Et voici comment A. Schweitzer décédé il y a exactement 50 ans, réagit face à cette éventualité, dans un de ses sermons : « Quand on vous dit de rester tranquille, c’est le diable qui parle ; lorsque l’on vous dit de vous lever et d’agir, c’est sûrement Dieu. Je crois parce que j’agis et non, J’agis parce que je crois. A partir du jour où j’ai décidé de ne plus être un spectateur passif, à partir de ce jour, écrit-il, je trouvai le courage de m’affranchir de la crainte des hommes. Chaque fois que ma conviction intime se trouva en jeu, l’opinion d’autrui ne compta plus. J’appris à ne plus redouter leurs risées et leurs moqueries. »


Comprendre la volonté du Seigneur

Mais comment discerner la volonté du Seigneur ? Comment être sûrs que la voie que nous suivons est plus fidèle que celle suivie par d’autres ? Ne sommes-nous pas là, au bord du péché d’orgueil et de l’affirmation de soi ?

Paul nous donne la réponse, remplissez-vous de l’esprit, car les fruits de l‘Esprit sont l’humilité, l’amour, la compréhension, la patience. Et c’est en cheminant en compagnie de l’Esprit Saint, que l’entrée de ce chemin qui conduit vers le Seigneur, se dégagera.

Mais l’itinéraire est long, semé d’embûches. Ce qui nous fait tenir, c’est cette promesse qui nous a été faite lors de notre baptême : je te sonnais par ton nom, tu es à moi, tu fais partie de ma famille, promesse qui fait de nous un homme nouveau, une femme nouvelle.


Se remplir de l’Esprit Saint

Et pour être remplis de l’Esprit Saint, il y a deux sources :

* les Saintes Ecritures, qui deviennent pour nous Parole de Dieu, et qui nourrissent notre propre esprit,

* la Sainte Cène qui permet de faire entrer l’Esprit de Christ en nous, thème que nous avons développé il y a 15 jours.

Et si l’esprit joue en nous le rôle d’une batterie qui animerait notre moteur intérieur, il peut arriver que la batterie se décharge.


Vivre en communauté

Alors Paul nous indique le temps et le lieu où nous pourrons la recharger, nous ressourcer, c’est le temps de culte, par ce très beau verset, qui exprime toute l’importance que peuvent revêtir les temps de vie en communauté ? C’est là que l’on peut connaître ce regain de ferveur, qui manque tant aujourd’hui, en chantant des cantiques et des psaumes, c’est là que les prières, qu’elles soient de reconnaissance ou d’intercession, nous donnent vraiment le sentiment d’être en relation avec le Seigneur.

Quelle paix, quelle sérénité s’en dégagent !

C’est là enfin que l’on fait Eglise, et l’on ne peut faire Eglise tout seul.

Voilà le paradoxe de nos sociétés opulentes, sécularisées, déchristianisées, laïcisées où l’individu est roi, et de nos cultes désertés. Paradoxe, ou relation de cause à effet ?


Conclusion

Hormis cette recommandation initiale « soyez circonspects », vous aurez remarqué que Paul ne dit pas faites ceci ou faites cela. Il nous dit simplement essayez de comprendre quelle est la volonté du Seigneur, et pour cela laissez-vous remplir du Saint Esprit.

Et puis il ajoute, au verset 21, qui n’est pas dans notre lecture du jour, Soyez soumis les uns aux autres. C’est cette soumission réciproque qui fait ou fera de nous les membres d’un même corps[4], qui au-delà de nos particularités, de nos différences nous permettra de faire Eglise et d’être vraiment des frères et des sœurs les uns pour les autres.


Amen,


François PUJOL


[1] Si les thèmes d’Éphésiens sont indéniablement « pauliniens », certaines affinités avec des textes de Qumran et l’épitre aux Colossiens entourent de mystère l’identité exacte de son rédacteur et sa datation.

[2] La TOB précise « soyez des hommes censés ».

[3] Laurent Schlumberger, président de l’EPU de France depuis 2013. A la suite de pressions diverses et variées, sa position a rapidement évolué comme l’on sait.

[4] «Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation» (Ephésiens 4:4) 

«Car comme dans un seul corps nous avons plusieurs membres, et que tous les membres n'ont pas la même fonction, ainsi nous aussi qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ, et chacun individuellement membres l'un de l'autre» (Romains 12:4-5) 

«Car de même que le corps est un et qu'il y a plusieurs membres, mais que tous les membres du corps, quoi qu'ils soient plusieurs, sont un seul corps, ainsi aussi est le Christ ? Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres, chacun en particulier» (1 Corinthiens 12:12-27)